Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a procédé hier au lancement des consultations nationales sur la Vision 2050, aux côtés de la ministre des Services financiers et du Plan, Jyoti Jeetun, lors d’une cérémonie organisée à l’auditorium Octave Wiehé. « Mon rêve ultime pour le pays est de construire pour les générations futures une nation sûre et souveraine, fermement ancrée dans les valeurs démocratiques, la stabilité politique et l’État de droit », a-t-il affirmé.
Navin Ramgoolam a fait état de sa conviction que Maurice doit évoluer vers une société profondément juste et équitable, où les chances de vie de chaque citoyen ne sont pas déterminées par la naissance ou les circonstances, mais par le talent, le mérite et le travail acharné. Il ajoute qu’au cœur de cette ambition se trouve l’unité nationale, qu’il a décrite comme un lien indestructible et la pierre angulaire de la résilience du pays dans un monde de plus en plus incertain.
Situant l’initiative dans un contexte mondial plus large, le Premier ministre avance que le monde assiste à l’essor d’États stratégiques portés par l’innovation, le renseignement, la bonne gouvernance et la responsabilité. « Dans cet environnement en évolution, Maurice ne peut pas se permettre la complaisance ou la pensée à court terme. Le pays doit s’adapter, penser de manière créative et adopter une stratégie claire et à long terme capable de le guider à travers des transformations économiques, technologiques et géopolitiques profondes. La Vision 2050 vise précisément à fournir cette boussole stratégique, répondant à une demande publique de longue date pour la clarté sur la direction que prend la nation et comment elle compte y parvenir », fait-il ressortir.
Le chef du gouvernement a décrit le lancement des consultations comme un moment déterminant dans le parcours post-indépendance de Maurice. Il s’est appesanti sur le fait que « Vision 2050 n’est ni un exercice technocratique ni un simple outil de prévision, mais un manifeste actif et collectif pour l’avenir. » Reprenant les paroles de Henry Kissinger, il a réitéré le fait que les sociétés sont toujours en transition entre le souvenir de leur passé et la vision qui façonne leur évolution. Pour Maurice, a-t-il dit, la Vision 2050 doit servir de source d’inspiration, s’appuyant sur les réalisations passées tout en préparant la nation aux défis d’un monde en rapide évolution.
Le Premier ministre a averti que le contexte mondial auquel Maurice est confrontée aujourd’hui est marqué par ce qu’il a qualifié de « poly-crises » : tensions géopolitiques, fragmentation de la mondialisation, montée du nationalisme économique, chaînes d’approvisionnement fragiles, accélération du changement technologique et impacts croissants du changement climatique. Alors que la mondialisation offrait autrefois aux petites économies ouvertes des opportunités sans précédent, il a noté que le système international devient plus volatile et moins prévisible, dominé par les géants technologiques et industriels. « Pour un pays comme Maurice, qui dépend de l’ouverture, de la connectivité et des marchés extérieurs, cet environnement représente un test existentiel. La réponse devrait aller au-delà du simple affrontement de la tempête. Maurice doit mobiliser activement les forces du changement pour assurer son avenir », prône-t-il.
Invoquant la théorie de l’évolution de Darwin, Navin Ramgoolam estime que la survie ne dépend pas d’être le plus fort ou le plus intelligent, mais de la capacité à s’adapter. « Dans cet esprit, Vision 2050 vise à stimuler des performances exceptionnelles, une agilité et une transformation, avec pour objectif explicite de propulser Maurice vers une économie avancée et à forte valeur ajoutée d’ici au milieu du siècle. Cette transformation nécessite l’adoption rapide et stratégique de technologies telles que l’intelligence artificielle, la robotique et les services numériques avancés, qui façonnent déjà les économies mondiales. L’IA, en particulier, représente un tournant historique, avec le potentiel de transformer non seulement les outils et les processus, mais aussi la cognition humaine elle-même », fait-il ressortir. S’appuyant sur des expériences personnelles, notamment dans les systèmes de santé à l’étranger, il a mis en avant le potentiel extraordinaire de l’IA pour révolutionner le diagnostic, la productivité et la prestation de services.
Cependant, le Premier ministre a clairement indiqué que le progrès technologique devrait s’accompagner d’un investissement humain. Il a appelé à des efforts audacieux et soutenus pour perfectionner et requalifier la main-d’œuvre, des professionnels expérimentés aux étudiants entrant sur le marché du travail, afin de garantir que tous les Mauriciens soient équipés pour prospérer dans la nouvelle économie. Il laisse entendre que la Vision 2050 ambitionne d’orienter Maurice vers un modèle de salaires plus élevés et de productivité accrue, générant des emplois résilients et prêts à l’avenir dans des domaines tels que la fintech, les sciences médicales, l’ingénierie, les technologies vertes et les industries créatives.
Tout aussi centrale à cette vision, a souligné Navin Ramgoolam, se trouve une forte dimension sociale. « La transformation économique ne doit pas se faire au détriment de la cohésion sociale ou de l’inclusion. La Vision 2050 est autant un projet social qu’économique, renforçant le pacte social et garantissant que la croissance soit inclusive et durable. Aucune vision ne peut être crédible si des segments de la population se sentent laissés pour compte. L’inclusivité doit donc guider chaque politique et action, afin que le progrès soit partagé équitablement à travers la société », préconise-t-il.
Le Premier ministre a également abordé l’urgence de relever les défis environnementaux et climatiques, en particulier pour les petits États insulaires comme Maurice, qui sont en première ligne du changement climatique. La Vision 2050 met fortement l’accent sur la résilience climatique, la transition vers les énergies renouvelables, l’agriculture durable et circulaire, ainsi que la protection des terres, lagunes et écosystèmes marins. « La préservation du patrimoine naturel n’est pas un luxe mais une nécessité, directement liée à la résilience économique, à la sécurité alimentaire et au bien-être des générations futures », affirme-t-il.
L’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie constituent un autre pilier de la vision. Le Premier ministre a appelé à une refonte fondamentale des systèmes éducatifs afin d’équiper les jeunes des compétences nécessaires à l’économie future, notamment la pensée critique, l’adaptabilité et le reskilling continu. Il a également évoqué l’importance de systèmes de santé robustes et accessibles, ainsi que de systèmes alimentaires sûrs et durables, des leçons mises en avant par les récentes crises mondiales.
Pour conclure, Navin Ramgoolam a lancé un large appel à l’action, exhortant tous les segments de la société, y compris la diaspora mauricienne, à participer activement aux consultations nationales. « Le leadership au XXIe siècle ne consiste pas à gérer le déclin, mais à façonner délibérément l’avenir. La Vision 2050 doit émerger d’un dialogue continu qui capture les aspirations, idées et priorités d’une nation en évolution, permettant à Maurice de façonner avec confiance son destin dans un monde complexe et incertain », dira-t-il encore.
« Vision 2050 sera élaborée à travers le processus de planification le plus inclusif jamais entrepris par notre nation. Comme le dit un proverbe africain, si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marchons ensemble. Au cours des prochains mois, nous rassemblerons les citoyens, nous réunirons les entreprises petites et grandes, nous rapprocherons les communautés, nous mobiliserons les jeunes, et nous fédérerons les Mauriciens du monde entier autour d’une ambition commune », a déclaré Jyoti Jeetun, qui a insisté sur l’importance d’un grand effort collectif pour assurer la réussite de cette mission ambitieuse.
Les consultations, qui débuteront dès janvier 2026, s’étaleront sur quatre mois à travers Maurice, incluant Rodrigues. De plus amples informations sur le déroulé des divers dialogues seront communiquées au fur et à mesure de l’avancée de ce grand débat national. Celui-ci vise à recueillir les perspectives de l’ensemble des acteurs de la société mauricienne : institutions publiques, communauté des affaires, société civile, monde académique, jeunesse et diaspora.
L’événement comprenait également une analyse de l’économiste Vimal Thakoor sur les progrès économiques réalisés depuis l’indépendance, suivie d’un débat sur le thème Envisioning Mauritius in 2050 animée par des représentants des secteurs public et privé. Y ont participé Rundheersing Bheenick, ancien ministre et Chairman de la SBM, Bashir Currimjee, directeur de Currimjee Jeewanjee, Hector Espitalier-Noël, ancien Chief Eexcutive Officer (CEO) du groupe ENL, Guillaume Dalais, Group Chief Executive de CIEL, et Sangeetha Ramkelawon, CEO de BCP Bank (Mauritius).

