Entre équité sociale,
rigueur budgétaire et État en mutation
Le PRB 2026 ne se lit pas comme un simple rapport salarial. À travers ses centaines de pages, c’est une vision de l’État, de ses limites financières et de ses ambitions administratives qui se dessine. Rarement une revue quinquennale aura autant assumé sa nature d’exercice d’arbitrage, dans un contexte où chaque décision salariale devient un acte politique, économique et social. Dès son introduction, le Pay Research Bureau donne le ton : cette dixième revue a été menée dans des conditions « parmi les plus difficiles jamais rencontrées ». L’économie mauricienne évolue sous contrainte — dette publique élevée, déficit budgétaire sous pression, ralentissement de la croissance — tandis que les agents du secteur public subissent de plein fouet l’érosion du pouvoir d’achat, alimentée par la hausse persistante des prix des produits de base. Le PRB 2026 se présente ainsi comme un compromis structurant : répondre aux attentes sociales sans fragiliser davantage les finances publiques, moderniser l’administration sans la déstabiliser, corriger les déséquilibres salariaux sans créer de nouvelles injustices.mais comme une nécessité imposée par la réalité macroéconomique.
Réconcilier rigueur financière et justice sociale
La philosophie centrale du PRB 2026 peut se résumer en une formule : donner davantage, mais sans promettre l’impossible. Le Bureau reconnaît explicitement les aspirations légitimes des fonctionnaires à une amélioration de leur rémunération, tout en rappelant que toute hausse salariale a un coût récurrent pour l’État.
L’obsession de l’affordability(capacité de payer) et de la sustainability(durabilité) traverse l’ensemble du rapport. Le PRB assume une approche prudente, préférant des ajustements progressifs à des revalorisations spectaculaires, mais intenables. Cette prudence n’est pas présentée comme un choix idéologique, mais comme une nécessité imposée par la réalité macroéconomique.
Rapport: 10ᵉ PRB (revue quinquennale)
Date d’effet: 1er janvier 2026
Effectif concerné :
119 420 personnes
dont 28 500 pensionnés
Représentations reçues :
Syndicats/Fédérations : 9 700
Management : 4 200
Individuels : 1 500
Salaire minimum national : Rs 16 500 (janvier 2024)
Allocation transitoire 2024 :
5% du salaire de base
Plafond : Rs 2 000
Ratio salarial (General Worker / Permanent Secretary):
2021 : 1:6,2 | 2026 : 1:5,2
Nouvelle échelle salariale maximale: jusqu’à Rs 134 000
Contrairement à certaines attentes syndicales, le PRB avance avec beaucoup de précaution sur les primes liées à la performance. Il rappelle que les études internationales sur leur efficacité sont inconclusives, et met en garde contre les dérives : court-termisme, individualisation excessive, effacement du collectif.
En attendant un cadre sécurisé, le PRB privilégie des récompenses non financières : reconnaissance officielle, formations, opportunités de développement, flexibilité du travail. Les primes financières ne sont envisagées qu’à terme, plafonnées, encadrées et conditionnées à des performances exceptionnelles sur plusieurs années.
Digitalisation et IA : moderniser sans déshumaniser
Le PRB 2026 consacre un chapitre entier à la digitalisation et à l’IA, inscrivant la réforme salariale dans un projet plus large de transformation de l’État. S’appuyant sur le Blueprint Digital Transformation 2025-2029, le Bureau plaide pour un passage du simple e-Government à une véritable AI Governance.
Mais là encore, la prudence domine. L’IA n’est pas présentée comme une fin en soi, mais comme un outil au service de l’action publique, encadré par trois piliers : People, Processes, Technology. Le principe du human-in-the-loop est explicitement mis en avant, pour garantir que la décision reste humaine.
Le car scheme et
continuité encadrée
Sujet sensible s’il en est, le car schemen’est ni supprimé ni étendu massivement. Le PRB opte pour une rationalisation : maintien du duty-free car scheme, mais règles plus strictes, options mieux balisées, plafonds exprimés aussi en kilowatts pour les véhicules électriques, et encadrement des allers-retours entre duty-freeet car allowance.
L’objectif est double : préserver un outil fonctionnel, sans en faire un privilège incontrôlé, dans un contexte de congestion routière et de pression fiscale.
Rodrigues et les îles
extérieures : reconnaissance de l’insularité
Enfin, le PRB 2026 confirme les régimes spécifiques applicables à Rodrigues, Agalega et St Brandon. Les tours de service restent la norme, avec Disturbance Allowance maintenue (25% à Rodrigues, 60% dans les îles extérieures), congés bonifiés, passages gratuits et logements fournis.
La nouveauté réside surtout dans une flexibilité accrue : paiement au prorata pour les missions plus courtes à Rodrigues, sans remise en cause des acquis. Pour Agalega et St Brandon, le maintien du double comptage pensionnablesouligne la reconnaissance des conditions de vie particulièrement difficiles.
Une réforme d’équilibre, sans illusion
Le PRB 2026 ne promet pas l’abondance. Il propose une réconciliation difficile : améliorer les rémunérations et moderniser l’administration, tout en respectant les limites financières de l’État. C’est une réforme lucide, parfois frustrante, souvent prudente, mais cohérente avec le contexte économique du pays.
En filigrane, le message est clair : le service public doit rester attractif, mais soutenable. Le PRB 2026 n’est ni un texte de rupture ni un catalogue de concessions, mais un cadre structurant, qui engage l’État sur une trajectoire de réformes graduelles, à condition — condition essentielle — que ses recommandations soient appliquées dans leur globalité.
Un mur avec le privé, assumé mais partiellement corrigé
Le PRB ne nie pas l’écart avec le secteur privé. Dans certaines entreprises, les rémunérations des Chief Executives dépassent largement celles du secteur public, atteignant parfois des niveaux à sept chiffres. Les cadres supérieurs de l’État réclament régulièrement une comparabilité.
La réponse du PRB est nuancée : l’argument est recevable, mais les différences structurelles public/privé, la capacité financière de l’État et l’acceptabilité sociale limitent toute convergence. Le Bureau reconnaît néanmoins un risque réel de démotivation et de difficultés de recrutement, auquel il répond par des ajustements partiels, sans alignement intégral.
Vers une fonction publique pilotée par les résultats
Au-delà des salaires, le PRB 2026 remet sur la table un chantier ancien : la culture de la performance. Le constat est clair : le Performance Management System (PMS), introduit en 2006, existe, mais reste largement déconnecté des récompenses concrètes.
Le PRB propose un changement de paradigme : passer d’une logique d’activités à une logique de résultats, en fusionnant l’évaluation des agents (PMS) avec le Performance-Based Budgeting (PBB) au sein d’un Integrated Performance Management Framework (IPMF).
Objectif : faire descendre les priorités nationales jusqu’au niveau individuel, avec des indicateurs clairs, mesurables et auditables.
Salaires et conditions de service dans le secteur public : La hausse salariale qui fait débat
15,3% en moyenne, Rs 10,9 milliards, écarts persistants et fronde syndicale
Mise en application en deux temps : 50% à partir de janvier 2026, et 100% à compter de janvier 2027.
Très attendu par quelque 89 000 employés du secteur public et parapublic, le rapport 2026 du Pay Research Bureau (PRB) acte une révision salariale moyenne pondérée de 15,3%, pour une enveloppe globale estimée à Rs 10,9 milliards. Derrière les chiffres, la réforme met en lumière des revalorisations significatives aux deux extrémités de l’échelle salariale, une application étalée dans le temps en raison des contraintes économiques.
Alors que, dans un premier temps, à la sortie des délibérations du Conseil des ministres, le chiffre de 17,4% avait été avancé comme moyenne de la révision salariale pour les employés du secteur public et des corps paraétatiques, le communiqué officiel publié en fin de journée a finalement retenu une « average weighted salary increase on gross salary »de 15,3%. En revanche, le coût global de la mise en œuvre des recommandations du PRB demeure inchangé, soit Rs 10,9 milliards.
Cette divergence de chiffres a immédiatement alimenté interrogations et critiques, d’autant que le rapport s’inscrit dans un contexte économique qualifié par le gouvernement de « challenging current economic and fiscal context », justifiant une application graduelle des mesures.
Mise en application
en deux temps
Le Cabinet a décidé que les recommandations du PRB, incluant l’intégration de la compensation salariale payable à partir du 1er janvier 2026 ainsi que l’Interim Allowance de 5%, seront appliquées en deux phases :
50% à partir de janvier 2026,
100% à compter de janvier 2027.
Cette approche progressive vise à contenir l’impact budgétaire immédiat tout en tenant compte de la perte du pouvoir d’achat enregistrée ces dernières années.
Des écarts salariaux
toujours marqués
Sur le plan des grilles salariales, le rapport met en évidence une revalorisation sensible des bas salaires. Le General Worker entamera désormais sa carrière dans le secteur public avec un salaire mensuel de Rs 17 975, contre Rs 10 250 auparavant. À l’autre extrémité de l’échelle, les Senior Chief Executives, considérés comme les Top-Most Civil Servants, verront leurs rémunérations franchir la barre des Rs 200 000, pour atteindre Rs 206 000 par mois.
Les Permanent Secretaries (chefs de Cabinet) bénéficieront, pour leur part, d’une hausse mensuelle d’environ Rs 34 000, leur salaire passant de Rs 132 000 à Rs 166 000. Au sommet de la hiérarchie administrative, la Chief Justice se situe à Rs 278 000, tandis que le Chef du Service Civil percevra Rs 270 000 par mois.
Selon le communiqué du Conseil des ministres, le ratio salarial entre le General Worker et le Permanent Secretary, qui était de 1:6,2 dans le rapport PRB 2021, est ramené à environ 1:5,4 dans le rapport 2026. Le ratio entre le General Worker et le Senior Chief Executive s’établit désormais à 1:6,7. À titre de comparaison, l’augmentation salariale moyenne pondérée lors du PRB 2021 était de 7,95%.
Le PRB des politiques
renvoyé à plus tard
Comme en 2021, le Political PRB – portant sur les salaires et conditions des ministres, parlementaires, détenteurs de postes constitutionnels, maires et présidents de conseils de district – a été reporté à la publication d’un rapport distinct, une décision qui continue de susciter des critiques récurrentes sur la transparence et l’équité globale du système.
Au-delà des chiffres, la méthode de publication du rapport a provoqué une levée de boucliers au sein du corps syndical. Les syndicats, qui s’attendaient à une présentation officielle à l’Hôtel du gouvernement, n’ont été informés que par appel téléphonique, avec la promesse d’une transmission du rapport par e-mail ou clé USB. Ce n’est que tard dans la soirée que l’intégralité des volumes du PRB a finalement été rendue disponible pour consultation.
Une démarche jugée irrespectueuse par les représentants syndicaux, qui dénoncent un manque de considération à l’égard des salariés concerné qui eux ne sont pas si mécontents que ça dans la conjoncture.
Les critères retenus
par le PRB
Dans son analyse, le Pay Research Bureau affirme avoir pris en compte la capacité financière du pays, tout en veillant à une rémunération jugée juste et équitable. Parmi les principaux critères examinés figurent :
la garantie que le salaire de départ au bas de l’échelle ne soit pas inférieur au salaire minimum national,
la correction de certaines distorsions salariales,
la prise en compte de la valeur monétaire des avantages non monétaires inclus dans la rémunération globale,
les enjeux de recrutement et de rétention d’un personnel compétent et motivé,
les principes d’équité, de transparence, de compétitivité et de performance,
ainsi que la perte de pouvoir d’achat subie ces dernières années.
Élaboré à l’issue de consultations avec l’ensemble des parties prenantes, le rapport PRB 2026 se veut un exercice d’équilibre entre contraintes budgétaires et attentes sociales. Reste que, entre chiffres contestés, application différée et mécontentement syndical, sa mise en œuvre s’annonce déjà comme un nouveau terrain de tensions sociales dans la fonction publique.

