LGBTI à Maurice : Entre conservatisme moral et lien profond à l’égalité

l L’attachement des Mauriciens aux principes fondamentaux
de justice est massif

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Un récent sondage national intitulé Fear & Fairness offre un éclairage inédit sur les attitudes des Mauriciens face à l’orientation sexuelle et à la non-conformité de genre. Menée après la dépénalisation des relations homosexuelles en 2023, cette enquête révèle une société traversée par des tensions, mais aussi par un attachement massif aux principes de justice, de sécurité et d’égalité. En effet, plus de 9/10 des  personnes interviewés estiment que tous les individus doivent être traités équitablement

Le sondage a été commandité par The Other Foundation, une fondation communautaire basée en Afrique australe, reconnue pour son travail de long terme en faveur des droits, de la liberté et de l’inclusion sociale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI).
Créée comme un trust africain, The Other Foundation ne se positionne pas comme un acteur militant au sens classique, mais comme une organisation de production de connaissances, de soutien stratégique et de plaidoyer. Elle finance des organisations locales, soutient la recherche indépendante et développe des données solides destinées à nourrir le débat public, les politiques publiques et les stratégies de changement social. À Maurice comme ailleurs dans la région, son rôle est de documenter les réalités sociales souvent invisibles ou caricaturées.
Une société plus égalitaire qu’on ne l’imagine
L’enquête mauricienne a été conduite par AfricaScope, sur un échantillon représentatif de la population, et constitue la première étude nationale de cette ampleur consacrée aux perceptions de l’orientation sexuelle et de la non-conformité de genre dans le pays.
Premier enseignement majeur : l’attachement des Mauriciens aux principes fondamentaux de justice est massif. Plus de neuf personnes sur dix estiment que tous les individus doivent être traités équitablement, vivre en sécurité et disposer de la liberté de faire leurs propres choix de vie. Ces valeurs constituent le socle sur lequel repose, selon le rapport, une ouverture potentielle aux droits humains des personnes LGBTI.
Dans le détail, près de 80 % des Mauriciens estiment que les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles méritent des droits égaux, et cette proportion atteint 90 % lorsqu’il s’agit des personnes intersexes. Plus de la moitié de la population se dit favorable à l’inscription de protections constitutionnelles explicites pour les minorités sexuelles et de genre.
Ces chiffres bousculent l’idée d’un rejet massif et uniforme. Ils dessinent au contraire une société où l’égalité est largement perçue comme un principe non négociable, même lorsque des réserves morales subsistent.
Là où les clivages apparaissent plus nettement, c’est sur la question des relations sexuelles entre personnes de même sexe et du mariage. Environ la moitié des Mauriciens se disent opposés aux relations sexuelles homosexuelles, et un sur deux rejette encore le mariage entre personnes du même sexe. Pour autant, 37 % soutiennent déjà l’égalité matrimoniale, tandis qu’une part non négligeable de la population se dit indécise ou sans opinion tranchée.
Pour The Other Foundation, cette zone d’hésitation est centrale: elle indique que les attitudes ne sont pas figées et qu’elles peuvent évoluer sous l’effet de l’information, du dialogue et de l’exposition à des récits plus nuancés.
Autre enseignement clé : si 86 % des Mauriciens se déclarent religieux et plus de la moitié très religieux, la religion n’est pas le facteur déterminant dans les attitudes envers les personnes LGBTI. Moins de 10 % des répondants disent que leur position sur ces questions est principalement influencée par leur foi. Fait notable, 43 % estiment que Dieu aime aussi les personnes engagées dans des relations homosexuelles.
Le rapport souligne ainsi que conservatisme religieux et respect des droits humains ne s’excluent pas nécessairement dans le contexte mauricien.
Une visibilité forte, mais
une violence encore perçue
L’étude met également en évidence une forte visibilité des personnes LGBTI dans la société : près de trois quarts des Mauriciens disent connaître au moins une personne transgenre ou non conforme au genre, et plus des deux tiers connaissent une personne homosexuelle. Environ 4 % de la population adulte s’identifie comme homosexuelle ou bisexuelle, et 1,6 % comme intersexe.
Cependant, près de 40 % des répondants estiment que les personnes LGBTI sont victimes de violences ou de discriminations dans leurs communautés. Cette perception coexiste avec un rejet massif de la violence : près de 90 % des Mauriciens estiment que les communautés doivent protéger les personnes LGBTI contre les agressions.
Pour The Other Foundation, l’objectif de Fear & Fairness n’est pas de provoquer, mais de rendre visible la complexité de l’opinion publique. Le rapport met en lumière une société mauricienne partagée entre attachement aux traditions et adhésion profonde aux valeurs d’équité, de non-violence et de dignité humaine.

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