C’est une situation qui se répète de la même façon toutes les années, depuis fort longtemps. Depuis que les politiciens, qui les utilisent comme agents au cours des campagnes électorales, ont donné aux marchands ambulants, qui sont supposés vendre leurs marchandises en faisant du porte-à-porte, un statut de colporteur fixe. Forts de cette bénédiction politique, en décembre, les marchands ambulants envahissent les trottoirs de nos centres-villes ou des villages qui sont autant peuplés que nos villes. En s’installant de préférence devant les vitrines – et parfois, en barrant les portes – des magasins dont les propriétaires payent patentes et licences municipales pour pouvoir exercer leur métier. Face aux protestations de ces derniers, les politiciens leur ont demandé un peu de tolérance « pour cette fois » et juré de trouver une solution pour caser les marchands ambulants n’importe où, sauf sur les trottoirs devant les magasins pour vendre, entre autres, des filloires de pétards pour le 31 décembre. Mais comme les promesses des politiciens n’engagent que ceux qui veulent y croire, rien ne change. Et on se retrouve à la fin de l’année avec la même situation que la précédente : trottoirs envahis, parfois en débordant même sur la route, embouteillages sur des kilomètres, tandis que les magasins sont vides. On vient même d’inventer une nouvelle formule pour caser ces marchands ambulants pour qui les politiciens semblent être aux petits soins : les nite markets. Certaines rues de nos villes et de nos villages ont été transformées en foires nocturnes et connu un tel taux de fréquentation qu’un ministre a même suggéré qu’on organise des nite markets sur une base mensuelle. On sent là le politicien opportuniste qui, après les volées de bois vert reçues après le report de l’âge de la pension, essaye de surfer sur une vague populaire. Mais si cette nouveauté fait l’affaire des marchands ambulants, ce n’est pas le cas pour les propriétaires de magasins puisque le public, toujours à l’affut de bonnes occasions annoncées – mais pas forcément concrétisées, comme les promesses des politiciens –, boude les magasins pendant la journée en préférant faire son shopping de fin d’année le soir dans les nite markets. Au train où vont les choses, ce n’est pas cette année que le problème des marchands ambulants sera réglé, à moins que les nite markets soient institutionnalisés et transforment les marchands ambulants en marchands définitivement fixes. Sur les trottoirs devant les vitrines et portes des magasins ? Sachant que les commerçants avec patentes et licences n’ont définitivement pas le poids politique, et considérant le nombre de magasins qui s’implantent dans les malls, l’un d’entre eux m’a déclaré qu’il envisage sérieusement la possibilité de fermer son magasin pour se transformer en marchand ambulant. Est-ce qu’un jour à Maurice les magasins feront partie d’un passé révolu, comme les boutiques de quartiers ?
Pendant toute l’année, plus particulièrement à partir de l’annonce du report de l’âge de la pension de vieillesse, et suivant l’exemple du gouvernement, l’île Maurice a repris le refrain « la caisse vide ». Plusieurs ministres et députés, nouvellement élus, se sont fait accueillir dans leurs circonscriptions par des cris de « voler pension », malgré leurs explications embarrassées pour essayer de justifier une décision qui n’avait fait l’objet d’aucune discussion et avait été imposée dans le discours du budget. Leurs mandants ont bien l’intention de leur payer ce qu’ils estiment être une trahison au cours des mois à venir. À moins que le gouvernement revienne sur cette décision… Depuis le vote du report de l’âge de la pension, il ne s’est pas passé une seule semaine sans manifestations et sans protestations sur l’augmentation du coût de la vie, l’incapacité manifeste du gouvernement à tenir un de ses nombreuses promesses électorales : faire baisser les prix et augmenter le pouvoir d’achat. Et la nécessité de restreindre les dépenses en se serrant la ceinture pour pouvoir joindre les deux bouts. Et puis, le 31 décembre, les Mauriciens ont dépensé des millions de l’argent – qu’ils sont censés économiser – pour acheter des pétards qui ont fait Maurice ressembler, pendant de longues minutes à partir de minuit le 1er janvier, à la bande de Gaza bombardée par l’armée israélienne. En fin de compte, le Mauricien ressemble au gouvernement pour qui il a voté massivement aux dernières élections. Tout en déclarant que les caisses étaient vides, il n’avait pas hésité à payer le 14ème mois, même partiel, dans certains cas. Le Mauricien qui n’arrête pas de se plaindre de la cherté de la vie et de la nécessité de faire des économies n’a pas hésité à dépenser des millions de roupies de pétards pour chasser les mauvais esprits. Espérons que l’avenir ne lui fera pas regretter d’avoir brûlé son argent pour rien !
Jean-Claude Antoine

