2026 : le devoir de résultats

Le message à la nation du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui était très attendu le 1er janvier dernier, ne laisse place à aucune ambiguïté : si 2025 a été l’année de l’inventaire et de la « réparation », 2026 doit impérativement devenir celle de la concrétisation. Le chef du gouvernement a posé un diagnostic sévère : un pays tombé dans le « précipice » sous l’ancienne administration. « On ne construit pas l’avenir sur des fondations fragilisées », a-t-il lancé. Il a cité la restauration des libertés fondamentales, la fin de la peur, le retour de la démocratie régionale et l’indépendance retrouvée des institutions, dont le Parlement. Le chiffre cité par le PM est d’ailleurs éloquent : 95 arrestations pour corruption en 2025 contre une seule en 2024. Cette rupture avec la “State Capture” est un premier résultat tangible.
Cependant, la liberté n’est qu’un élément dans l’ensemble des promesses faites, du rêve vendu ainsi que dans les attentes de la population. Le devoir de résultats se mesurera désormais à l’aune de trois chantiers critiques. D’abord, le pouvoir d’achat. Ainsi, malgré la réduction du prix des carburants et la création d’un fonds de Rs 10 milliards pour les médicaments, l’inflation reste le juge de paix pour la ménagère. Le deuxième chantier est la justice pénale : l’annonce du Police and Criminal Justice Bill et l’abolition des provisional charges marquent une volonté de professionnalisme. Car la population a besoin d’être rassurée face à la multiplication des cas de féminicide et des actes de violence rapportés à travers le pays. Et enfin, la réforme de la Santé. Avec un budget de Rs 19 milliards, le passage à la carte de santé digitale ne peut plus être une simple promesse technique; cela doit devenir une réalité vécue dans les couloirs des hôpitaux.
Quelques jours plus tôt, le DPM Paul Bérenger, qui s’adressait aux dirigeants de son parti, faisait également le constat que « 2025 a été une année de transition inévitable », tandis que « 2026 sera décisive pour le pays et pour le MMM ». Il devait parler de trois tests décisifs auxquels le pays est confronté, à savoir Air Mauritius, où beaucoup de temps a été gaspillé. Ensuite, il y a la drogue, la police, l’Adsu et les prisons, et finalement l’Economic Development Board. L’état de grâce est bel et bien révolu. Place désormais aux résultats, c’est-à-dire la transformation des opportunités qui se présentent, aussi bien sur les plans local qu’international, en résultats concrets.
Sur le plan international, une fenêtre d’opportunités se présente avec la fin annoncée de la guerre en Ukraine, qui pourrait changer la donne et entraîner une stabilisation des prix du carburant et des denrées de base. On ne peut, à ce stade, mesurer les conséquences économiques du changement forcé de régime au Venezuela, riche en produits pétroliers.
Concernant les Chagos, les plus optimistes prévoient la fin des procédures parlementaires au Royaume-Uni en mai prochain. Ce qui voudrait dire que Maurice percevrait des compensations financières majeures pour l’utilisation de Diego Garcia. Cet argent n’est pas un bonus, mais un investissement dans le futur. L’intérêt croissant des États-Unis pour la sécurité dans l’océan Indien devrait entraîner un renforcement du partenariat entre les USA et Maurice. Nous ne sommes plus une « petite île », mais un partenaire stratégique capable de négocier des transferts technologiques et des accords de sécurité maritime contre la garantie de stabilité offerte à la base de Diego Garcia.
L’organisation du sommet de la CCA en juillet s’annonce comme un tournant dans les relations économiques, non seulement avec les pays africains, mais également à l’échelle mondiale. Les discussions sont en cours pour améliorer le CECPA avec l’Inde et le FTA 2.0 avec la Chine. Le renforcement des droits fondamentaux dans le cadre d’une réforme constitutionnelle et les démarches engagées en vue de la réforme du système électoral peuvent être une source de “feel good factor” dont le pays a besoin.
Le gouvernement dispose en 2026 d’un levier unique : la convergence d’une paix mondiale retrouvée, d’une souveraineté territoriale reconnue et d’une majorité parlementaire écrasante. L’échec n’est pas une option ; il serait une faute historique.

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Jean Marc Poché

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