Faits et effets… : Oser enfin

D’une année à l’autre, le même constat accablant pour les femmes et les enfants. Trois féminicides, deux enfants abandonnés, l’un dans un baril servant de poubelle et, l’autre, déposé dans les toilettes de l’hôpital de Flacq. En passant, on aurait pu penser que le gouvernement du changement aurait restitué à cet établissement le nom du Dr Bruno Cheong, la première victime du coronavirus maintenant qu’il y a aussi un pont SAJ mais, le changement, c’est apparemment pour ne rien changer du tout !
Lorsque tout aura été dit sur le trop grand nombre de femmes qui meurent sous les coups de leur mari, ou de leur concubin, et de bébés, souvent de quelques heures seulement et qui se trouvent en état de survie, il restera une question : comment une société qui se revendique avancée, qui dispose de l’éducation gratuite depuis bientôt 50 ans, qui a accès à l’information, peut-elle encore enregistrer de tels drames ?
Ces drames étaient presque inconnus lorsqu’on était un tout petit pays nouvellement indépendant, que les femmes étaient considérées comme citoyenne de seconde zone et que la contraception était un luxe ou une extravagance propres à celles qui menaient une vie dissolue. Et pourtant, il apparaît que, plus les Mauriciens sont « éduqués », plus certains s’acharnent à nous ramener à la préhistoire.
Le système d’éducation publique, resté à quelques variantes près, empêtré dans son objectif obsessionnel de résultat, est probablement pour beaucoup dans ce que notre société enregistre aujourd’hui. On peut être une femme qui « ena degre », mais cette même personne, réputée futée, peut très vite se retrouver dépourvue et extrêmement tolérante face à un petit ami possessif ou un partenaire jaloux et obsédé. Elles ne sont souvent même pas conscientes d’être complètement sous emprise.
C’est à ce niveau que le système d’enseignement étatique pèche lamentablement, lorsqu’il ne confronte pas des élèves, garçons et filles ensemble, d’ailleurs, aux notions de sa propre liberté personnelle, de son libre arbitre, de son besoin d’espace, de ne plus se soumettre, de ne plus subir pour ne pas se retrouver finalement en danger de mort.
Qui, dans une classe d’adolescents en pleine mutation hormonale, enseigne aux garçons qu’ils ne sont pas propriétaires de leurs copines et comment ils doivent apprendre à composer avec l’autre et, surtout, comme gérer une rupture, fut-elle douloureuse ? Dans certains établissements privés, ce genre de sujet est abordé sans tabous. Même si cela ne peut garantir des conduites responsables, il reste toujours quelque chose des notions inculquées.
Après combien de féminicides n’a-t-on pas entendu des membres de la famille ou des voisins dire qu’ils savaient qu’il y a eu maltraitance, qu’ils entendaient régulièrement des éclats de voix, qu’ils relevaient des marques de coups et blessures, mais que les victimes préféraient le silence et la soumission malgré les mises en garde de proches ou d’amis et des invitations à se libérer avant qu’il ne soit trop tard.
Il y a le problème à la base qui devrait être pris à bras le corps sans tarder, mais il y a aussi les solutions à trouver de toute urgence. Les ordonnances de protection doivent être exécutées plus vite et elles doivent être respectées sous stricte surveillance policière parce que nombreuses sont celles qui ont péri sous les coups et la barbarie de conjoints ou de concubins alors même qu’elles étaient censées être sous la protection et le suivi des autorités.
La police prend encore un peu trop à la légère les plaintes pour violence domestique ou celle perpétrée sur les enfants. Il est temps que cela change pour que les statistiques n’arrêtent pas de gonfler année après année. Qui assure une surveillance des faits et gestes de maris ou de partenaires violents ? Comment peuvent-ils approcher leurs cibles avec autant de facilité ? N’est-il pas temps d’envisager des bracelets électroniques pour ces bourreaux en devenir ?
Le temps est à la détermination et à l’action. Pour les bébés et les enfants, c’est pareil. Dans ce pays qui se veut développé comparé à d’autres, il paraît que la contraception est encore un sujet étranger si ce n’est tabou. Certains pensent toujours que les préservatifs, ce n’est que pour les toxicomanes, les homosexuels ou ceux qui sont séropositifs.
La responsabilité de ne pas « tomber », un mot répugnant, allons dire plutôt, se retrouver enceinte est toujours placée sur le dos de la jeune fille ou de la femme. Et lorsqu’on sait qu’il y a encore malheureusement des époux et des copains qui interdisent toute contraception à leur partenaire au nom de quelque absurde croyance, on finit avec des bébés mis dans des sacs accrochés à des poignées de porte et déposés dans les toilettes. Avec la responsabilité dévolue à l’État pour s’en occuper.
Le cas du bébé récupéré dans les toilettes de l’hôpital de Flacq est très instructif sur ce que traverse notre société. La mère n’est âgée que de 23 ans, a déjà un enfant, était sous une ordonnance de protection pendant qu’elle mettait au monde son enfant. Il doit exister nombre de cas de ce genre qui échappent au radar.
Allons dire que, pour une quelconque raison, cette dame n’a pu avoir recours à un moyen de contraception et qu’elle s’est retrouvée enceinte de manière accidentelle, n’y avait-il pas une autre voie que de porter à terme la grossesse pour ensuite laisser la progéniture dans les toilettes et disparaître ? Parce que sa situation de femme maltraitée avec un autre enfant à charge ne lui permettait pas une bouche supplémentaire à nourrir.
On a parlé de l’adoption comme l’une des solutions pour les enfants abandonnés. Oui, mais ça ne peut pas être que la seule et unique solution. Pourquoi pas l’interruption de grossesse encadrée en milieu hospitalier ? L’avortement thérapeutique avait été introduit en 2012, cela remonte à 14 ans. N’est-il pas temps de passer à une autre étape ? Oser enfin.
Que l’on ne vienne pas nous bassiner avec des arguments religieux, cela ne tient plus la route en 2026. Ceux qui ont leurs convictions religieuses peuvent les garder pour eux et les mettre en pratique, mais cela ne peut en aucun les autoriser à décider pour autrui.

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JOSIE LEBRASSE

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