Vilains petits canards !

Évitons, soigneusement, d’entrer dans la polémique des canards enlevés du lac sacré de Grand-Bassin. De tels sujets, aux accents religieux, sont beaucoup trop… à fleur de peau, et excitent, au quart de tour, des têtes brûlées de toutes religions confondues ; il n’y a qu’à lire les commentaires des internautes sur les médias classiques et parallèles pour en avoir la preuve ! Un florilège de propos injurieux sertis du toujours incontournable “mo pli kone ki twa” !
Impossible de ne pas déplorer et dénoncer, avec force d’ailleurs, dans le même souffle, l’attitude d’un nombre hélas ! grandissant d’internautes – tant des hommes que des femmes – qui s’amusent avec des commentaires carrément indécents. Derniers exemples en date : les féminicides de Maria Anna Muthoora et de Sivanee Saminaden. Certains y allaient de leurs opinions sur ces malheureuses victimes : leurs tenues vestimentaires, leurs physiques… ! Pire encore, ceux qui poussent le bouchon au point de banaliser ces crimes ! Comme habités par un sombre désir de remuer le couteau dans la plaie, pour ces parents et proches qui pleurent la disparition de l’être cher emporté dans des circonstances violentes et injustifiées. À croire s’ils s’amusent à tuer une nouvelle fois ces jeunes femmes !
Le Mauricien a déjà et continuera toujours de condamner fortement de tels agissements. Surtout provenant de ces canards boiteux qui se cachent derrière leurs claviers et qui n’ont de cesse de critiquer tout et rien.
Après une (brève) accalmie, la saga des frictions au sommet de l’État a repris ses droits. Le DPM, Paul Bérenger, protagoniste principal de ce feuilleton qui fait retenir le souffle à chaque Mauricien, a donc remis ça ! Et ceux qui pensaient que la trêve avait eu raison du caractère bien trempé de l’emblématique leader des Mauves, se sont bien laissé prendre à leur propre jeu ! Bérenger is not a quitter. De plus, il convient de constater que certaines de ses « crises » ont des répercussions… positives. Poussant son principal partenaire – et ironiquement, adversaire politique – à rectifier le tir sur divers plans ! Dans l’intérêt supérieur du pays et de la population.
À la prochaine rentrée parlementaire, qui n’est pas derrière la porte, la refonte du Domestic Abuse Bill verra une nouvelle ère avec l’inclusion du mot « féminicide » dans sa définition. Une avancée importante et catalyseuse. Car le mot désigne avec précision le caractère du crime commis. Marie Anna Muthoora et Sivanee Saminaden sont venues allonger une liste déjà trop longue de malheureuses victimes.
Dans les colonnes du Mauricien, cette semaine, une militante des Droits humains a fait ressortir qu’un nombre important de Mauriciennes à la tête de compagnies ou occupant des postes-clés dans le privé, tout comme d’autres qui ont gravi les échelons dans le secteur public, sont entre les murs de leurs maisons, des victimes silencieuses de violences. Démontrant, de fait, que les féminicides “na pa get figir” ni la condition sociale. De la plus basse marche de l’échelle à son sommet, les violences multiples – physique, verbale, morale, mentale, psychologique, économique… – frappent et tuent.
En attendant que la nouvelle mouture légale soit présentée par Arianne Navarre-Marie, rien n’empêche que des mesures et projets soient entrepris et réalisés. La consolidation des associations et ONG oeuvrant pour la protection et la défense de potentielles victimes de féminicides est un premier pas. Tout comme la création de structures d’accueil, de refuge et de soutien destinées à ces victimes. Il faut des “halfway homes” adéquates pour les aider à sortir de leurs enfers et d’avoir au moins un toit au-dessus de leurs têtes. Ce qui peut les protéger, temporairement, de leurs bourreaux. Le temps pour elles de suivre des formations et des thérapies pouvant leur rendre leur estime de soi, leur indépendance et leur permettre de se remettre debout. Autant celles qui sont sans emploi et avec des enfants que celles qui sont des directrices de compagnie et qui sont bien connues dans la société. Maurice est minuscule et tout le monde se connaît. Il convient d’avoir des structures solides pour que ces compatriotes se reconstruisent.
À la fin du conte « Le vilain petit canard », le personnage éponyme se transforme en un splendide cygne. Il n’y a aucun mal de s’en inspirer !

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Husna Ramjanally

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