À Air Mauritius, plus ça change, plus c’est la même chose — Les “canards boiteux” de MK au cœur des négociations collectives

  • En position de force, les controversés Dass Thomas et Sameer Baichoo en l’absence remarquée du président Megh Pillay et du CEO André Viljoen

 

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Alors qu’Air Mauritius a engagé, après la période festive, un nouveau cycle de négociations en vue de la conclusion d’un accord collectif avec les syndicats, un déséquilibre majeur interpelle en interne. La présence active de Dass Thomas – et d’autres administrateurs ayant exercé une influence déterminante sous le régime MSM – contraste avec l’absence remarquée du président du conseil d’administration, Megh Pillay, et du nouveau CEO, André Viljoen. Ce dernier, pourtant très visible à son arrivée, se fait désormais plus discret depuis sa première communication écrite au personnel. Une configuration qui relance frontalement le débat sur la réalité de la gouvernance au sein de la compagnie aérienne nationale.

Pour ces discussions sociales stratégiques, Air Mauritius a constitué une délégation élargie regroupant des responsables des ressources humaines, des opérations de vol, des opérations cabine, des consultants externes ainsi qu’un représentant du conseil d’administration. Une mobilisation inhabituelle, tant par son ampleur que par sa composition.

Un administrateur présent, le président et le CEO absents

La participation de Dass Thomas, administrateur de MK, à un processus relevant normalement du champ opérationnel, suscite de nombreuses interrogations. Selon les principes de bonne gouvernance, le conseil d’administration fixe les orientations stratégiques et exerce une fonction de contrôle, tandis que la conduite des opérations quotidiennes, y compris les négociations collectives, relève du CEO et de son équipe exécutive.

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Ce qui alimente davantage le malaise est l’absence simultanée de Megh Pillay et d’André Viljoen lors de ces échanges sociaux. Pour plusieurs observateurs internes et représentants syndicaux, cette configuration donne le sentiment d’une gouvernance inversée : un administrateur intervient directement dans un processus opérationnel, pendant que les deux principales autorités institutionnelles demeurent en retrait. La question reste entière : s’agit-il d’un choix délibéré de leur part, ou ont-ils été volontairement écartés du dispositif ?

Cette situation entretient un flou persistant sur la chaîne de responsabilité et sur l’autorité réellement habilitée à engager Air Mauritius dans un accord collectif structurant pour son avenir social.

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Une continuité d’influence qui interroge

La présence de Dass Thomas est également analysée à la lumière de ses liens étroits, bien connus, avec l’ex-CEO démissionnaire Kishore Beegoo, avec lequel il resterait en contact régulier, selon plusieurs sources internes à l’aéroport. Sans préjuger d’une quelconque ingérence directe, cette proximité alimente néanmoins des interrogations sur la capacité réelle de la compagnie à opérer une rupture nette avec certaines pratiques de l’ancienne gouvernance.

Ce schéma rappelle la période transitoire durant laquelle, en l’absence de CEO, un « executive board » avait été instauré par le tandem Beegoo–Thomas pour assurer la gestion quotidienne de MK. Malgré l’arrivée, pourtant très attendue, d’André Viljoen, certains estiment que cette logique de fonctionnement perdure partiellement, au-delà des changements d’organigramme.

Un CEO attendu, mais perçu comme en retrait

L’effacement relatif d’André Viljoen est d’autant plus commenté que son arrivée avait suscité de fortes attentes en interne. Plusieurs cadres et employés estiment que ses premières prises de parole et ses déplacements initiaux avaient envoyé des signaux encourageants d’ouverture, de rigueur managériale et de volonté de réforme.

Selon plusieurs sources internes, cette dynamique semble toutefois s’essouffler. Certains évoquent un CEO « mis en réserve », d’autres parlent d’un champ d’action restreint ou d’un agenda contraint. Sans spéculer sur les causes exactes, cette perception alimente un sentiment d’inachevé et renforce l’impression que certains leviers décisionnels demeurent ailleurs. L’ancien dirigeant de Fiji Airways évoluerait aujourd’hui dans un périmètre d’autonomie plus limité qu’initialement anticipé.

Une délégation contestée

La composition même de la délégation représentant Air Mauritius continue de susciter des réserves chez une partie du personnel et des syndicats :

  • Kavish Seedam, consultant RH, dont le contrat arrive à échéance, pourrait néanmoins être reconduit, afin d’assurer une continuité dans les négociations.
  • Roodesh Muttylall, responsable financier, reste associé à des décisions sensibles héritées de l’ancienne gouvernance, notamment sur le dossier des pensions.
  • Jean-Bernard Sadien, Head of HR, est critiqué pour certaines décisions prises durant la période d’administration volontaire.
  • Jean-Hugues Young Lan Sun, responsable des opérations cabine, est jugé peu efficace par plusieurs représentants syndicaux.
  • Sameer Baichoo, capitaine de bord et manager, voit sa participation questionnée en raison de potentielles situations de conflit d’intérêts, mais aussi d’incidents passés liés notamment aux petites bouteilles alcoolisées à Gatwick.

Ces critiques traduisent un malaise persistant au sein d’une partie du personnel, qui peine à percevoir une véritable rupture avec les pratiques antérieures.

Un test de crédibilité institutionnelle

Ces négociations constituent un test majeur pour la nouvelle gouvernance : clarification des rôles entre le board et l’exécutif, responsabilisation de la chaîne décisionnelle et démonstration concrète d’un changement de culture managériale.

Pour de nombreux employés, la crédibilité du redressement d’Air Mauritius dépendra autant de l’issue des discussions sociales que de la capacité de la direction à instaurer une gouvernance lisible, cohérente et conforme aux standards de bonne pratique.

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