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Celui de Petit-Raffray impliquant le ressortissant camerounais Beltrami Bolzano Kemayou et sa compagne Sivanee Saminaden et de l’autre côté, le meurtre de Marie Anna Muthoora à Batimarais
Depuis le début de l’année, Maurice est confrontée à deux affaires criminelles majeures qui ont profondément marqué l’opinion publique et interrogent la société sur les limites de l’intégration, la violence domestique et la responsabilité individuelle. D’un côté, le drame de Petit-Raffray impliquant le ressortissant camerounais Beltrami Bolzano Kemayou ; de l’autre, le meurtre de Marie Anna Muthoora à Batimarais, dont le principal suspect continue de nier toute implication. Deux dossiers distincts, mais qui, par leur gravité et leurs zones d’ombre, mettent en lumière la complexité du travail judiciaire face à des drames humains aux résonances sociales profondes.
L’affaire Beltrami Bolzano Kemayou, aujourd’hui au cœur de l’un des dossiers judiciaires les plus lourds de ce début d’année, dépasse largement le cadre du simple fait divers. Elle est devenue, au fil des jours, une tragédie aux multiples ramifications humaines et sociales. Si l’attention publique se concentre naturellement sur l’enquête et les procédures judiciaires, le chemin qui a conduit à ce drame soulève des interrogations plus larges.

Le silence de Bolzano
Le 15 janvier, l’accusé, poursuivi pour le meurtre de sa compagne Sivanee Saminaden, âgée de 29 ans, ainsi que pour une série d’agressions et de menaces survenues entre le 3 et le 4 janvier, a exercé son droit au silence lors d’un nouvel interrogatoire mené par la Major Crime Investigation Team (MCIT), en présence de son avocat, Me Nawaz Dookhy. Si, lors des premières auditions, il s’était montré partiellement coopératif, il n’a désormais livré aucune déclaration.
Dès les premières heures, l’affaire a pris une tournure dramatique. La jeune femme a été retrouvée sans vie dans leur domicile à Petit-Raffray, découverte par le propriétaire après avoir été alerté par les pleurs incessants du nourrisson du couple. L’autopsie a conclu à une mort par strangulation.
La même nuit, le suspect est également accusé d’avoir agressé une conductrice étrangère, lui causant de graves blessures, avant d’avoir tenté une autre agression sur un adolescent à Anse-La-Raie. Il a finalement été interpellé par la police.
Beltrami Bolzano Kemayou a été formellement inculpé pour le meurtre de sa compagne lors de sa première comparution devant la Cour de Pamplemousses, le 5 janvier, et placé en détention provisoire. Plusieurs incidents signalés à l’hôpital SSRN ont par ailleurs nécessité un renforcement de sa surveillance. Il aurait notamment proféré des menaces et tenté de s’en prendre à des agents chargés de sa garde.
Un portrait contrasté qui interroge
Au-delà de la gravité des faits reprochés, ce dossier interpelle par le contraste entre le profil décrit par certains proches et la violence des actes évoqués par les enquêteurs. Des connaissances de Bolzano évoquent un jeune homme sans antécédents judiciaires notables, venu chercher une opportunité de vie à Maurice. Aucun élément clair ne permet, à ce stade, d’établir un passé criminel.
Du côté de la famille de la victime, la douleur est exprimée publiquement. Ruby, la mère de Sivanee, a lancé un appel émouvant à la population pour prier pour sa fille et pour le nourrisson désormais pris en charge par les autorités.
À l’inverse, la mère de l’accusé, restée au Cameroun, clame l’innocence de son fils et dit suivre l’enquête avec attention. Elle espère que les investigations, notamment l’analyse du téléphone de son fils, permettront d’éclairer les circonstances exactes du drame. Elle a également évoqué son souhait d’obtenir légalement la garde de l’enfant.
L’enquête se poursuit et repose désormais sur les éléments matériels, les témoignages recueillis, ainsi que sur des expertises psychiatriques et toxicologiques attendues. Détenu au poste de police de Piton, le suspect a de nouveau comparu le 15 janvier devant la Cour de district de Pamplemousses. Sa détention provisoire a été prolongée jusqu’au 22 janvier.
Le mystère de Batimarais
Quelques jours avant ce drame, une autre tragédie secouait Batimarais. Le 31 décembre 2025, Marie Anna Muthoora, 33 ans, a été retrouvée morte à son domicile. Son époux, Vikash Muthoora, a été découvert par la police en état d’ébriété, à proximité du corps.
Arrêté sur place, il a été inculpé. L’autopsie a établi que le décès était dû à un traumatisme crânien sévère.
Lors des interrogatoires, le suspect aurait d’abord laissé entendre une reconnaissance partielle des faits avant de se rétracter et de nier toute responsabilité. Après avoir brièvement sollicité une aide juridique, il est revenu sur cette décision. La Criminal Investigation Division (CID) poursuit ses investigations afin de déterminer les circonstances exactes du décès. La liberté conditionnelle lui a été refusée et il demeure en détention.
Deux affaires, des zones d’ombre persistantes
Survenues à quelques jours d’intervalle, ces deux affaires présentent plusieurs similitudes : dans les deux cas, les suspects invoquent le silence ou contestent les accusations. Les enquêtes reposent sur des éléments techniques, des témoignages et des expertises, mais de nombreuses zones d’ombre subsistent encore.
Au-delà de l’accumulation de faits divers, ces dossiers interrogent plus largement la société sur la violence domestique, la fragilité des équilibres personnels et la vulnérabilité humaine. Ils illustrent aussi la complexité du travail des enquêteurs, contraints de naviguer entre preuves, silences, expertises et attentes judiciaires, dans l’objectif de faire émerger la vérité et de rendre justice aux victimes.

