Point et interrogation : The Sky is the Limit et les limites de la ZEE

The sky is the limit. Sur le front de la démagogie, les débats à la House of Lords consacrés au Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill en ont fait une éclatante démonstration, notamment à travers cette tentative rétrograde de réécrire l’histoire de la colonisation de Maurice. Aucune limite lorsqu’il s’agit de s’évertuer à culpabiliser Maurice dans le traitement des Chagossiens depuis leur déracinement, dans le sillage de la conférence constitutionnelle de Lancaster House de septembre 1965.

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L’intervention de Lord Callanan, porte-parole des Lords conservateurs, mardi, est un exemple type de ce travestissement de l’Histoire que les soi-disant puissants du jour veulent imposer.
« Then there is the betrayal of the Chagossian people, whose wishes have been completely ignored, particularly now that it has become clear, in the excellent recent report from the House’s International Relations and Defence Committee, that most of them want to remain British. They have no desire to be handed over against their will to a hostile foreign power that has trampled over their rights and discriminated against them for many years », avait-il déclaré.

Aucun Lord, digne de ce nom, présent lors de ces débats, n’a osé lever le petit doigt pour contredire cette thèse sur la responsabilité de Maurice dans le traitement infligé aux Chagossiens, ni rappeler que la genèse de l’Order in Council émane du palais de Buckingham en date du 8 novembre 1965 — plus exactement les douze paragraphes du British Indian Ocean Territory Order No. 1920 of 1965. Un détail que Lord Callanan aurait bien voulu occulter, tant il engage historiquement la responsabilité des autorités britanniques dans le déni des droits fondamentaux et inaliénables des Chagossiens.

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Ce même Lord Callanan ne s’est pas arrêté là dans ses dérives de dénigrement de l’âme de la République de Maurice. Croyant manier l’arme de la dérision à propos du prochain voyage prévu aux Chagos, il s’est permis d’exprimer un mépris viscéral à l’encontre de chaque Mauricien. Il s’en est pris au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui avait fait le choix d’une unité de la marine indienne pour ce déplacement éventuel aux Chagos.

« We want to visit Chagos to put our flag there … The British offered us a vessel, but we said we preferred one from India because symbolically it would be better. Maybe that is true. If Mauritius lacks the resources even to transport its own Prime Minister to the Chagos, what chance has it got of monitoring and preventing incursions into 640,000 square kilometres of one of the largest pristine marine protected areas in the world? », devait-il insinuer.

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Même la porte-parole du gouvernement Starmer, la Baroness Chapman of Darlington, s’est alignée sur ce point de vue, estimant que « I believe many Members to be genuine in their concern about the marine protected area and it is right that they have taken the opportunity to raise this. We are working incredibly closely with Mauritius. It does not have the capability and expertise to do this as it stands. »

Nulle intention de reléguer au second plan cette nostalgie coloniale des membres de la House of Lords, que résume cette strophe : « Rule, Britannia! Britannia rule the waves ». Car, avec les 639 611 kilomètres carrés supplémentaires de la Chagos Archipelago Marine Protected Area, découlant du traité bilatéral du 22 mai 2025, la République de Maurice s’apprête à gérer près de trois millions de kilomètres carrés d’océan, avec tout ce que cela implique comme richesses du seabed, soit l’une des vingt plus grandes zones économiques exclusives (ZEE) au monde.

Inconsciemment, en dandy très britannique, Lord Callanan a d’ailleurs concédé que les raisins sont verts lorsque la Marine Protected Area des Chagos passe sous contrôle mauricien.
« One of the jewels in the crown of the British Indian Ocean Territory is one of the largest marine protected areas in the world, a tremendous achievement for the natural world of which we can all rightly be very proud », reconnaît-il.

La coïncidence entre l’entrée en vigueur de l’accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) et la conclusion prochaine des débats devant la Chambre des communes et la House of Lords sur le Chagos Deal remet en perspective l’enjeu stratégique et politique de la ZEE dans la realpolitik de l’océan Indien. Une véritable plateforme pour laver l’affront Callanan.

L’assertion de ce porte-parole des conservateurs britanniques selon laquelle « there are, and have been, legitimate concerns that they will have no means whatsoever of monitoring, or even policing, the area » ne s’apparente-t-elle pas aux prédictions d’Overcrowded Barracoon de V. S. Naipaul, assorties du diagnostic sombre sur les perspectives économiques formulé par Titmuss et Meade en 1961 ? Pourtant, le génie mauricien a apporté un cinglant démenti à cette vision alarmiste des effets de la monoculture.

L’État-océan de Maurice, avec l’immense étendue que constitue sa ZEE, présente encore le potentiel de renverser les prophéties de ces oiseaux de mauvais augure de la House of Lords. Toutefois, à l’Hôtel du Gouvernement, il faudra se départir de cette vilaine habitude consistant à se contenter de beaux discours sur l’économie bleue. Comme le disait Christine de Suède : « Le plus grand secret de la réussite, c’est de se fixer un but et de ne jamais le perdre de vue. »

Patrick Michel

 

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