Nouveau bras de fer entre le Directeur des Poursuites Publiques (DPP) et l’ex-commissaire de police, Anil Kumar Dip, dans le cadre de l’enquête judiciaire sur la mort troublante de Steeve Juliette en date du 6 janvier 2023. Cette affaire a été appelée, hier, devant la cheffe-juge, Rehana Mungly-Gulbul, lors de la Formal Matters Session de la Cour suprême.
Anil Kumar Dip avait, en effet, remis en question au niveau de la Cour suprême sa citation à comparaître comme témoin dans l’enquête judiciaire pour faire la lumière sur la mort de Steeve Juliette, qui est menée au niveau de la Cour de district de Pamplemousses. La Senior Puisne Judge, Nirmala Devat, avait par conséquent ordonné en novembre 2025 que cette citation soit mise en suspens, dans l’attente d’une décision finale de la Cour suprême.
La représentante du DPP, Me Rasmi Camiah, Chief State Attorney, a indiqué en Cour, hier, qu’elle avait logé formellement un affidavit émanant du DPP, qui soutient que l’ex-CP Dip doit se présenter comme témoin dans l’enquête judiciaire en question.
Ivan Collendavelloo, Senior Counsel, dont les services ont été retenus par Anil Kumar Dip, a indiqué pour sa part qu’il a pris connaissance de l’affidavit du DPP et a logé un Statement en Cour remettant cet affidavit en question. Selon lui, l’affidavit est basé sur la transcription des Proceedings de l’enquête judiciaire, et cette transcription ne lui a pas été communiquée, causant ainsi un grave préjudice à son client.
Quant au contenu de l’affidavit, l’homme de loi maintient que ce document comporte des affirmations qui sont « inadmissible hearsay, irrelevant, vexatious, unnecessary, frivolous, oppressive, unduly prejudicial, which constitutes an abuse of process of court ».
Il a aussi remis en question le fait que l’affidavit du DPP se réfère à une bande audio qui a été déclarée irrecevable par la Cour de Pamplemousses dans un Ruling rendu le 19 septembre 2025, Ruling qui ne lui a pas été communiqué par le DPP. Selon lui, ce dernier s’est ainsi basé sur une preuve inadmissible pour affirmer dans son affidavit qu’il s’agissait de la voix de l’ex-CP Dip dans la bande sonore. Il se réservait le droit de loger une motion pour demander à la Cour de faire enlever certains paragraphes de l’affidavit, notamment par rapport aux références à la bande audio.
Il a réitéré sa demande pour que le DPP lui fournisse une copie de la transcription des Proceedings devant la Cour de Pamplemousses, ainsi qu’une copie du Ruling rendu le 19 septembre 2025.
Me Rasmi Camiah a réitéré dans un premier temps que le DPP était opposé à communiquer ces documents, mais après avoir pris connaissance des objections de Me Collendavelloo, elle a demandé un délai supplémentaire pour que le DPP puisse revoir sa prise de position.
La cheffe-juge a alors renvoyé cette affaire au lundi 2 février, date à laquelle les parties devront préciser leur stand.
Steeve Juliette, un habitant de Cité-Ste-Claire, Goodlands, âgé de 36 ans, était mort dans des circonstances troublantes le 6 janvier 2023, quelques heures seulement après avoir été sauvagement agressé par l’ADSU durant une interpellation musclée.
La citation d’Anil Kumar Dip comme témoin était par rapport à une bande audio des Misie Moustas Leaks, qui portait sur une conversation téléphonique entre Dip et le Dr. Sudesh Kumar Gungadin, le médecin légiste qui avait effectué l’autopsie sur le corps de Steeve Juliette. Durant cette conversation, Dip semblait donner des directives au Dr. Gungadin pour que l’autopsie révèle que Juliette était mort de causes naturelles. C’était d’ailleurs cette bande sonore qui avait motivé le DPP à instituer cette enquête judiciaire.
En septembre dernier, suite à une motion des avocats représentant le Dr. Gungadin et Anil Kumar Dip, la magistrate Neela Ramdewor-Naugah, qui préside cette enquête judiciaire, avait statué le 19 septembre 2025 que la bande audio était inadmissible en cour.
Dans le sillage de ce Ruling, Anil Kumar Dip avait logé une motion l’année dernière en Cour suprême, demandant que sa citation soit annulée. Cela, d’après lui, parce qu’il a été convoqué sur la base de la bande audio, désormais inadmissible. Par ailleurs, il maintient que le mandat de la cour de district est d’établir la cause du décès du défunt. Or, selon lui, il ne sait rien sur les circonstances entourant la mort de Steeve Juliette, et vu qu’il ne pourrait éclairer la cour dessus, sa citation comme témoin serait superflue.
Une séance de l’enquête judiciaire est d’ailleurs prévue ce mardi devant la Cour de Pamplemousses, pour que cette instance puisse prendre connaissance de la tournure que prennent les évènements en Cour suprême.

