La Speaker de l’Assemblée nationale, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a réitéré le projet visant à introduire l’utilisation du kreol morisien dans les débats parlementaires. C’était lors d’un discours marquant prononcé à la 28e Conférence des présidents de Parlement du Commonwealth (CSPOC) la semaine dernière au Lok Sabha. Elle a soutenu que pour qu’un parlement soit véritablement « centré sur le peuple », il doit impérativement parler la langue de ses citoyens.
La Speaker a souligné que, bien que la technologie ait permis à l’Assemblée nationale d’entrer dans les foyers via la télévision parlementaire, un obstacle majeur subsiste : la langue. Pour y remédier, elle a ajouté : « Nous proposons maintenant d’introduire des débats en kreol, qui est la langue comprise par 90 % de la population. » Cette initiative s’inscrit dans une philosophie plus large visant à garantir que l’institution ne devienne pas une « tour d’ivoire » et gagne en inclusivité. Shirin Aumeeruddy-Cziffra a été claire : « Le Parlement n’a pas besoin d’être seulement une institution qui agit pour le peuple, sans que celui-ci ait une pleine compréhension de ce qui est réellement en jeu pour lui », dit-elle.
Vers une démocratie participative
L’introduction du kreol morisien est la pierre angulaire d’une nouvelle stratégie visant à s’éloigner d’une gouvernance jugée trop rigide. La Speaker a reconnu qu’actuellement, l’interaction se limite trop souvent aux experts.
« Cette communication institutionnelle unidirectionnelle ne suffit pas », a-t-elle déclaré à la délégation. Et ce, avant de poursuivre : « nous devons travailler sur un modèle d’engagement plus participatif, axé sur les valeurs et basé sur les relations. » En brisant cette barrière, elle estime que les citoyens réaliseront qu’ils sont « aussi des contributeurs, et non de simples publics passifs ».
L’intervention de Shirin Aumeeruddy-Cziffra a également servi de témoignage au sujet de l’évolution de la démocratie à Maurice. Elle a fait état de son rôle de garante de la séparation des pouvoirs. « En tant que Speaker indépendante, je ne peux pas personnellement dire aux ministres comment agir… Les députés tiennent cependant les ministres en alerte », ajoute-t-elle.
Elle a cité en exemple le succès du National Youth Parliament et les campagnes thématiques menées au sein même de l’hémicycle, notamment contre la violence basée sur le genre. En transformant le Parlement en un espace d’exposition et de dialogue interactif (utilisant la réalité virtuelle et les arts), elle a démontré que l’institution peut être un lieu de rencontre pour les ONG, les artistes et les jeunes.
« Notre objectif était de montrer comment [la violence] peut être invisible à l’œil de quelqu’un qui n’en a pas conscience… Les visiteurs pouvaient alors mieux comprendre comment agir pour prévenir toute forme de violence, et où signaler et demander l’aide appropriée », a-t-elle expliqué.
En conclusion, cette ouverture linguistique et sociale vise à bâtir un Parlement interactif, sûr et inclusif, capable de construire des ponts entre toutes les composantes de la population mauricienne.

