Chagos, suspense jusqu’au bout

Une fois n’est pas coutume, le dossier des Chagos a fait, cette semaine encore, les choux gras de l’actualité locale et internationale, entre les joutes parlementaires à la Chambre des Communes et les déclarations imprévisibles de Donald Trump. Malgré une géopolitique mouvementée, Maurice maintient un cap immuable. Elle ne défend pas seulement un territoire, mais l’intégrité du droit international.
La confrontation récente à la Chambre des Communes a illustré ce choc de visions. Il faut reconnaître que la déclaration de Donald Trump qualifiant l’accord de « grande stupidité » a permis à Maurice de bénéficier d’une publicité sans précédent, son nom ayant été cité dans toute la presse internationale, y compris aux Etats-Unis. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, fort de son expertise de légiste spécialisé sur les questions constitutionnelles, a opposé une fin de non-recevoir cinglante. En effet, Keir Starmer n’est pas seulement un Premier ministre; c’est aussi un ancien procureur général (Director of Public Prosecutions) et un juriste de renommée mondiale. Sa capacité à tenir tête à Donald Trump et à l’opposition britannique, menée par Kemi Badenoch, repose sur cette expertise technique.
Répondant aux attaques de l’opposition britannique, qui l’accuse de « faiblesse », Starmer a été catégorique : le retour des Chagos à Maurice n’est pas une concession, c’est une nécessité juridique pour éviter un effondrement de la base de Diego Garcia devant les tribunaux internationaux. Pour lui, ce traité est le seul moyen de renforcer la sécurité de la Grande-Bretagne et de l’Europe en offrant une sécurité juridique que le statu quo ne permettait plus. En refusant de céder aux menaces de tarifs douaniers ou aux pressions sur le Groenland, Starmer a rappelé que les principes ne se négocient pas.
Cette ligne de défense britannique rejoint celle de l’Attorney General, Gavin Glover. En rappelant que la souveraineté de Maurice est « déjà reconnue sans ambiguïté par le droit international », il a balayé les arguments politiques volatiles. Comme l’a précisé Gavin Glover, cet accord a été « négocié, conclu et signé exclusivement entre le Royaume-Uni et la République de Maurice ». Ajoutant : « Nous nous attendons donc à ce que le Royaume-Uni poursuive le processus législatif déjà engagé jusqu’à son terme, afin de permettre la ratification du traité dans les meilleurs délais. » Il précise que le gouvernement mauricien note avec satisfaction les premières déclarations du gouvernement britannique confirmant que « l’accord est conforme au droit international ».
Il a raison d’insister sur le fait qu’un traité international dûment signé n’est pas un texte à géométrie variable. On ne peut plus faire marche arrière. « Depuis plus de 60 ans, cette situation demeure une source de profonde injustice. La souveraineté de la République de Maurice sur l’archipel des Chagos est déjà reconnue sans ambiguïté par le droit international et ne devrait plus être sujette à débat », a-t-il insisté.
Il est utile de rappeler à ceux qui s’inquiètent pour la sécurité de leurs pays ou région que ce traité repose sur un compromis stratégique d’une rare solidité : un bail de 99 ans renouvelable sur Diego Garcia. Cette clause assure aux États-Unis et à l’Otan une visibilité opérationnelle sur un siècle. Keir Starmer l’a martelé : ce traité « sécurise les opérations pour des générations » et empêche toute influence étrangère malveillante de s’installer dans la région. Maurice offre ainsi la stabilité là où l’incertitude coloniale créait une faille sécuritaire.
Au-delà de la géostratégie, le cœur du dossier reste la dignité humaine. La persévérance de Maurice est un exemple. En s’appuyant sur la clarté juridique défendue par son Attorney General et sur la vision constitutionnelle de Keir Starmer, notre nation montre qu’elle est un partenaire fiable. Dans un monde de bruits et de fureur, la résolution des Chagos devient le modèle d’un ordre international fondé sur le respect mutuel et la vérité historique.
Pour Maurice, le suspense restera entier jusqu’à l’obtention de l’assentiment royal, que certains observateurs prévoient pour le mois prochain.

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Jean-Marc Poché

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