Nicolas Couronne, colauréat du prix littéraire Jean Fanchette : « Ce prix redonner vie à Constance Couronne, l’ancêtre esclave »


En marchant sur les pas de son aïeule esclavée, Constance Couronne, Nicolas Couronne a ravivé bien des souvenirs. Ses recherches ont été couronnées de succès et lui ont permis d’être colauréat du prix littéraire Jean Fanchette en 2025. Une récompense qu’il décrit comme étant une belle reconnaissance pour le travail de recherche, qu’il a mené avec rigueur. Ce qui le motive encore plus à continuer d’explorer et de raconter ces histoires des temps passés.

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Nicolas Couronne manie le verbe et l’écriture avec élégance, tout en maintenant cette humilité qui le caractérise. Il se décrit comme un retraité de la compagnie d’aviation Air Mauritius, travaillant aujourd’hui comme manager du collège Saint-Esprit, à Rivière-Noire. « Le Prix Fanchette n’a pas changé ma vie, mais il a donné à mon livre une belle visibilité. Cela m’encourage à continuer à raconter l’histoire de Constance et de sa cousine Elizabeth. »
C’est avec le cœur qu’il a voulu mettre en lumière l’histoire de Constance Couronne. Histoire de donner une voix à une esclavée mauricienne qui avait un message universel à transmettre. Chercheur indépendant et passionné d’histoire, Nicolas Couronne a vu très tôt naître sa vocation, en l’occurrence au collège. Fier de son appartenance à son île plurielle, il dit avoir toujours voulu comprendre l’histoire de son pays, qu’il décrit comme un sentiment d’attachement profond et naturel qui l’accompagne depuis toujours.
Le déclic de son ouvrage, le Regard de l’Ancêtre Esclave, de l’exil à la mémoire: le destin de Constance Couronne, s’est produit, raconte-t-il au Mauricien, grâce à un lien envoyé par son ami Dominique Soupe. Il a alors vu la photo d’une femme africaine à l’allure victorienne et portant son nom de famille. Aussitôt, la ressemblance avec les membres de sa famille l’a bouleversé. Sans savoir alors que l’histoire qui accompagnait ce personnage allait le plonger à Mahébourg, là où sont ancrées ses racines paternelles.
Quant au titre de son ouvrage, il l’a choisi en pensant aux lecteurs, afin qu’ils ressentent la gravité de l’histoire. « Constance avait 8 ans quand elle a été arrachée à ses parents, enfermée, jugée puis déportée vers un pays inconnu. Sa mémoire ne doit jamais être oubliée. Son regard nous interpelle : que ferons-nous de son histoire? C’est un appel à se souvenir, à transmettre et à ne jamais oublier ces injustices. »

« Certaines rencontres sont guidées »

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L’auteur reconnaît que ses recherches sur Constance l’ont dès le départ ébranlé. En voyant sa photo, il a reconnu en elle des traits de sa famille, ce qui lui aura provoqué « des frissons », dit-il. Rapidement, l’histoire de Constance Couronne est presque devenue obsessionnelle. « Je n’arrêtais pas d’en parler, partout où j’allais. » À tel point qu’il reconnaît qu’il est important de s’attarder sur l’arbre généalogique de nos ancêtres. « Étudier notre arbre généalogique nous relie à nos ancêtres et à leur histoire. Cela nous montre leurs épreuves et leur héritage, et nous aide à comprendre ce qu’ils nous ont transmis. »
Son ouvrage, présenté au concours Jean Fanchette, est d’ailleurs considéré comme « une œuvre évolutive », laquelle s’est enrichie au fil de nombreuses recherches archivistiques, entreprises à Maurice et en Australie. Nicolas Couronne dira cependant que, derrière ces louanges, il y a avant tout un travail ardu. « Depuis 2018, mes recherches ont progressé de manière constante. En 2019, l’historienne britannique Clare Anderson m’a guidé dans les archives mauriciennes. Ensuite, grâce à l’Internet, j’ai pu contacter les descendants de Constance. Et en 2023, j’ai poursuivi mes recherches en Australie, rencontrant ses descendants et explorant les archives de Sydney. »

Le destin l’aurait-il conduit à l’écriture de ce livre ? « Je ne crois pas que tout soit écrit d’avance, mais je pense que certaines rencontres sont guidées. Cette histoire m’est arrivée, et maintenant, c’est à moi de décider comment la raconter et l’honorer. » Quant au Prix Jean Fanchette, l’auteur s’y est enregistré au dernier jour de soumission des manuscrits, avec, à la dernière minute, le consentement des quatre descendants de Constance Couronne cités dans l’ouvrage.

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Concernant Constance Couronne, l’historien et écrivain raconte que ses recherches ont clairement fait ressortir que la jeune fille d’alors avait été réduite à l’esclavage par une esclave plus âgée. « Elle n’avait que 8 ans quand sa cousine, Elizabeth Verloppe, 12 ans, et elles ont été envoyées par leur propriétaire, Mme Morel, pour apprendre la couture », dit-il. De là, elles ont été victimes d’un… complot. Elles ont ensuite été accusées, enfermées, condamnées puis déportées dans les derniers soubresauts de l’esclavage à Maurice, explique l’auteur, comme le démontrent les archives locales et les traces retrouvées jusqu’en Australie.

Nicolas reconstitue ainsi le destin tragique de ces deux femmes, révélant une histoire bouleversante et longtemps oubliée, marquée par l’injustice et la manipulation d’enfants. Plus qu’un livre, son ouvrage devient dès lors un récit vrai, poignant et universel, qui surprend et touche au plus profond le lecteur. Avec pour message en filigrane : ne jamais laisser s’effacer les pages où s’inscrit le courage de nos ancêtres.

L’audace… couronnée

Il faut reconnaître que dans le travail de Nicolas Couronne, il y a aussi une certaine audace. L’écrivain et Nobel de littérature Jean Marie Le Clézio décrit d’ailleurs sa démarche de « recherche historique approfondie » et de « recherche identitaire ». Une reconnaissance, en sorte, qui pousse l’auteur à entreprendre d’autres recherches sur d’autres de ses ancêtres. Et il ne s’en cache pas. « Même si ce n’est pas facile de tout extérioriser, c’est fascinant de découvrir nos racines. Du côté maternel, il reste encore beaucoup à explorer. Notre sang raconte des histoires que l’histoire officielle ne révèle pas toujours. »
Nicolas Couronne prévoit de lancer officiellement son ouvrage au Musée intercontinental de l’esclavage début février, et ce, avec le soutien de l’ambassade d’Australie. Gloria Provest, descendante de Constance, et qui, selon l’auteur, « s’est beaucoup investie » lors de son séjour en Australie, sera aussi présente pour l’occasion.

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