Entretien avec le chef d’orchestre  du Philharmonia Festival Mauritius 2026 : Alexandre Bloch : « Je veux que chaque spectateur se laisse porter par le voyage émotionnel de Beethoven »

• Beethoven est souvent résumé aux quatre notes d’ouverture de la Symphonie n°5.

Chef d’Orchestre  du Philharmonia Festival Mauritius 2026, Alexandre Bloch revient sur la force universelle de la Symphonie n°5 de Beethoven, la rencontre des cultures musicales et la manière de rendre la musique classique accessible à tous les publics.

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Comment guidez-vous le public au-delà de ce motif iconique pour lui faire vivre tout le parcours émotionnel de l’œuvre ?
Ces quatre notes sont célèbres parce qu’elles parlent immédiatement du destin. Beethoven les décrivait comme le destin frappant à la porte. Mon rôle est simplement d’aider le public à suivre ce qui vient ensuite. Cette symphonie est un voyage : de la tension vers l’apaisement, de l’incertitude vers l’affirmation. Il n’est pas nécessaire de connaître la musique pour la ressentir. Dès les premières secondes, Beethoven vous saisit et vous emmène quelque part de très puissant, et je souhaite que chacun, dans la salle, se laisse porter par ce cheminement jusqu’à la dernière note.

La Cinquième a été composée durant une période de crise personnelle pour Beethoven et est souvent associée à la lutte, à la résistance et au triomphe. Ce récit résonne-t-il encore dans nos sociétés contemporaines, y compris à Maurice ?
Oui, très fortement — peut-être même plus aujourd’hui que jamais. Nous vivons dans un monde de l’immédiateté, où tout est accessible en un clic, et où l’on se décourage vite lorsque quelque chose ne fonctionne pas immédiatement. Beethoven était à l’opposé de cela. Il n’a jamais abandonné. Quand on observe ses manuscrits — par exemple pour le deuxième mouvement de la Symphonie n°5 de Beethoven, — on découvre un nombre impressionnant de versions, plus de quinze tentatives avant d’être satisfait. Cela témoigne d’une détermination extraordinaire et d’une foi absolue dans le travail. Ce message est essentiel aujourd’hui : persévérance, patience et confiance dans ses propres idées.

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Diriger Beethoven à Maurice, hors du circuit européen traditionnel, modifie-t-il votre approche artistique ou votre relation au public ?
Mon approche ne change pas, car mon rôle d’artiste reste le même : extraire les émotions que Beethoven a inscrites dans sa musique et les transmettre au public. Je me vois comme un passeur d’émotions. Que nous soyons en France, en Europe, à Taïwan, aux États-Unis ou à Maurice, nous sommes tous des êtres humains, avec la même complexité émotionnelle. Il n’y a rien de plus puissant que l’émotion, et rien de plus immédiat que la musique pour l’exprimer.

Le Festival associe Beethoven et Mozart aux traditions musicales mauriciennes et de l’océan Indien. Comment ce dialogue enrichit-il le répertoire classique ?
On croit souvent, à tort, que la musique classique constitue un seul style. En réalité, elle est d’une diversité extraordinaire, peut-être même plus large que toute autre catégorie musicale. Comme le jazz, le rock ou la pop, elle regroupe une multitude de langages et d’esthétiques. Tout au long de l’histoire, les compositeurs ont recherché de nouveaux sons et de nouvelles influences. Beethoven lui-même a élargi l’orchestre en intégrant trombones, piccolo et contrebasson. Ce dialogue entre cultures fait donc partie de l’ADN même de la musique classique.

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Dans une société multiculturelle comme Maurice, Beethoven reste-t-il un langage universel ?
Oui, parce que Beethoven s’exprime par l’émotion, et non par des codes culturels. Sa musique n’appartient plus à une seule culture. Joie, tension, espoir, doute, énergie : ce sont des sentiments universels.Dans un pays multiculturel comme Maurice, cette universalité apparaît encore plus clairement. Chacun peut se reconnaître dans cette musique, quels que soient son parcours ou son éducation musicale.

Comment rendre une œuvre aussi complexe que la Cinquième symphonie accessible aux nouveaux publics ?
Il n’est pas nécessaire de comprendre la musique pour l’apprécier. Tout le monde peut ressentir des émotions à travers le son. Un orchestre symphonique en direct est une expérience physique : le corps vibre autant que l’oreille. Chacun ressentira quelque chose de différent, et il n’y a pas de « bonne » émotion à avoir. Les personnes qui découvrent un concert symphonique pour la première fois vivent souvent l’expérience de manière encore plus intense.

Quel rôle les grands compositeurs peuvent-ils encore jouer pour inspirer les jeunes générations ?
Ils sont profondément inspirants, car ils parlent de créativité, de doute, d’espoir et de résilience. Beethoven montre qu’il est possible de transformer l’épreuve en force. Lorsqu’un jeune public découvre ce répertoire de manière vivante et humaine, cela peut éveiller l’imagination, la confiance et le désir de créer.

Y a-t-il un moment de la Cinquième symphonie de Beethoven que vous espérez voir rester gravé dans la mémoire du public mauricien ?
Il y en a deux. D’abord, la coda du premier mouvement, une spirale d’énergie qui vous entraîne irrésistiblement vers la dernière note. Et bien sûr, la transition entre le troisième et le quatrième mouvement, lorsque l’obscurité se transforme lentement en lumière. Cette métamorphose est inoubliable

En février 2026 – Tournée mondiale
Le Philharmonia Festival fait son grand retour à Maurice
Après des débuts remarqués en 2024, le prestigieux Philharmonia Orchestra revient à Maurice du samedi 7 au dimanche 15 février 2026 avec une édition élargie de son festival, organisée dans plusieurs lieux emblématiques de l’île. Cet événement s’inscrit dans la tournée mondiale célébrant les 80 ans de l’orchestre.

Au programme : des œuvres majeures du répertoire classique, dont la mythique Symphonie n°5 de Beethoven, les ouvertures de Mozart (Les Noces de Figaro), le Pavane de Fauré, le Concierto de Aranjuez de Rodrigo ou encore le Concerto pour trompette de Haydn. Plusieurs solistes internationaux seront à l’affiche, sous la direction du chef Alexandre Bloch, avec notamment Maura Marinucci (clarinette), Louisa Tuck (violoncelle) et Jason Evans (trompette).

Trois concerts programmés au Mahatma Gandhi Institute (MGI) mettront également en lumière des artistes et ensembles mauriciens, avec le sitariste Arvind C. Bhujun, le tablaïste Neriyen Veerlapin, l’Island Voices Choir et le Chœur du Conservatoire National de Musique François-Mitterrand, dans un dialogue musical entre traditions occidentales et sonorités de l’océan Indien.
Le Philharmonia Festival Mauritius est rendu possible grâce au soutien principal du Laurence Modiano Charitable Trust (LMCT). Parmi les partenaires majeurs figurent Mauritius Commercial Bank (MCB) (Platinum Principal Partner), Ninety Six Hotels Collection et SWAN (Gold Principal Partners). Le festival bénéficie également de l’appui de Dev Joory et Anne-Marie Shepherdson (Gold Individual Partners), ainsi que des partenaires de soutien Monde de la Maison / Courts Mammouth, Summertimes et Leal.

Les billets sont proposés entre Rs 700 et Rs 2 900. Un rendez-vous culturel d’envergure qui confirme la montée en puissance de Maurice sur la scène musicale internationale.

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