Abus sexuels allégués sur enfants : Le CP et le DPP face à une demande de réouverture d’une enquête compromise

Un Français échappe à la Children’s Court après que la police a demandé la radiation de la charge d’inceste alléguée, sans passer par le DPP  La mère des enfants, paraplégique, réclame une justice équitable

La police aurait-elle, en juin dernier, usurpé le pouvoir du Directeur des Poursuites publiques en faisant rayer une charge provisoire devant la cour de Bambous contre un Français accusé d’abus sexuels sur ses deux très jeunes enfants ? Dans cette affaire — un drame sordide sur fond d’inceste et de violences domestiques aggravées — l’avis du bureau du DPP n’aurait pas été sollicité avant la radiation de la charge. Le même jour, dans la matinée, une parade d’identification s’est tenue au poste de police de Curepipe. Elle se serait toutefois déroulée dans des conditions chaotiques, contraires aux principes de protection des enfants victimes, au point que leur père aurait pu communiquer avec eux, ce qui les aurait profondément perturbés. Informée de ces graves manquements dans l’Identification Room de la police de Curepipe, l’Ombudsperson for Children s’est rendue sur place pour un constat. Détaillant les dysfonctionnements de l’exercice ainsi que l’ingérence, ce jour-là, de policiers affectés au poste de la localité du père, Me Lovena Sowkhee, avocate représentant les intérêts des enfants, a demandé au commissaire de police et au DPP la tenue d’un nouvel exercice d’identification adapté aux enfants, l’ouverture d’une enquête sur le refus de prise de déposition de la mère par la police de sa localité, et que l’affaire soit retirée à celle-ci pour être confiée à une autre équipe. Depuis, malgré de nombreux rappels, sa requête serait restée lettre morte. Le père, que les enfants ont dénoncé auprès de la Brigade de la protection de la famille et de la Child Development Unit, a été autorisé à les voir deux fois par semaine. Par ailleurs, un relevé de ses consultations de sites pornographiques comportant des références à des mineurs a été déposé auprès de la Cybercrime Unit. De son côté, un rapport pédopsychiatrique alarmant souligne, d’une part, les séquelles importantes des violences sexuelles qu’ils auraient subies et, d’autre part, le traumatisme d’avoir été témoins des violences physiques infligées à leur mère, paraplégique, par leur père. Cette dernière, qui bénéficie d’un protection order, a entamé une procédure de divorce.

Paraplégique et se déplaçant uniquement en fauteuil roulant, une jeune femme réclame justice pour ses deux enfants, aujourd’hui âgés de 4 et 3 ans, qui auraient été abusés sexuellement par leur père, un ressortissant français, en 2025. Elle-même victime de violences domestiques (voir hors-texte), affirme être tombée enceinte de son dernier enfant à la suite d’un viol conjugal. Son avocate, Me Lovena Sowkhee, a saisi le commissaire de police ainsi que le DPP pour demander la réouverture de l’enquête policière sur cette affaire aux détails sordides, après que des irrégularités lors de l’enquête initiale ont permis au père d’échapper à un procès devant la Children’s Court.

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Première déposition refusée

Dans cette affaire, la police de la localité où les faits se seraient produits a été largement décriée. Selon la mère des enfants, les policiers qui l’ont reçue le jour où elle s’est présentée au poste pour consigner une déposition contre le père de ses enfants auraient refusé d’enregistrer sa plainte, arguant que ce cas n’était pas de leur ressort. Elle a alors dû se rendre à la Brigade de la protection de la famille (BPF) à Rose-Hill pour que les enfants, malgré leur très jeune âge, puissent être entendus. Toutefois, contrainte de suivre le protocole, la police de sa région, à la demande de la BPF, a finalement été dans l’obligation de recueillir sa déposition.

Exercice d’identification raté

Selon la lettre adressée au commissaire de police, le policier ayant pris cette déposition aurait délibérément modifié, à la main, l’infraction mentionnée, la faisant passer de « causing child to be sexually abused » à « sodomy » dans la déclaration de la mère. Le jour de l’exercice d’identification, Me Lovena Sowkhee relève que les enfants ont été exposés à un environnement intimidant et pas « child friendly » en présence de plusieurs policiers en uniforme. L’accusé aurait pu les voir et leur adresser des gestes affectueux, compromettant ainsi la confidentialité de la procédure. Les questions posées aux enfants ne reflétaient pas leurs déclarations initiales et le plus jeune en serait ressorti traumatisé. Par ailleurs, la présence de policiers affectés au poste où la déposition de la mère avait initialement été refusée est également mentionnée dans cette lettre. Une copie de la lettre a été envoyée au ministère de l’Égalité des genres, de même qu’à Anita Goorah, Ombudsperson pour les enfants. Cette dernière, a-t-on appris, s’est rendue il y a quelque temps à la police de Curepipe pour vérifier les locaux dédiés à l’identification des suspects.

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Violence domestique

Malgré près de quatre années de violences domestiques, au cours desquelles le viol conjugal faisait également partie des abus qu’elle dit avoir subis, la jeune femme, que nous avons rencontrée en compagnie de ses proches, confie ne pas avoir songé à quitter son mari plus tôt. Sous l’emprise de ce dernier, elle avait gardé le silence sur les agressions physiques et verbales endurées. Toutefois, l’année dernière, lorsque ses deux enfants lui ont relaté certains faits qui se seraient produits à la maison, elle a, avec le soutien de ses proches, quitté le domicile avec eux.

Dans la région où le couple a vécu pendant quelques années, celui-ci est connu de la quasi-totalité des résidents. Lui est un entrepreneur populaire qui s’est installé dans ce coin de l’île, d’abord avec ses parents, puis seul. Elle, une ancienne mannequin couronnée à un concours de beauté, devenue paraplégique à la suite d’un grave accident. Malgré son handicap, elle travaille et mène une vie normale. C’est le père de la jeune femme qui, en alertant cette dernière sur le comportement « très sexualisé » des petits, a fait tomber un lourd secret. « Ce jour-là, javais demandé à mon père de les surveiller, devant m’absenter. Après qu’il m’a révélé ce qu’il avait observé, j’ai posé des questions aux enfants. Avec leurs mots denfant, ils m’ont raconté ce qui leur était arrivé lorsque je n’étais pas à Maurice », explique la mère des enfants, visiblement marquée par les événements. Celle-ci, qui s’était auparavant rendue à l’étranger, avait tout naturellement laissé ses deux enfants sous la responsabilité de leur père. Son déplacement, pour des raisons médicales, avait duré près d’un mois.

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Récits constants

Sous le choc, en apprenant ce qui était arrivé à ses enfants, elle n’a pas hésité une seule seconde à les croire. Dans son esprit, les pièces du puzzle se mettent rapidement en place. Elle revoyait, dit-elle, plusieurs détails, dont les longues heures qu’il aurait passées devant l’écran, sur la mezzanine et à laquelle elle ne pouvait accéder. « Souvent, les petits étaient avec lui sur cette mezzanine », souligne-t-elle. Puis, un peu plus tard, une découverte l’a glacée : l’historique de ses connexions à des sites pornographiques, avec une prédilection pour des recherches sur des adolescents transgenres. Ces données ont été transmises à la Cybercrime Unit, mais aucune suite n’a été donnée, avance-t-elle. Dans le sillage de la déposition de ses enfants à la BPF, les petits avaient été examinés par le médecin légiste de la police.

« Que ce soit auprès des officiers de la Brigade de la protection de la famille, de la CDU, de sa psychologue ou de la pédopsychiatre privée, les enfants ont été constants dans leurs récits », font ressortir les proches des victimes présumées que nous avons rencontrés. Cependant, selon la mère des deux enfants, ces derniers auraient traversé une période difficile à la maternelle, présentant des troubles du comportement. D’ailleurs, dans un rapport, la pédopsychiatre qui les a évalués dresse un bilan alarmant.

Le père des enfants a obtenu l’autorisation de voir ces derniers deux fois par semaine dans un lieu public, notamment dans un centre commercial. C’est la mère des enfants, qui bénéficie d’un protection ordercontre lui, qui lui remet les petits. « Comme je me déplace en fauteuil roulant, je ne peux pas les suivre lorsquil les emmène à létage du centre commercial. Les infrastructures ne sont pas adaptées aux personnes dans ma situation. Prendre l’ascenseur est compliqué. J’en ai fait l’expérience pour ne pas les perdre de vue »,explique la jeune femme.

Sur la caméra de surveillance de la cuisine

On le voit passer à tabac son épouse handicapée !

Deux vidéos — que nous avons pu visionner — issues de la caméra de surveillance installée dans la cuisine du domicile du couple, donnent froid dans le dos. Dans l’une on y voit le père des enfants passer à tabac son épouse paraplégique  sous les yeux de ses enfants. L’autre a enregistré des violences verbales d’une brutalité inouïe  qu’il profère à l’encontre de la jeune femme. Dans la vidéo de l’agression physique, une discussion particulièrement tendue s’engage entre les deux époux. Elle, qui se déplace en fauteuil roulant, est à un moment suivie de près par lui. Il hausse le ton, s’approche, la bouscule, l’insulte et lui assène de violents coups à la tête. Malgré les cris de son épouse, il ne s’arrête pas et s’acharne sur elle, sans qu’elle ne puisse se défendre. Dans la deuxième vidéo, où elle lui annonce qu’elle n’en peut plus et qu’elle compte se rendre à la police, il l’intimide, s’emporte et s’en prend à elle avec une violence déconcertante, abusant visiblement de sa position de force. La jeune femme explique que ces enregistrements, qu’elle a pu télécharger, avaient été conservés sur un système de stockage.

Le couple s’est rencontré il y a quelques années via une application en ligne et n’a pas tardé à vivre sous le même toit avant de se marier. Très vite, l’homme aurait manifesté des signes de violence, même pendant les deux grossesses de son épouse, alors soumise à son emprise. « Jétais une personne connue pour sa joie de vivre. Jétais un soleil. Il la éteint ! » confie-t-elle.

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