Le couteau à double tranchant des Lords

La majorité non élue dans l’une des deux Chambres de la Mother of Parliaments à Londres a cru être investie de la mission de faire échec au Chagos Deal, dont l’objectif ultime demeure la restitution de la souveraineté historique de Maurice sur une partie de son territoire légitime de l’archipel des Chagos. Depuis le 25 mai 2025, avec la signature de l’accord anglo-mauricien, négocié avec les représentants de deux gouvernements successifs anglais consécutifs, l’un conservateur et l’autre travailliste, et deux de la République de Maurice, et surtout avec quatre locataires au No 10 Downing Street à Londres et deux au Treasury Building à Port-Louis, les conservateurs anglais ont multiplié les astuces et obstacles sur la route du Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill menant au Buckingham Palace pour le Royal Palace procédural.

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Ces conservateurs jouent sur deux fronts : les frottements avec l’Administration, menée par le nouveau président des États-Unis, d’une part, et la majorité dont ils bénéficient à la House of Lords, avec des Peers nommés à vie, probablement pas uniquement pour des raisons de Political Coterie. Tout cela pour contrer une majorité des urnes à la House of Commons. Les plus cyniques diront que c’est la règle du jeu en démocratie.

Et au début de la semaine écoulée, alors que le Chagos Deal parvenait à une étape cruciale devant la Chambre des Communes, avec un vote sans appel aux dépens des conservateurs, la voix de la Maison-Blanche s’est fait entendre avec l’expression Great Stupidity, résonnant sur toute la planète Terre, pour qualifier le Chagos Deal. Une dose de sérum politique devant profiter aux conservateurs pour la prochaine étape prévue devant la House of Lords.

Ce tournant dans le Chagos Deal à Londres se révèle être néfaste aux intérêts des membres de la communauté chagossienne, qui avaient cru retrouver dans les joutes oratoires des conservateurs, découvrant même tardivement la détresse infligée par l’exil forcé, des remparts de défense à toute épreuve à la concrétisation du Chagos Deal. Depuis la semaine dernière, les préoccupations en faveur des Chagossiens ou encore la demande pour un référendum au titre de la Self-Determination ont été reléguées au second plan sur le site Conservative Post et dans certaines déclarations. Peut-être qu’elles n’ont pas été Flushed in the Back Door.

Probablement, les conservateurs anglais apprendront qu’en s’engageant dans cette nouvelle voie, ils se rapprochent d’un Hara Kiri politique. En effet, en s’agrippant à l’épisode du 30 décembre 1966 avec l’Exchange of Notes between the government of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland and the Government of the United States of America concerning the Availability for Defence Purposes of the British Indian Ocean Territory, pour mettre en garde contre une violation des dispositions d’un traité signé il y a 60 ans avec la ratification prochaine du Chagos Deal, les conservateurs anglais pourraient se voir tirer une balle dans le pied.

Dans sa nouvelle motion, Lord Callanan, le leader des conservateurs à la House of Lords, s’apprête à faire la leçon en affirmant que le Chagos Deal constituerait une infraction à l’Article I de l’accord anglo-américain du 30 décembre 1966.

Les circonstances entourant la signature de ce même « Exchange of Notes giving US access to Diego Garcia for 50 years with automatic 20-year renewal and UK secretly agreeing to remove Chagossians for $14 million hidden from Congress », confirment un chantage odieux, exercé à Lancaster House par le pouvoir colonial d’alors en marge de la conférence constitutionnelle de septembre 1965, avec un échiquier politique divisé. L’excision de l’archipel des Chagos du territoire de la colonie d’alors demeure toujours en flagrante contradiction avec les résolutions des Nations unies sur la décolonisation.

Certes, cet écart intentionnel et préparé en secret dans les hautes sphères du pouvoir à Londres et à Washington a été cicatrisé avec les conclusions de l’Advisory Opinion de la Cour internationale de Justice de La Haye en date du 25 février 2019. Avec la nouvelle démarche à la House of Lords de défendre cet Exchange of Notes du 30 décembre 1966, ces mêmes conservateurs se mettent en situation délicate.

En effet, l’Absolutely Must Go Note, en date du 26 mars 1971, du Chief Naval Officer, E. Zumwalt, au Deputy Chief of Naval Operations, E. L. Cochrane, au sujet de l’exil des « Copra Workers on Diego Garcia », porteuse de douleurs inconsolables pour la communauté chagossienne, est la conséquence directe de cet Exchange of Notes anglo-américain. Ainsi, comment ces Law Lords et les conservateurs de la Chambre des Communes vont-ils regarder au fond des yeux les Chagossiens de leur camp ? Cet accord du 30 décembre 1966 représente la genèse des malheurs des Chagossiens.

Aucune démagogie, déclamée avec le plus grand art oratoire dans le confort de la Chambre des Lords, ne pourra enlever cette tache indélébile dans l’Histoire de Maurice. Ce n’est pas le parti travailliste anglais, qui a comploté au cours des années avec les Américains sur le dossier des Chagos, qui a intérêt à faire remonter ce fait de l’Histoire.

Les faits et documents marqués SECRET à l’époque et déclassifiés depuis sont à portée de main pour consultation. Le drame est que la République de Maurice a décidé de faire une croix sur l’étude de son Histoire contemporaine pour défendre ses droits. Le dividende ne peut être que de subir l’opportunisme politique en tous genres et en tous lieux.

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