Intervenant hier au Caudan Arts Centre lors d’un atelier de validation portant sur une ébauche du Domestic Abuse Bill, la ministre de l’Égalité des Genres et du Bien-Être de la Famille, Arianne Navarre-Marie, a affirmé que « nous traversons actuellement une période particulièrement traumatisante en matière de violence domestique et de violence basée sur le genre.»
Le début de l’année est marqué par une recrudescence alarmante des cas de violences infligés aux femmes, avec plus de 40 enregistrés dans les douze centres des Family Support Services (FSS) à travers l’île. « Anna Muthoora, 33 ans, et Sivanee Saminaden, 29 ans, ont payé le prix fort de cette violence que certains cherchent encore aujourd’hui à banaliser. Je rends ici hommage à ces deux femmes tombées sous les coups d’un mari ou d’un conjoint violens. Je rends également hommage à toutes celles qui ont eu le courage de dénoncer leurs bourreaux, que ce soit auprès de la police ou à travers les lignes d’assistance. La violence au sein du foyer, espace censé être le plus sûr, constitue une menace pour le tissu social tout entier. Nous avons donc le devoir collectif de corriger cette injustice », s’est-elle appesanti.
« Ce nouveau texte de loi nous fait passer d’une approche étroite, centrée sur l’incident isolé, à un cadre global. La violence domestique ne se limite pas aux coups. Elle peut être psychologique, émotionnelle et économique. Elle peut également s’exercer à travers les écrans, par le contrôle et le harcèlement numériquse. Ces violences, souvent silencieuses, cumulatives et insidieuses, sont profondément destructrices. Je suis de celles et ceux qui pensent que personne ne peut vous faire sentir inférieur sans votre consentement. Or, dans le cycle de l’abus et de la violence, ce consentement est arraché par la peur, la dépendance affective et économique ainsi que par l’isolement. Le Domestic Abuse Bill vise précisément à briser ce piège et à redonner aux victimes le courage de dénoncer celles et ceux qui confisquent leur consentement. L’épine dorsale de ce projet de loi est de placer la sécurité, la dignité et l’intérêt supérieur des personnes lésées au cœur de chaque décision. Le texte renforce les mécanismes de protection et introduit des mesures innovantes de responsabilisation et de prévention, notamment à travers des programmes de réhabilitation destinés aux auteurs de violence », fait-elle comprendre.
La question du féminicide et du viol conjugal sera également abordée lors de la présentation du Domestic Abuse Bill. Une définition de ces actes sera incluse dans le texte de loi, et leurs conséquences seront prises en compte dans le Code Pénal, qui sera amendé en conséquence. C’est ce qu’a promis la ministre.
Par ailleurs, Arianne Navarre-Marie a encouragé les parties non affiliées à une ONG ou à un ministère à soumettre leurs suggestions pour améliorer le projet de loi par courriel à mwo-familysec@govmu.org avant le 6 février prochain.
Elle a exhorté les victimes à utiliser la hotline 139 pour dénoncer des cas de violence et a appelé le public à signaler tout incident du genre. Elle a également lancé un appel à la police et à toutes les parties prenantes concernées afin qu’elles assument pleinement leurs responsabilités et répondent efficacement aux cas de violence domestique.
L’atelier de validation de deux jours consacré au projet de loi a conclu ses travaux hier. L’événement a également réuni le secrétaire permanent du ministère, Jean Daniel Philippe Labonne ; la responsable de la Family Welfare and Protection Unit, Jayseeree Bhunjun ; ainsi que des représentants de ministères concernés, d’institutions du secteur public, d’organisations de la société civile et d’autres parties prenantes clés.
Organisé par le ministère de tutelle en collaboration avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l’atelier a servi de plateforme consultative pour examiner, discuter et valider le projet de loi. L’objectif était d’analyser ses dispositions, de recueillir des avis et de formuler des recommandations afin de renforcer le cadre législatif pour la prévention des violences domestiques et la protection des victimes, conformément aux priorités nationales et aux normes internationales.

