Les Assises de l’Agriculture 2026 ont été officiellement lancées, hier matin à l’Atal Bihari Vajpayee Institute of Public Service and Innovation par le ministre de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, Arvin Boolell. Cet événement de deux jours réunit planteurs, éleveurs, experts et autres acteurs clés des filières agricoles et de l’élevage autour du thème : « SMART Agriculture for a Resilient Mauritius. » L’ouverture des Assises s’est déroulée devant une salle comble composée de représentants des acteurs de la communauté agricole mauricienne. Outre le ministre, Avinash Ramtohul ministre de l’Information Technology, Communication and Innovation, la Chief Whip Stéphanie Anquetil ainsi que plusieurs ministres délégués, dont Fabrice David, Joanna Bérenger, Rajen Narsinghen étaient également présents.
Boolell a qualifié cette rencontre de « moment charnière » pour la République de Maurice. « L’agriculture est un pilier stratégique de notre souveraineté, de notre stabilité et de notre résilience », a-t-il affirmé, concédant que le pays ne produit actuellement qu’environ 25 % de ce qu’il consomme. Une vulnérabilité structurelle qui se traduit par une forte dépendance aux importations alimentaires, évaluées à près de Rs 65 milliards par an.
Le ministre s’est appesanti sur l’urgence de moderniser le secteur agricole, de renforcer la sécurité alimentaire, d’autonomiser les planteurs et les éleveurs, et de préserver les ressources naturelles. « Produire ce que nous mangeons et manger ce que nous produisons doit devenir une réalité nationale », a-t-il martelé.
Sécurité alimentaire et durabilité
Arvin Boolell a également attiré l’attention sur les conclusions préoccupantes d’un récent rapport concernant les niveaux de pesticides dans les denrées alimentaires. « C’est un signal d’alarme. Personne ne peut rester insensible ou imperméable », a-t-il mis en garde. Un comité ministériel, regroupant les représentants de l’Environnement, de l’Agro-industrie, de la Santé et du Commerce, sera chargé d’assurer le suivi et l’encadrement des pratiques agricoles.
Dans cette optique, le gouvernement travaille à l’élaboration d’un Pesticide Bill visant à mieux réglementer les produits utilisés, tout en encourageant progressivement l’agriculture biologique et des pratiques responsables en matière d’engrais. « L’agriculture organique ne se fera pas du jour au lendemain, mais nous accompagnons les planteurs avec les conseils et le soutien nécessaires », a-t-il précisé
Face aux défis du changement climatique, le ministre a appelé à adopter des pratiques agricoles intelligentes et régénératives : meilleure efficacité de l’usage de l’eau, restauration de la santé des sols, protection de la biodiversité et réduction des déchets par des modèles circulaires. Il a également évoqué le potentiel de la biomasse, de la bagasse et des fibres de canne à sucre pour une valeur ajoutée accrue.
La problématique de la pénurie de main-d’œuvre a aussi été abordée. Un programme spécial dédié au secteur agricole est en cours, et un premier contingent de travailleurs étrangers est attendu dès le mois de mars. Parallèlement, un appel a été lancé aux jeunes pour qu’ils s’engagent davantage dans l’agriculture, un secteur porteur d’opportunités, notamment dans l’agriculture intelligente, verticale et en Cluster.
Préserver les terres
Arvin Boolell s’est montré ferme au chapitre de la protection des meilleures terres agricoles. « Nous ne permettrons pas l’empiètement sur les terres arables, sauf pour des projets d’envergure nationale », a-t-il déclaré, évoquant la création d’une Land Bank avec Landscope pour un meilleur suivi et une utilisation optimale des sols.
Sur le plan de la production, le ministre a fait ressortir que Maurice produit actuellement environ 10 000 tonnes de pommes de terre alors qu’il existe un potentiel pour la production de 24 000 tonnes. Il considère l’autosuffisance possible en ce qui concerne certaines denrées essentielles comme la pomme de terre, les oignons et le poulet, sans recourir excessivement aux importations.
Le ministre a réaffirmé que toutes ces actions s’inscrivent dans la Vision 2050, qui ambitionne des systèmes alimentaires résilients, inclusifs et à faible empreinte carbone, où les agriculteurs sont intégrés aux chaînes de valeur en tant qu’entrepreneurs.
De son côté, le Junior Minister, Fabrice David, a souligné la volonté du gouvernement de promouvoir l’agroécologie, les pratiques durables, l’innovation technologique et l’engagement des jeunes. Selon lui, ces Assises ouvrent « un nouveau chapitre pour l’agriculture et la sécurité alimentaire à Maurice ».
Plus qu’un simple événement, ces Assises se veulent un tournant stratégique. « Elles ne doivent pas être un événement ponctuel, mais un véritable moteur pour les planteurs et les consommateurs », maintient Arvin Boolell, appelant à une collaboration étroite entre l’État, le secteur privé et les acteurs de terrain.
Les Assises de l’Agriculture 2026 serviront également de plateforme pour promouvoir l’irrigation économe en eau, la culture de variétés résilientes au climat, les systèmes d’alerte précoce contre les événements climatiques extrêmes et la modernisation globale du secteur.
Au final, l’objectif est clair : bâtir une agriculture mauricienne compétitive, innovante et durable, capable d’assurer la sécurité alimentaire du pays tout en préservant son environnement et ses ressources pour les générations futures.

