Laits infantiles : Rappel de nombreux lots

Beaucoup de parents sont déboussolés par les récents rappels de boîtes de laits infantiles et cherchent à s’informer, sans que ne s’installe une défiance généralisée, selon les témoignages recueillis par l’AFP.

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« J’en ai parlé à ma pédiatre qui m’a dit qu’il y avait peu de risques » mais les nouvelles annonces de retrait de lots « font peur », expliquait mercredi à Lille Anna, une jeune maman de 33 ans, qui a donné à son bébé de 6 mois une marque de lait dont des lots ont été contaminés.

Plusieurs industriels, dont les leaders du secteur Nestlé et Danone, ainsi que Lactalis, ont procédé à des rappels de laits infantiles dans plus d’une soixantaine de pays au total, dont la France, depuis décembre en raison d’un risque de contamination à la céréulide, une toxine produite par des bactéries.

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Au centre des préoccupations: une huile riche en acide arachidonique (ARA), à l’origine de la présence potentielle de céréulide, fabriquée par un producteur chinois.

« On se demande ce qu’on peut encore donner à son enfant », ajoutait Anna – qui souhaite rester anonyme -, qui a commencé à s’inquiéter en janvier, lorsqu’elle a vu l’information des retraits sur les réseaux sociaux.

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« On avait entamé deux pots. Ca s’achète en pharmacie, donc on avait confiance », a-t-elle regretté. « On a galéré pour avoir la marque au téléphone, et on n’a toujours rien, aucun remboursement ou bon d’achat », a-t-elle également déploré.

« On était chez Guigoz (NDLR une des marques concernées par les retraits), et avec tous ces rappels, on a changé de lait », a expliqué de son côté à l’AFP Pierre Heid, un trentenaire qui promenait mercredi son enfant en poussette sur l’avenue du Prado à Marseille.

Les pharmaciens, en première ligne face aux jeunes parents, ne témoignent pas de phénomène d’inquiétude de grande ampleur.

Selon Philippe Besset, président du syndicat de pharmacien FPSF, « il y a des gens qui se posent des questions, mais ce n’est pas la ruée » dans les pharmacies.

« On a eu quelques retours », et « des personnes venues se renseigner pour savoir si on avait bien retiré de nos étagères les laits contaminés », a confirmé Erine Joyeux, jeune préparatrice en pharmacie près de la Grand Place de Lille.

A la Société française de pédiatrie, la professeure Agnès Linglart explique que les parents venant consulter « posent pas mal de questions » sur les possibles contaminations de lait infantile.

– « Plus de 300 laits différents » –

Mais « les explications fournies par les pédiatres les rassurent, et nous avons l’impression d’arriver à faire comprendre les mesures à prendre », indique-t-elle à l’AFP.

Pour permettre aux parents de s’orienter plus facilement dans le dédale des marques et types de lait infantiles – « plus de 300 laits différents existent », selon Agnès Linglart -, la société française de pédiatrie a publié sur son site internet une liste détaillée des types de lait concernés par des rappels, et des laits qu’il est possible de leur substituer.

Car les pédiatres de la SFP redoutent que les parents renoncent au lait infantile, pour lui substituer du lait de vache, inadapté pour les nourrissons.

« L’important c’est de bien faire comprendre qu’il y a seulement certains lots » qui sont potentiellement contaminés, indique Agnès Linglart.

« Tous les laits qui sont fabriqués avec l’autre fournisseur d’acide arachidonique » que celui incriminé « ne sont pas concernés », poursuit-elle. Certes, il est possible « à court terme » de renoncer à l’acide arachidonique, mais « sur le long terme c’est un composant important pour la santé des enfants », souligne-t-elle.

Est-ce que beaucoup de parents amènent des bébés présentant des symptômes pouvant laisser croire à une intoxication ? « Non », répond-elle, mais « c’est compliqué » de mesurer précisément les choses, « car de toute façon on est dans la saison des gastro-entérites ».

Deux enquêtes distinctes ont été ouvertes à Angers et Bordeaux après les décès récents de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de « possible contamination » par une substance d’origine bactérienne, sans « lien de causalité » établi pour l’heure, selon les autorités.

Un premier décès suspect, évoqué sans précisions de lieu mardi par l’un des services du ministère de la Santé qui a lancé des investigations sanitaires, concerne un bébé né le 25 décembre et mort le 8 janvier à l’hôpital Haut Lévêque de Pessac, dans la banlieue de Bordeaux.

« Une fois sorti de la maternité, le nourrisson avait notamment été alimenté, entre le 5 et le 7 janvier 2026, avec un lait artificiel de marque Guigoz ayant fait l’objet d’un rappel pour une possible contamination par une bactérie Bacillus Cereus », a précisé à l’AFP Renaud Gaudeul, procureur de la République à Bordeaux.

A Angers, « il y a deux jours », la mère d’une petite fille de 27 jours, morte le 23 décembre, a recontacté les enquêteurs pour évoquer une boîte de lait Guigoz donnée auparavant à son bébé, a indiqué jeudi soir le procureur de la ville, Eric Brouillard.

« C’est une piste sérieuse » mais il est « beaucoup trop tôt pour dire que c’est la piste principale », a souligné M. Brouillard, qui a saisi « en urgence » un laboratoire.

Le 5 janvier, Nestlé, géant suisse de l’agroalimentaire, avait engagé un vaste rappel de laits infantiles des marques Guigoz et Nidal à cause de la présence potentielle de « céréulide » dans ces produits pourtant très contrôlés.

Ce composant toxique, produit dans certaines conditions par une famille de bactéries, les Bacillus cereus, peut causer d’importants vomissements dans les heures suivant sa consommation.

– Alerte sanitaire « d’ampleur » –

A Bordeaux, le bébé victime avait été conduit en urgence à l’hôpital le 7 janvier, « la mère ayant constaté des troubles digestifs chez l’enfant », selon le procureur, Renaud Gaudeul.

Les premiers résultats d’analyses diligentées par l’enquête « ont établi l’absence de contamination par la bactérie Bacillus Cereus », mais « des analyses complémentaires » ont été demandées pour retrouver la toxine céreulide, a complété M. Gaudeul plus tard dans la soirée.

Les résultats de ces nouvelles analyses, « plus longues », « ne sont pas encore connus », a-t-il précisé.

Dans un communiqué, les ministères de l’Agriculture et de la Santé ont évoqué jeudi une alerte sanitaire « d’ampleur, qui reste évolutive », assurant déployer une « surveillance continue » du dossier.

« À ce stade, il n’a pas été mis en évidence de lien de causalité entre la consommation des laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez des nourrissons », ont-ils fait valoir.

– Fournisseur chinois –

« La conjonction des deux choses n’est pas établie, c’est ça que l’enquête va déterminer », a confirmé la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, en déplacement dans la Manche, disant suivre le dossier « avec très grande vigilance ».

« Il est de la responsabilité des entreprises de réaliser des contrôles et de rappeler les lots contaminés », a-t-elle insisté.

Le rappel diligenté par Nestlé concerne une soixantaine de pays parmi lesquels la France, et le patron du géant suisse, Philipp Navratil, a présenté des excuses à la mi-janvier, alors que le groupe est accusé par certaines ONG d’avoir tardé à prendre des mesures.

Mercredi, le groupe français Lactalis a également annoncé un vaste rappel de lait infantile dans plusieurs pays, notamment la France, la Chine, l’Australie et le Mexique.

Selon les ministères de l’Agriculture et de la Santé, ce retrait est, comme pour celui de Nestlé, lié à un ingrédient soupçonné d’être source de la contamination, « une huile riche en acide arachidonique utile au bon développement des bébés, produite par un fournisseur chinois ».

« À ce jour, l’ensemble des fabricants de lait infantile au niveau mondial, dès lors qu’ils ont eu recours à de l’huile riche en acide arachidonique de ce fournisseur, doivent conduire une analyse de risque leur permettant d’évaluer la sécurité de chacun des lots », ajoutent-ils.

L’ONG Foodwatch a annoncé mercredi porter plainte contre X pour « faire la lumière » sur ces rappels, affirmant que « des millions de nourrissons dans le monde étaient concernés ».

Source : AFP

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