À l’occasion de l’Australia Day, célébré le 26 janvier, Le-Mauricien a rencontré la haute commissaire d’Australie, Kate Chamley, qui passe en revue les relations bilatérales entre les deux pays. « L’océan Indien nous relie, et il est au cœur de notre partenariat. Renforcer la résilience régionale, que ce soit face au changement climatique, à la criminalité transnationale ou à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, est une priorité stratégique partagée », affirme-t-elle.
Au-delà de l’économie bleue, Kate Chamley estime que les énergies renouvelables et l’agritech détiennent également un fort potentiel de coopération. « Ces secteurs s’alignent étroitement sur les priorités de développement de Maurice et l’expertise australienne, et nous constatons déjà un intérêt croissant de la part des partenaires de nos deux pays », explique la diplomate, ajoutant que « l’égalité des genres est un pilier central de l’engagement de l’Australie. »
Vous êtes à Maurice depuis près de deux ans. Comment décririez-vous l’état actuel de la coopération entre nos deux pays ? Pourriez-vous partager vos expériences sur l’île et dans la région ?
Au cours des deux dernières années, j’ai vu le partenariat entre l’Australie et Maurice continuer à s’approfondir et à gagner en maturité. Notre coopération se caractérise par des engagements réguliers de haut niveau et un profond sentiment de confiance mutuelle. Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a été l’un des premiers dirigeants étrangers à rencontrer le Premier ministre, Navin Ramgoolam, après son élection. Cela a été suivi par les visites de l’ancien ministre adjoint des Affaires étrangères d’Australie, Tim Watts, et plus récemment d’une délégation parlementaire de haut niveau conduite par le président de la Chambre des représentants australienne, Milton Dick. Ces échanges soulignent l’importance que nos deux pays accordent à cette relation.
Je reviens également de consultations de mi-mandat à Canberra, qui ont été une occasion précieuse de réfléchir à notre engagement et de rencontrer des partenaires, notamment le nouveau haut-commissaire mauricien et des membres de la diaspora mauricienne. L’Australie est profondément déterminée à être un partenaire fiable dans l’océan Indien, non seulement pour Maurice, mais aussi pour les Seychelles, Madagascar et les Comores. À travers la région, nous travaillons ensemble sur des priorités partagées, telles que l’action climatique, la sécurité maritime et le développement durable de l’économie bleue.
Sur une note personnelle, cela aura été un privilège de vivre et de travailler à Maurice. Ces deux dernières années ont été professionnellement gratifiantes et personnellement enrichissantes. J’ai été inspirée par le leadership dont font preuve les jeunes de toute la région en matière d’action climatique, que le haut-commissariat est fier de soutenir. J’ai également eu l’occasion de visiter les Seychelles et Madagascar, et j’ai été frappée par la chaleur et l’hospitalité de leurs habitants. J’ai très hâte de me rendre aux Comores plus tard cette année.
Nous venons de célébrer l’Australia Day le 26 janvier, un moment pour réfléchir aux valeurs qui unissent les Australiens, notamment l’inclusion, la stabilité et l’opportunité. Célébrer l’Australia Day à Maurice plus tôt cette semaine était une merveilleuse occasion de souligner la chaleur de notre amitié et l’étendue de notre coopération, de l’éducation et l’économie bleue au commerce et aux liens entre nos peuples.
Nos deux nations partagent l’océan Indien. Comment l’Australie travaille-t-elle avec Maurice pour renforcer la surveillance maritime, promouvoir la gestion durable des ressources marines et développer l’économie bleue ?
L’océan Indien nous relie, et il est au cœur de notre partenariat. Renforcer la résilience régionale, que ce soit face au changement climatique, à la criminalité transnationale ou à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, est une priorité stratégique partagée. L’Australie travaille en étroite collaboration avec Maurice par le biais d’organisations régionales telles que l’Indian Ocean Rim Association (IORA) pour renforcer la sécurité maritime et la résilience climatique. Le ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce ainsi que la force frontalière australienne (Australian Border Force) soutiennent également le développement des compétences des responsables mauriciens en matière de connaissance du domaine maritime.
Nous continuons de soutenir la gestion durable des pêches via la Commission des Thons de l’Océan Indien et nous faisons progresser l’économie bleue grâce à des partenariats institutionnels solides. Par exemple, l’Université de la Sunshine Coast collabore avec le ministère de l’Économie bleue sur la restauration des stocks locaux de concombres de mer; l’agence scientifique nationale australienne, le CSIRO, travaille avec des partenaires mauriciens sur le carbone bleu; et le Centre des sciences et technologies de l’océan et de la terre de l’Université Curtin, établi à Maurice en 2023, continue de faire progresser la recherche marine avec des institutions locales. L’Université d’Australie-Occidentale (UWA) est également partenaire de l’Université de Maurice sur l’érosion côtière et la restauration des coraux.
L’Australie héberge également le pôle Carbone Bleu de l’IORA, qui propose des formations aux jeunes professionnels des États membres de l’IORA, dont Maurice. Au-delà des mécanismes régionaux, nous travaillons directement avec les communautés. Grâce à notre Programme d’aide directe (DAP), nous soutenons des initiatives locales sur la résilience climatique, la pêche durable et la conservation marine. Nous sommes ravis de travailler actuellement avec Odysseo pour renforcer l’éducation marine des écoliers à Maurice et à Rodrigues.
Quels secteurs – tels que les énergies renouvelables, l’agritech ou les services financiers – présentent, selon vous, le plus grand potentiel de croissance commerciale entre nos pays dans les années à venir ?
En tant que voisins de l’océan Indien disposant de vastes zones maritimes, l’économie bleue est un domaine d’opportunité naturel. C’est déjà un espace où nous voyons une collaboration concrète, incluant des entreprises australiennes qui utilisent depuis longtemps les installations portuaires mauriciennes pour soutenir leurs opérations régionales.
Au-delà de l’économie bleue, les énergies renouvelables et l’agritech détiennent également un fort potentiel. Ces secteurs s’alignent étroitement sur les priorités de développement de Maurice et l’expertise australienne, et nous constatons déjà un intérêt croissant de la part des partenaires de nos deux pays.
L’Australie reste une destination prisée des étudiants mauriciens. Pourriez-vous nous parler des nouvelles opportunités de bourses ou des partenariats universitaires qui favorisent le transfert de compétences ?
C’est une question tout à fait d’actualité. Nous venons de dire au revoir à deux professionnels mauriciens qui ont commencé des maîtrises en agriculture et en diplomatie via les Australia Awards. Ces bourses prestigieuses, entièrement financées, offrent un accès à une éducation de classe mondiale en mettant l’accent sur le retour des boursiers dans leur pays pour appliquer leurs compétences au profit de la communauté. Les candidatures ouvrent le 1er février. Les cours de courte durée et les bourses de recherche des Australia Awards ont également renforcé les compétences mauriciennes dans l’économie bleue, le changement climatique, l’agriculture et l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP).
Nous sommes fiers que Maurice accueille le seul campus universitaire australien en Afrique (Curtin Mauritius) qui dispense une éducation australienne localement et sert de pôle de recherche régional. La semaine dernière encore, ils ont organisé un symposium important sur la santé et, à la fin de l’année dernière, une grande conférence sur le genre. Le partenaire stratégique de Curtin, la Charles Telfair Education, renforce également les compétences en EFTP via des partenariats avec les TAFE d’Australie-Occidentale, tandis qu’un consortium d’EFTP d’Australie-Occidentale collabore avec le ministère de l’Éducation sur l’élaboration d’une feuille de route nationale.
Certains de mes moments préférés en tant que haute-commissaire ont été de rencontrer nos incroyables diplômés (alumni), qu’ils soient de Maurice, de Madagascar, des Seychelles ou des Comores. Ils sont toujours ambitieux et déterminés. Il est inspirant de voir comment ils utilisent ce qu’ils ont appris en Australie pour transformer leurs communautés.
En tant qu’États insulaires (ou continent-île dans le cas de l’Australie), nous sommes vulnérables au changement climatique. Quelles initiatives concrètes l’Australie soutient-elle à Maurice pour améliorer la résilience côtière ?
L’Australie travaille avec des partenaires mauriciens à plusieurs niveaux. Grâce à notre DAP, le haut-commissariat soutient des initiatives communautaires de résilience climatique et côtière à Maurice et à Rodrigues. Au niveau institutionnel, les universités australiennes s’associent à leurs homologues mauriciennes. La collaboration de l’Université d’Australie-Occidentale avec l’Université de Maurice sur l’érosion côtière est un excellent exemple de la manière dont la recherche partagée peut éclairer des solutions concrètes. Le développement des compétences est également soutenu par les Australia Awards et les formations climatiques liées à l’IORA.
L’Australie est fortement engagée en faveur de l’égalité des genres. Pourriez-vous nous parler des programmes soutenus par le haut-commissariat pour autonomiser les femmes et les filles à Maurice ?
L’égalité des genres est un pilier central de l’engagement de l’Australie. Via le DAP, nous soutenons des initiatives d’autonomisation des femmes et des groupes marginalisés. Un projet marquant a été le Green Flag Project, mené par l’Ong Passerelle et l’incroyable Marie-Noëlle Elissac-Foy, qui a impliqué des hommes et des garçons (notamment du collège Bhujoharry) comme partenaires dans la prévention de la violence sexiste et a promu une masculinité positive.
Qu’il s’agisse de bâtir des communautés résilientes au climat, d’améliorer l’accès aux soins, de faire progresser l’éducation ou de promouvoir l’égalité des genres, le DAP s’est avéré être un outil inestimable pour atteindre les communautés locales grâce à nos partenariats avec les Ong. Nous avons collaboré avec Gender Links sur un projet ciblant la jeunesse rodriguaise et sensibilisant à la santé et aux droits sexuels et reproductifs. Beaucoup de ces initiatives sont multidimensionnelles. Par exemple, un projet que nous avons financé aux Comores, mené par l’Ong Dahari, a réussi à autonomiser les femmes pêcheurs locales – un exemple de la façon dont le travail sur l’égalité des genres peut croiser l’autonomisation économique et l’action climatique.
Nous sommes particulièrement fiers du programme Business without Borders de l’Association des femmes entrepreneurs de Maurice, initialement financé par le haut-commissariat. Cette initiative régionale de mentorat pour les femmes entrepreneures continue de croître et a été présentée au niveau international.
L’Australie est un membre fondateur de l’IORA. Comment décririez-vous votre participation à l’IORA ainsi que l’engagement de l’Australie auprès de la Commission de l’océan Indien (COI) ?
Pour l’Australie, l’IORA est le premier forum de niveau ministériel et l’organisation régionale de référence pour relever les défis communs dans la région de l’océan Indien, car un océan Indien pacifique, stable et prospère est dans l’intérêt de tous. À travers l’IORA, nous travaillons étroitement avec Maurice et d’autres membres pour faire progresser la coopération concrète sur la sécurité maritime, l’économie bleue, la facilitation du commerce et la résilience climatique, avec un accent mis sur le renforcement des capacités. Nous sommes très reconnaissants envers Maurice d’accueillir le secrétariat de l’IORA. Concernant la COI, nous travaillons avec elle pour renforcer les capacités des États membres en matière de gestion des risques de catastrophe.
Pour l’avenir, quelles sont les priorités clés ou les nouvelles initiatives que vous prévoyez pour la coopération future entre l’Australie et Maurice ?
Nous continuerons de nous concentrer sur les domaines où nos intérêts s’alignent et où nous pouvons avoir le plus d’impact, particulièrement l’économie bleue, l’action climatique, la sécurité maritime et l’éducation transnationale, tout en renforçant les liens entre les peuples qui constituent le socle de notre partenariat.
Quel est le message principal que vous aimeriez transmettre aux Mauriciens et à la diaspora australienne cette année ?
Nos histoires sont profondément entrelacées. Maurice fait partie de l’histoire de l’Australie, et l’Australie fait partie de l’histoire de Maurice. Au cœur de ce partenariat se trouvent nos citoyens, unis par des valeurs partagées d’inclusion, de respect et d’opportunité. L’Australie abrite la deuxième plus grande diaspora mauricienne au monde, dont les contributions se font sentir dans toute la société, y compris au sein de notre Parlement. Avec mes collègues du haut-commissariat d’Australie, je suis fière de mettre en lumière ces connexions et l’étendue de notre coopération alors que nous célébrons l’Australia Day à Maurice.

