– Des vidéos animées réalisées avec le concours de l’Unesco pour des visites virtuelles, l’immersion dans l’histoire et la découverte de paysages symboliques
Dans le cadre de l’initiative patrimoine numérique, menée par l’Unesco, des vidéos d’animation sur Le-Morne ont été réalisées. Mis en œuvre par Le-Morne Heritage Trust Fund, avec la collaboration de Lunanim, studio de création et de production numérique, ce projet vise à transmettre le patrimoine à un large public dans une société connectée.
À l’occasion de la commémoration du 191e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, l’Unesco dévoile les résultats du projet Enhancing Heritage and Peace Education through Digital Tools for Le-Morne Cultural Landscape World Heritage Site in Mauritius. Cette initiative, menée en collaboration avec Le-Morne Heritage Trust Fund et le ministère des Arts et de la Culture, a été financée par le Netherlands Funds-in-Trust. Le but étant de transmettre le patrimoine vivant de mémoire, de résistance et de dignité du site, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
L’accent a été mis sur l’innovation numérique en vue d’enrichir l’éducation au patrimoine et à la paix, sur le site de Le-Morne. Des contenus animés et multimédias ont été réalisés afin de rendre accessible son histoire, sa mémoire et ses valeurs universelles à un plus large public, incluant des jeunes, plus connectés à l’univers numérique.
Louise Haxthausen, directrice du bureau régional de l’Unesco pour l’Afrique de l’Est, explique : « Le-Morne est un lieu hautement symbolique de mémoire pour la résistance. C’est le témoignage exceptionnel de la lutte contre l’esclavage et la quête universelle de liberté, de dignité et des droits humains. En combinant patrimoine et innovation numérique, nous rendons l’histoire du Morne plus accessible. Elle sert de référence en termes d’apprentissage pour la paix et le souvenir. Le but étant d’atteindre les communautés au-delà du site et des jeunes. »
À travers les traditions orales et la mémoire collective, Le-Morne incarne les souffrances, le courage et la lutte pour la liberté des peuples réduits en esclavage. Le lieu est ainsi reconnu comme un lieu de mémoire résonnant à Maurice, sur le continent africain, à Madagascar, en Inde et en Asie du Sud-Est. Ce qui lui a valu son statut de Patrimoine mondial de l’Unesco en 2008.
Face à l’évolution rapide des technologies et des techniques d’apprentissage, l’Unesco et ses partenaires ont repensé la transmission du patrimoine aux jeunes. En particulier l’histoire de l’esclavage et du marronnage. De même, l’accès au site demeure limité pour certaines personnes, dont celles en situation de handicap et des groupes vulnérables.
Au-delà de l’aspect historique, la biodiversité, les enjeux écologiques et le patrimoine vivant ont été intégrés au projet. Les récits numériques visent aussi à renforcer Le-Morne comme lieu de réflexion, de réconciliation et de paix. Sans remplacer l’accès physique au site, les outils numériques viennent ouvrir des voies inclusives pour expérimenter, comprendre et transmettre son patrimoine.
Ce projet repose sur une recherche rigoureuse, une documentation approfondie, ainsi que des discussions inclusives, avec des groupes ciblés. Un travail préalable a débuté en mars 2025 avec des visites du site et des consultations, avant de déboucher sur l’élaboration des outils numériques à développer.
Stéphanie Tamby, directrice de Le-Morne Heritage Trust Fund, avance à ce sujet : « Le-Morne n’est pas seulement un lieu marqué par l’histoire. C’est un paysage vivant de mémoire, de dignité et de résilience, profondément ancré dans la vie des communautés qui lui sont liées. »
Elle ajoute qu’en tant que gardiens de ce site du patrimoine mondial, Le-Morne Heritage Trust Fund porte la responsabilité de faire en sorte que ces récits soient transmis avec précision, respect et humanité, en particulier aux jeunes générations. « Ce projet piloté par l’Unesco montre comment les outils numériques, lorsqu’ils sont développés grâce à la consultation et à une démarche attentive, peuvent contribuer à élargir l’accès au patrimoine du Morne, tout en préservant sa signification et son intégrité », confie-t-elle.
La série de vidéos animées a été réalisée par Lunanim, studio de création et de production numérique, basé à Maurice. L’équipe a mené des consultations avec des historiens, des éducateurs, des praticiens culturels et la communauté locale, entre autres. La narration digitale est en anglais, français et kreol morisien. Les vidéos montrent les personnes réduites en esclavage comme des acteurs actifs de courage et de résilience. Le rôle des femmes et la connexion entre les peuples et la nature ont aussi été mis en lumière.
Raakesh Rajiah, directeur de Lunanim, se dit fier d’avoir pu participer à un tel projet. « Notre objectif était de représenter contexte historique et local le plus fidèlement possible. Contribuer à ce projet, en tant que Mauricien, me remplit de fierté. D’autant que c’est la première initiative digitale de ce genre par l’Unesco. Nous avons grandi avec les livres, mais notre patrimoine sera digital », dit-il.
Il confie que cette expérience lui a permis d’apprendre davantage sur les origines de Maurice et ce qui rend notre île unique dans cette partie du monde. « La liberté a été conquise, mais l’égalité et la justice doivent prévaloir pour tous. Surtout, j’encourage chacun à regarder les vidéos avec un esprit ouvert, à engager le dialogue, et à favoriser une réflexion sur notre passé et sur ce qui doit être fait pour construire un avenir meilleur pour tous. »
Ces outils numériques seront rendus publics à partir de la semaine prochaine. Ils seront accessibles sur le site de Le-Morne Heritage Trust Fund ainsi que celui de l’Unesco et d’autres partenaires. Des formations de suivi aideront les éducateurs, les professionnels de la culture et les acteurs du tourisme à intégrer ces ressources dans les apprentissages formels et informels.

