Permis à points  : Une entrée en vigueur symbolique face à une réalité routière toujours plus meurtrière

  • Au 29 janvier 2026, un début d’année marqué par une aggravation préoccupante de l’insécurité routière

Le jour même de l’entrée en vigueur du permis à points, présenté par les autorités comme une réforme structurante et un tournant majeur dans la lutte contre l’insécurité routière, les chiffres disponibles viennent rappeler avec une brutalité implacable l’ampleur du défi. Arrêtées au 29 janvier 2026, hors Rodrigues, les statistiques relatives aux accidents mortels dressent un constat sans concession : loin de marquer une inflexion immédiate, la situation sur les routes demeure alarmante et s’inscrit même dans une dynamique nettement plus dégradée que celle observée à la même période de l’année précédente.

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En un peu moins d’un mois, 17 accidents mortels ont déjà été recensés, contre 12 au 29 janvier 2025, soit une hausse de 41,7 %. Le bilan humain est encore plus lourd. Le nombre de personnes tuées passe de 12 à 19 victimes, ce qui représente une augmentation de 58,3 %. Ces chiffres, particulièrement élevés pour un début d’année, rappellent avec force que le permis à points, aussi nécessaire soit-il, ne peut produire d’effet instantané sur des comportements routiers profondément enracinés, forgés par des années de tolérance, d’imprudence et de banalisation du danger.

Conducteurs, passagers et usagers plus vulnérables

L’analyse des profils des victimes met en évidence une pression accrue sur les conducteurs eux-mêmes. Sept conducteurs ont perdu la vie depuis le début de l’année, contre quatre à la même période en 2025, soit une progression de 75 %. Mais c’est surtout l’évolution du nombre de passagers tués qui interpelle. Cinq passagers figurent parmi les victimes en 2026, alors qu’aucun décès de ce type n’avait été enregistré un an plus tôt sur la même période. Cette donnée traduit une violence routière qui dépasse largement la seule responsabilité individuelle du conducteur fautif et souligne le caractère collectif du risque routier, où des décisions prises au volant peuvent coûter la vie à des personnes qui n’ont aucun contrôle sur la conduite du véhicule.

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Les piétons demeurent également parmi les usagers les plus vulnérables, avec trois décès recensés, contre deux l’an dernier à la même date. Quant aux usagers de deux-roues, ils continuent de payer un lourd tribut, même si le nombre de victimes est légèrement inférieur à celui de 2025. Cette relative baisse ne saurait toutefois masquer leur exposition permanente à des chocs souvent d’une extrême violence.

Des accidents aux heures de forte pression 

La répartition horaire des accidents mortels confirme des tendances désormais bien connues des spécialistes de la sécurité routière. Les drames se concentrent majoritairement durant les périodes de forte circulation et de fatigue accumulée. Les créneaux de midi à 18 heures et de 18 heures à minuit enregistrent chacun sept décès, illustrant une recrudescence des risques à l’heure des retours de travail, des déplacements familiaux et des activités de fin de journée.

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Fatigue, densité du trafic, impatience, excès de vitesse et relâchement de la vigilance semblent continuer à jouer un rôle déterminant. Ces données soulignent que le permis à points ne pourra produire un effet dissuasif réel que s’il s’accompagne de contrôles visibles, ciblés et réguliers, notamment sur ces plages horaires critiques.

Les seniors, victimes silencieuses 

Autre signal d’alerte majeur : la surmortalité des personnes âgées. Les 60 ans et plus représentent à eux seuls neuf victimes, contre quatre à la même période en 2025, soit une augmentation de 125 %. Cette évolution particulièrement préoccupante interroge sur plusieurs plans : l’adaptation des infrastructures routières, la lisibilité de la signalisation, la protection des usagers les plus vulnérables et la cohabitation parfois brutale entre générations sur des axes saturés.

Dans un contexte de vieillissement progressif de la population, cette donnée pose la question de politiques de sécurité routière plus inclusives, capables de tenir compte des capacités physiques et cognitives des conducteurs âgés, mais aussi de leur exposition accrue en tant que piétons ou passagers.

La voiture, principal vecteur de mortalité

Du point de vue des véhicules impliqués, la voiture particulière demeure de loin le principal facteur de mortalité. Seize des dix-neuf victimes recensées depuis le début de l’année étaient impliquées dans des accidents de voitures. Les vans et les motocyclettes suivent, confirmant le rôle central des véhicules motorisés dans la létalité des accidents. À noter également l’enregistrement d’un premier décès impliquant un vélo électrique, un fait qui illustre l’émergence de nouveaux risques liés à l’évolution des modes de déplacement et à la cohabitation parfois mal maîtrisée entre véhicules motorisés et mobilités dites douces.

Tableau comparatif – Accidents mortels au 29 janvier 

Indicateurs 2025 (au 29/01) 2026 (au 29/01) Évolution
Accidents mortels 12 17 +41,7 %
Personnes tuées 12 19 +58,3 %
Conducteurs tués 4 7 +75 %
Passagers tués 0 5 +5
Piétons tués 2 3 +50 %
Seniors (60 ans et +) 4 9 +125 %

Une réforme nécessaire, mais insuffisante sans changement de culture

Le permis à points ne pourra produire des résultats durables que s’il s’inscrit dans une stratégie globale, combinant sanctions crédibles, contrôles constants, pédagogie continue et présence effective de l’État sur le terrain. La sécurité routière ne se décrète pas par un texte de loi. Elle se construit dans la durée, au prix d’un changement profond des comportements, d’une responsabilisation collective et d’un engagement soutenu de l’ensemble des acteurs concernés.

À l’heure où le permis à points entre en vigueur, les chiffres du 29 janvier 2026 rappellent une réalité incontournable : la route reste l’un des espaces les plus meurtriers du quotidien, et la bataille pour sauver des vies ne fait que commencer.

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