Pris sur le vif : Devoir conjugal

— Jamais j’aurais cru que cela arriverait un jour.

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— Qu’est-ce qui est arrivé comme ça ?

— Tu n’es pas au courant ?

— Au courant de quoi ?

— De ce qui vient de se passer en France ?

— Il se passe tellement de choses en France… Tu veux parler des lunettes de soleil de Macron, du procès de Marine Le Pen ou bien…

— Je veux parler du vote unanime du Parlement français…

— Il y a tellement de lois que ce Parlement refuse de voter… De quelle loi tu veux parler ?

— Mais je parle du vote de mercredi dernier au Parlement français qui met fin au devoir conjugal, toi !

— Le devoir conjugal… c’est quoi ça ?

— Tu ne sais pas ce que c’est ? Et tu prétends que tu es une mari féministe !

— Franchement te dire, comme tu as l’habitude de dire : je ne comprends pas ce que tu es en train de dire.

— Le devoir conjugal c’est une loi du Code civil qui date de plus de 200 ans qui dit qu’une femme doit avoir des relations conjugales avec son mari quand ce dernier le lui demande.

— Attends un coup. Tu veux dire que si le mari exige le « devoir conjugal » sa femme doit lui obéir ? Et si la femme dit non ?

— Jusqu’au 28 janvier 2026, en France, la femme qui refusait d’avoir des relations avec son mari – c’est ça même qu’on appelait le devoir conjugal –, elle faisait une faute.

— Ne me dis pas que ce genre de loi existait encore au 21e siècle ?!

— Elle existait en France jusqu’à cette semaine et…

— Et quoi encore ?

— Et si je ne me trompe pas, elle existe encore à Maurice. Parce que tu sais que notre loi est une copie du Code civil français !

— Mais qui a pu inventer une loi pareille, foutour va ?!

— Des hommes ma chère, des hommes, et ce, depuis la nuit des temps ! C’est Napoléon qui l’a mis dans le Code civil Et jusqu’à tout récemment, des maris l’utilisaient comme argument dans des cas de divorce.

— C’est pas vrai ?! Tu veux dire que si une femme refuse de faire un gâté à son mari — je préfère ça au terme « devoir conjugal » —, ça peut être considéré comme une faute, un non-respect de la loi ?

— Mais oui toi, et dans pas mal de cas de divorce, des maris l’utilisent comme argument. Le « pas ce soir chéri, j’ai mal à la tête », n’est pas une excuse légale.

— Je ne savais pas que c’était comme ça, moi. Que dire non à son mari peut être une faute.

— Dis-toi qu’il y a des c… de leurs mamans de maris qui n’hésitent pas à s’en servir !

— Mais dis-moi un coup, si un mari qui, disons, a un peu bu et force sa femme à avoir des relations avec lui, c’est toujours le devoir conjugal ?

— Je crois bien. Et tu sais ce que certains maris utilisent le refus de leurs femmes comme excuse ?

— Comme excuse pour quoi ?

— Tu ne te rappelles pas de l’affaire de ta cousine X ?

— Celle qui a divorcé après vingt ans de mariage ?

— Oui, elle-même. Tu sais pourquoi elle a divorcée ?

— Ça je sais. Parce que son mari la trompait matin, midi et soir. On le voyait dans toutes sortes d’endroits avec toutes sortes de femmes mari louches. Ma cousine a essayé de tenir jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus.

— Tu sais comment ça a commencé ?

— Je ne me rappelle plus très bien. Elle l’a surpris avec une femme, non ?

— Oui, mais avant, comme elle avait refusé de faire le devoir conjugal quand il était saoul, il lui a dit : Ce que tu ne veux pas me donner, je vais le prendre ailleurs. Et d’après ce qu’on m’a dit, il l’a fait !

— De toutes les façons, il a toujours été un coureur ! Elle n’aurait jamais dû l’épouser. Mais revenons à ce devoir conjugal légal là. Et si la femme ne veut pas et que son mari l’oblige par la force, il a raison d’après la loi ?

— Je crois bien que oui !

— Tu veux me dire que si un mari oblige sa femme à avoir des relations avec lui quand elle ne veut pas, s’il la viole en d’autres mots, lui il ne commet pas une offense ?

— D’après ce que j’ai compris, il peut venir dire qu’il n‘a fait que remplir son devoir conjugal !

— Hey toi là, il était plus que temps que ce « devoir conjugal » là soit aboli dans la loi !

— En France et en Europe c’est fait, mais ici…

— C’est vrai toi, ici les femmes sont plus nombreuses que les hommes et où que tu regardes, partout ce que sont les hommes qui dirigent. Tu n’as qu’à regarder le nombre de femmes au Parlement et même au conseil des ministres ! Tu crois que ces parlementaires mauriciens vont voter une loi pour abolir le devoir conjugal ?!

— Tu as raison : ce n’est pas demain la veille que ça va arriver à Maurice. Et tu sais ce qui est pire dedans ?

— Non, dis-moi.

— Je suis sûre que, comme pour l’avortement, il y aura beaucoup de femmes qui seront pour le maintien du devoir conjugal !

— Pourquoi tu dis ça ?

— Tu ne sais pas qu’aujourd’hui encore à Maurice, il y a des femmes qui demandent à leurs maris pour qui elles doivent voter pour les élections ?!

— C’est vrai ça ! Comme dit ma bonne, quand on discute de ces affaires-là : akoz bann fam mem ki fam touzour deryer soley !

J.-C.A.

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