Opération Sov Lapo |— Attachment Order de Rs 7,3 milliards : Madagascar sort l’artillerie lourde contre Ravatomanga

Fanirisoa Ernaivo, Garde des Sceaux malgache, en déplacement à Maurice, envisage d’initier des procédures de « capture d’État »

L’opération Sov Lapo en marge de l’enquête de la Financial Crimes Commission dans le Criminal Attachment Order de Rs 7,3 milliards contre le suspect Maminiaina (Mamy) Ravatomanga, abordera dans les prochains jours une phase critique. En effet, le Garde des Sceaux de Madagascar, Fanirisoa Ernaivo, entame cette semaine une visite officielle stratégique à Maurice. Ce déplacement marque un tournant historique dans la coopération judiciaire régionale, avec un objectif clair: intégrer la notion de « capture d’État » dans l’arsenal juridique malgache pour mettre fin à l’influence démesurée des intérêts privés sur les décisions publiques.

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La direction de la communication du ministère de la Justice de la République de Madagascar souligne, dans un communiqué diffusé hier, que cette visite s’inscrit dans un contexte d’urgence sociale et économique pour Madagascar. Alors que la Grande Île dispose de richesses naturelles exceptionnelles – premier producteur mondial de vanille avec des recettes dépassant les USD 270 millions et des exportations massives de litchis, girofles et ressources minières –, sa population s’appauvrit.

Le communiqué évoque qu’en 2025, près de 66% de la population (soit 20,5 millions de personnes) vivaient sous le seuil de pauvreté avec moins de USD 3 par jour. Ce paradoxe est le résultat direct d’un système de monopoles et de montages financiers opaques qui privent l’État de ses ressources vitales.

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Le service presse de la Garde des Sceaux fait ressortir que cette mission fait suite à l’incarcération à Maurice de l’homme d’affaires Maminiaina Ravatomanga, PDG du groupe SODIAT. Actuellement sous le coup d’enquêtes de la Financial Crimes Commission (FCC) pour blanchiment de capitaux et complot, son cas est devenu le symbole de la « capture d’État ».

Le groupe SODIAT a longtemps exercé une domination quasi exclusive sur divers secteurs, notamment le transport pétrolier et la logistique, la santé ainsi que BTP et Automobile (contrats d’infrastructure et distribution sous monopole).

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Les autorités malgaches ont déjà procédé à la saisie de ses biens via l’Agence de Recouvrement des Avoirs illicites, en réponse aux soupçons de trafics (bois de rose, or) et de flux financiers illicites ayant transité vers Maurice.

Le communiqué indique que l’enjeu de cette visite dépasse le cadre d’une simple affaire judiciaire. Fanirisoa Ernaivo souhaite engager une réflexion profonde sur la création d’un cadre légal permettant de sanctionner la mainmise d’individus puissants sur les leviers étatiques.
« Madagascar ne peut plus tolérer que ses ressources soient captées par une minorité alors que le peuple demeure dans le dénuement. L’intégration de la notion de capture d’État est essentielle pour protéger notre souveraineté économique », met en exergue le ministère de la Justice.

La délégation malgache voit en Maurice un partenaire clé. En tant que centre financier régional, l’île Maurice doit démontrer la solidité de son cadre juridique pour lutter contre l’évasion fiscale et les flux financiers transfrontaliers illicites, estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an pour l’ensemble du continent africain.
Cette visite relève d’un test de crédibilité pour la coopération judiciaire dans l’océan Indien. Il s’agit de bâtir un modèle « gagnant-gagnant » où la transparence et la justice économique garantissent la stabilité régionale.
Affaire à rebondissements à suivre.

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Objection de la FCC, du DPP et du CP à la caution de Mamy Ravatomanga

La Bail Review – sollicitée en Cour suprême par Mamy Ravatomanga –, contestant le Ruling de la Bail & Remand Court (BRC) de ne pas lui octroyer la liberté conditionnelle, a été appelée Pro Forma, hier, devant la cheffe-juge, Rehana Mungly-Gulbul. Le suspect a cité comme défendeurs la Financial Crimes Commission (FCC), le Directeur des Poursuites Publiques (DPP), le commissaire de police (CP) et la magistrate Karuna Dwarka Davay, Senior District Magistrate de la BRC.

Mamy Ravatomanga était absent à cette procédure et était représenté par Me Ayesha Jeewa, Senior Attorney. Le DPP et le commissaire de police étaient représentés par Me Rasmi Camiah, Chief State Attorney du State Law Office (SLO), tandis que la FCC s’est assurée les services par Me Bibi Chatoo.

Celle-ci devait indiquer à la cheffe-juge que la FCC comptait s’opposer à Mamy Ravatomanga dans le cadre de la Bail Review demandée par lui. Même son de cloche du côté de Me Rasmi Camiah, qui a indiqué que le DPP et le CP comptaient eux aussi objecter à la remise en liberté provisoire de l’homme d’affaires Malgache contre qui pèse un Criminal Attachment Order de Rs 7,3 milliards pour le délit allégué de blanchiment de fonds.

La cheffe-juge a renvoyé cette affaire au lundi 16 février 2026, pour que la FCC, le DPP et le Commissaire de police puissent déposer leurs affidavits faisant état des points qu’ils comptent mettre en avant.

Quant à la magistrate Karuna Dwarka Davay, la Cour suprême retient automatiquement qu’elle « shall abide by the decision of the Supreme Court », comme le prévoit la procédure dans les demandes de Bail Review, où les magistrats qui ont refusé la liberté conditionnelle à un prévenu sont nécessairement cités comme tierces parties.

Cette magistrate, siégeant dans la BRC, avait rejeté la demande de Mamy Ravatomanga de jouir de la liberté conditionnelle dans un Ruling rendu le 30 décembre dernier, en attendant son procès. La magistrate était parvenue à la conclusion que le risque que le prévenu ne prenne la fuite ou qu’il ne puisse manipuler des témoins ou des preuves dans cette affaire était « real and plausible ». Suite à cette décision, Mamy Ravatomanga avait été reconduit en détention à la prison de haute sécurité de Melrose.

L’homme d’affaires malgache remet ainsi en question cette décision de la BRC au niveau de la Cour suprême. Parmi les points qu’il a mis en avant pour étayer sa demande : son état de santé. Il souffrirait d’occlusion artérielle et de diabète, entre autres complications.
Mamy Ravatomanga était arrivé à Maurice à bord d’un jet privé le 12 octobre dernier dans le sillage du changement de régime dans ce pays. Il fait l’objet d’une enquête aux ramifications internationales pour divers délits de corruption, et répond de deux charges provisoires de blanchiment d’argent et d’une charge d’entente délictueuse par rapport au délit de trafic d’influence, qui ont été logées contre lui par la FCC.

Le ressortissant malgache annonce encore qu’il envisage de contester en Cour suprême le Criminal Attachment Order émis par cette instance le 15 octobre, en particulier l’argent contenu dans ses comptes bancaires à Maurice, soit une somme faramineuse de Rs 7,3 milliards.

 

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