– Les deux parties évitent d’évoquer la question de Chagos et de la base de Diego-Garcia
Le Cutlass Exercise 2026 a entamé son volet maritime cette semaine à Port-Louis sous la supervision de l’US Africa Command. Cet événement réunit les participants de 19 pays dont Maurice. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée, hier, au Philippe Oh-San auditorium de Vacoas. Lors de l’occasion, les deux parties ont sciemment évité d’évoquer le dossier des Chagos et de Diego Garcia même si l’intention déclarée des Américains est de s’assurer un océan Indien et sécurisé.
Le chargé d’affaires des États-Unis, Craig Halbmaier, a affirmé que cet événement constitue l’un des nombreux piliers du partenariat durable et étendu entre les États-Unis et Maurice, ainsi que « l’engagement américain en faveur de la stabilité, de la paix et de la prospérité dans l’océan Indien ».
Il a mis en avant que l’engagement des États-Unis à Maurice remonte à 1794. « Au cours des 230 dernières années, nous n’avons cessé d’élargir notre relation avec la population de cette île dans des domaines aussi variés que la sécurité, le commerce, la diplomatie, l’éducation, la science, l’application de la loi, le sport, les arts et la culture, entre autres », a-t-il fait ressortir.
Dans ce contexte, il affirme que « l’exercice Cutlass Express et les bénéfices qu’il apporte à la sécurité et à la prospérité de nos peuples constituent un événement phare pour marquer la poursuite de ce partenariat en 2026 ».
Craig Halbmaier a également annoncé qu’à la fin du mois de juillet, les États-Unis organiseront en collaboration avec Maurice « le plus grand sommet d’affaires jamais tenu dans le pays », qui sera d’après lui, « un exemple concret des efforts communs visant à renforcer le commerce et les investissements entre les deux nations, ainsi qu’à l’échelle régionale ».
Il souligne que ces avancées économiques sont rendues possibles grâce à un océan Indien stable et sécurisé, « fruit des efforts collectifs déployés depuis des décennies pour combattre et dissuader les menaces pesant sur la sécurité maritime commune.»
De son côté, le lieutenant-général John Brennan, commandant adjoint de l’AFRICOM, s’est appesanti sur le fait que la sécurité maritime est essentielle à la prospérité collective et qu’elle repose sur un effort multinational, auquel les États-Unis demeurent pleinement engagés aux côtés de leurs partenaires africains. Il a précisé que les défis actuels ne peuvent être relevés par des solutions exclusivement militaires, d’où l’accent mis sur la « finalisation juridique » des opérations de sécurité maritime et l’implication de la Garde côtière américaine (USCG) ainsi que de partenaires interinstitutionnels.
Il a relevé que Cutlass Express 2026 est un exercice soutenu par les États-Unis, mais dirigé par l’Afrique, saluant l’engagement significatif des pays africains concernés. « L’exercice vise à renforcer la détermination et les capacités des nations africaines et partenaires à détecter et à dissuader les activités illégales qui menacent la liberté de navigation et la fluidité du commerce maritime », indique-t-il.
Par ailleurs, John Brennan a profité de l’occasion pour avancer que « contrairement à certains de nos concurrents, les États-Unis placent la collaboration au cœur de leur programme d’exercices », invitant ainsi les participants à formuler des retours honnêtes lors de la planification de Cutlass Express 2027 afin de garantir une formation à la fois exigeante et utile. Il a toutefois reconnu que, malgré la volonté de l’US AFRICOM d’impliquer davantage de navires de la marine et de la garde côtière américaines, des contraintes opérationnelles subsistent.
De son côté, le commissaire de police, Rampersad Sooroojebally, a évoqué l’importance d’un océan Indien sécurisé tout en relevant la position stratégique de Maurice dans la région. Il a énuméré les problèmes de terrorisme, pêche illégale, piraterie, trafic illicite, cybercriminalité maritime et les effets du changement climatique dans cette partie de l’océan indien. « La sécurité maritime est un impératif national, essentiel à la stabilité économique et à la sécurité de Maurice », a-t-il mis en exergue.
Les deux parties ont soigneusement évité d’évoquer le dossier Chagos ou la base de Diego-Garcia. Même les représentants américains ont laissé entendre qu’ils ne parleront que du Cutlass Exercise avec les médias présents. Entre-temps, la Secretary for Home Affairs et représentante du Prime Minister’s Office, Doreen Fong Weng-Poorun, n’a pas pris la parole même si son nom figurait sur la liste des intervenants.
Par ailleurs, Cutlass Express 2026, qui se déroulera jusqu’au 13 février, comprendra une série d’activités d’entraînement à terre et en mer. Les participants prendront part à des scénarios destinés à tester leurs capacités en matière de coopération régionale, de connaissance du domaine maritime, de partage d’informations et d’interdiction tactique. Et ce, afin de renforcer les capacités collectives face aux activités maritimes illicites. Ces exercices incluront notamment des opérations de visite, arraisonnement, fouille et saisie (VBSS), des formations à l’interdiction maritime, à la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, ainsi que des entraînements médicaux.
S’appuyant sur l’intégration de systèmes robotiques et autonomes introduite lors de Phoenix Express — un exercice annuel multinational de sécurité maritime dirigé par l’US Africa Command et les forces navales américaines en Europe et en Afrique — la Task Force 66 travaillera avec les marines partenaires pour déployer des systèmes sans pilote et téléopérés afin d’améliorer la surveillance et la protection des eaux africaines. Ces technologies permettent de mieux détecter et dissuader des activités illégales, telles que le trafic et la pêche illicite dans les zones économiques exclusives des États participants. La Task Force 66 est une unité de la Sixième Flotte américaine spécialement créée pour tester et utiliser ces systèmes avancés en coopération avec les nations partenaires.
Les pays participant à Cutlass Express sont en l’occurrence les Comores, Djibouti, l’Égypte, la France, la Géorgie, l’Inde, le Kenya, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Maroc, le Mozambique, le Sénégal, les Seychelles, la Somalie, la Tanzanie, la Tunisie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

