Maurice face au cancer – Dr Yashmeeta Bundhoo : « des milliers de nouveaux cas chaque année »

Dr Yashmeeta Bundhoo, oncologue consultante externe auprès des cliniques Life Forbach, souligne que, comme dans de nombreux pays en transition sanitaire, Maurice observe une prédominance du cancer du sein chez les femmes, tandis que chez les hommes, les cancers de la prostate, du poumon et colorectal sont les plus fréquents. Le cancer demeure aujourd’hui un défi majeur de santé publique et représente une cause importante de mortalité dans le pays.

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Quels sont aujourd’hui les cancers les plus fréquents à Maurice, chez les hommes et chez les femmes ?
À Maurice, comme dans de nombreux pays en transition sanitaire, nous observons une prédominance du cancer du sein chez la femme, et des cancers de la prostate, du poumon et colorectal chez l’homme. Le cancer reste aujourd’hui un défi majeur de santé publique et représente une cause importante de mortalité dans le pays.

Observe-t-on une augmentation des cas ces dernières années ? Si oui, pourquoi ?
Oui, nous observons une augmentation progressive du nombre de cancers diagnostiqués. Selon les données nationales, plusieurs milliers de nouveaux cas sont recensés chaque année. Cela s’explique par plusieurs facteurs : l’augmentation de l’espérance de vie, l’évolution des modes de vie, la sédentarité, le tabagisme, l’alimentation transformée, mais aussi une meilleure sensibilisation et des outils diagnostiques plus performants.
Il faut comprendre que cette augmentation n’est pas uniquement négative. Elle traduit aussi une meilleure détection et une volonté collective de ne plus ignorer la maladie. Le défi aujourd’hui n’est pas seulement de traiter, mais d’anticiper, d’éduquer et d’accompagner la population vers une médecine plus préventive et personnalisée.

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Le cancer touche-t-il davantage certaines tranches d’âge ?
Le cancer reste globalement plus fréquent après 50 ans, car le vieillissement cellulaire augmente naturellement le risque de mutations. Cependant, nous observons aujourd’hui une augmentation de certains cancers chez des patients plus jeunes, notamment le cancer du sein ou colorectal.

Cela nous rappelle que le cancer n’est plus uniquement une maladie du grand âge. La vigilance doit commencer tôt, avec une culture de prévention dès l’âge adulte. L’objectif n’est pas de créer la peur, mais de créer une génération informée, capable de reconnaître les signaux d’alerte et d’agir rapidement.

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Quels sont les signes d’alerte que la population ne doit jamais ignorer ?
Certains signes doivent toujours pousser à consulter : une perte de poids inexpliquée, un saignement inhabituel, une masse qui apparaît ou grossit, une toux persistante, des douleurs inexpliquées ou un changement durable des habitudes digestives ou urinaires.
Le message est simple : un symptôme qui persiste n’est jamais anodin. Trop souvent, la peur retarde la consultation. Or, le cancer détecté tôt est souvent mieux traité, avec des chances de guérison plus élevées et des traitements moins lourds.

Que peut faire concrètement un citoyen pour réduire son risque de cancer ?
La prévention repose sur des actions simples mais puissantes : ne pas fumer, limiter l’alcool, maintenir un poids sain, pratiquer une activité physique régulière, avoir une alimentation riche en fruits, légumes et fibres, et participer aux programmes de dépistage.
Mais au-delà des habitudes individuelles, il faut aussi oser parler du cancer. Briser le tabou est une forme de prévention. Une société informée protège mieux ses citoyens. La prévention doit devenir une culture nationale, et non un message ponctuel.

Le système de santé mauricien est-il suffisamment équipé pour prendre en charge les patients atteints de cancer ?
Maurice a fait des progrès importants ces dernières années. Le secteur public joue un rôle essentiel, et le secteur privé vient compléter cette offre, notamment avec des structures spécialisées en oncologie intégrée.

Par exemple, des centres privés dédiés offrent aujourd’hui des parcours complets incluant radiothérapie, oncologie médicale et suivi multidisciplinaire. L’ouverture récente de centres spécialisés équipés de technologies modernes marque une avancée majeure pour l’accès aux soins et la qualité de prise en charge locale.
Le système continue d’évoluer, et l’objectif reste clair : permettre aux patients d’accéder à des traitements de niveau international sans nécessairement quitter le pays.

Quel message essentiel souhaitez-vous adresser aux Mauriciens ?
Le cancer n’est pas seulement une maladie médicale. C’est une épreuve humaine, familiale et sociale. Mais aujourd’hui, le cancer n’est plus synonyme de fatalité.
Mon message aux Mauriciens est simple : écoutez votre corps, faites vos dépistages, et n’ayez jamais peur de consulter. La médecine progresse, les traitements évoluent, et surtout, vous n’êtes pas seuls. Derrière chaque patient, il existe une équipe prête à accompagner, soigner et soutenir.

Que recommanderiez-vous aux décideurs à l’occasion de cette Journée mondiale ?
Nous devons continuer à investir dans la prévention, le dépistage accessible, développer la formation spécialisée et soutenir l’innovation technologique. Mais il est tout aussi important de renforcer la collaboration entre le public et le privé, car la lutte contre le cancer nécessite une mobilisation nationale complète.
Soutenir le développement de centres spécialisés, améliorer les parcours de soins et intégrer davantage la médecine personnalisée seront des priorités pour les années à venir. Le cancer est un défi national : il mérite une approche coordonnée à l’échelle du pays.

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