Exportations – Droits de douane américains : Les facilités de l’AGOA réactivées jusqu’au 31 décembre

Le ministre Meea concède : « « Visibilité à court terme… L’échéance de 2026 est déterminante et doit être utilisée pour sécuriser l’avenir de nos exportations »

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MEXA : « Travailler sur des relations commerciales plus stables avec les États-Unis »

Les États-Unis ont officiellement réactivé pour un an, soit jusqu’au 31 décembre prochain, les dispositions de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Cet accord commercial stratégique permet à des milliers de produits d’accéder au marché américain sans droits de douane. Suspendue depuis le 30 septembre 2025, l’AGOA a été relancée mardi avec effet rétroactif. Si, en janvier, la Chambre des représentants avait voté pour une reconduction de trois ans, le Sénat a finalement réduit la durée à une seule année…laissant planer l’incertitude au-delà de 2026.
Malgré tout, ce développement est accueilli avec un soulagement à Maurice, en particulier au sein du secteur des exportations, durement éprouvé par des mois d’incertitude. Du côté de la Mauritius Export Association (MEXA), la satisfaction est de mise. « Au niveau de la MEXA, je peux dire que c’est un vrai soulagement ! C’était un processus assez pénible et cela a pris beaucoup de temps. Là quand même nous avons eu un an, ce qui nous permettra éventuellement de travailler avec le gouvernement mauricien sur des relations commerciales beaucoup plus fortes et surtout stables, entre Maurice et les États-Unis, avec un accord bilatéral », confie Lilowtee Rajmun-Joosery, Chief Executive Officer.
La MEXA se félicite que les entreprises locales seront à nouveau en mesure d’exporter sur une base Duty-Free aux États-Unis, un marché clé pour le secteur du textile et de l’habillement. Après plusieurs mois de crise, marqués par des commandes gelées – voire des pertes financières, le secteur espère désormais amorcer une phase de relance. « Cette extension nous donne une fenêtre pour reconstruire la confiance des acheteurs américains et relancer les commandes », font comprendre les exportateurs.
Parmi les opérateurs concernés par cette décision américaine, figure Meliwear Co Ltd, fabricant de chaussettes, basé à Baie-du-Tombeau. L’entreprise exporte déjà vers l’Afrique du Sud, les Pays-Bas et d’autres destinations, et moins de 10 % de sa production est destinée aux États-Unis. Un marché que le directeur de Meliwear, Tai Lew Kim Ping, décrit comme exigeant mais prometteur.
« Nous sommes parvenus à exporter vers les USA depuis octobre 2024. C’est un marché compliqué et qui prend du temps à se développer, mais graduellement nous avons pu franchir le pas. Même si c’est difficile, nous avons eu un response extraordinaire aux États-Unis », explique-t-il.
Pour l’entreprise, la réactivation de l’AGOA ouvre de nouvelles perspectives de croissance. « Nous accueillons ce renouvellement avec beaucoup d’espoir, ce qui permettra certainement d’élargir nos exportations vers les États-Unis. Nous avons un bon agent basé à Chicago et de bons contacts, et notre agent est disposé à nous aider à développer davantage le marché américain », poursuit Tai Lew.
Le fabricant estime toutefois que le soutien institutionnel sera déterminant pour doper les exportations. « Il y a de bonnes perspectives sur ce marché mais il faut davantage faire la promotion de nos produits textiles en capitalisant sur l’AGOA », insiste-t-il. Spécialisée dans la fabrication de chaussettes sur-mesure, Meliwear compte renforcer ses capacités afin de répondre à une demande américaine de plus en plus orientée vers la qualité et la traçabilité.
Du côté l’Hôtel du gouvernement, le ministre de l’Industrie, Aadil Ameer Meea, reste lucide. Il salue une décision positive mais appelle à la prudence. « Si une prolongation plus longue avait été envisagée, la décision finale porte sur une extension d’un an seulement, ce qui offre aux opérateurs économiques une visibilité à court terme, dans un cadre connu mais limité dans le temps », précise-t-il.
Le ministre se réjouit néanmoins que cette reconduction confirme « l’importance stratégique des relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique ». Selon lui, le pays demeure « un partenaire fiable, respectueux des règles et engagé dans un commerce fondé sur la transparence et la durabilité ». Il souligne surtout l’urgence de préparer l’après-2026.
« Le gouvernement est pleinement conscient que l’échéance de 2026 est déterminante. Cette prolongation doit être utilisée comme une fenêtre stratégique pour sécuriser l’avenir de nos exportations », fait-il comprendre dans la conjoncture. Port-Louis compte ainsi intensifier les discussions bilatérales avec Washington afin d’explorer la possibilité d’un accord commercial spécifique Maurice/États-Unis, au cas où l’AGOA ne serait pas reconduite dans sa formule actuelle.
Parallèlement, le gouvernement entend accélérer sa stratégie de diversification des marchés. « Maurice poursuivra sa montée en gamme industrielle et le renforcement de la compétitivité de ses exportateurs, afin de préserver durablement sa position dans un environnement commercial international en constante évolution », assure le ministre.
Une trentaine de pays africains en bénéficient actuellement. Les secteurs les plus concernés vont de l’habillement aux produits agricoles, en passant par l’industrie automobile. Pour Maurice, l’accord joue un rôle déterminant dans l’essor de l’industrie textile et dans le maintien de milliers d’emplois.
Cependant, sous l’administration Trump, l’AGOA est devenu un outil de pression diplomatique. Dans son communiqué publié mardi, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a prévenu que « l’AGOA du XXIe siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès au marché aux entreprises, aux agriculteurs et aux éleveurs américains ». Il a également indiqué vouloir travailler avec le Congrès pour « moderniser le programme afin de l’aligner sur la politique L’Amérique d’abord du président Trump ».
Ces déclarations laissent présager que l’avenir du dispositif reste incertain. Pour les exportateurs mauriciens, l’année en cours s’annonce donc décisive. Tout l’enjeu sera de transformer ce sursis en opportunité durable. En attendant, la réactivation de l’AGOA redonne de l’oxygène à un secteur exportateur qui en avait cruellement besoin.

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