Le collectif estime qu’il faut rétablir l’équilibre entre les groupes majoritaires et réclame un recensement ethnique
Le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK) a soumis ses propositions au gouvernement dans le cadre des consultations sur la réforme électorale. Il estime qu’il faut aller au-delà du simple exercice technique et profiter de cette occasion pour réparer les injustices envers les créoles. KRAK suggère le système Single Transferable Vote, qui assure davantage de représentativité et d’équité.
Pour KRAK, la réforme du système électoral est une occasion d’appliquer la justice réparatrice. Dans son mémoire soumis à ce sujet, le collectif met en exergue que le système électoral à Maurice demeure ancré dans l’ère coloniale. La réforme doit ainsi venir réparer les inégalités et restaurer la dignité des groupes marginalisés.
Par ailleurs, KRAK réclame que les créoles soient reconnus comme First Nation People de Maurice. Cette revendication s’appuie sur le fait que les esclaves de Madagascar et de l’Afrique de l’Est, qui avaient été amenés sur l’île en 1638 s’étaient rebellés et avaient forcé les colonisateurs à partir. Depuis, ils vivaient librement sur l’île et s’étaient organisés en « communautés autonomes et durables qui préservaient leur liberté et leur dignité ».
De même, toute réforme du système électoral devrait être précédée d’un recensement basé sur l’appartenance ethnique, avance KRAK. D’ailleurs, le Comité des Nations Unies l’a réclamé à maintes reprises, mais le gouvernement mauricien a toujours résisté. De même, il est souligné que les « 400 000 Créoles demeurent invisibles » étant donné qu’ils ne sont pas reconnus en tant que tel, mais classés dans le groupe « Population Générale ».
KRAK fait également ressortir que les documents d’archives ont démontré que l’excision des Chagos du territoire mauricien, au moment de l’indépendance, a été négociée en échange d’un système électoral « en faveur des hindous et de l’élite franco-mauricienne. » D’où la nécessité de rétablir l’équilibre avec un nouveau système.
Le collectif suggère ainsi que la réforme « corrige les injustices historiques et la sous-représentation des Créoles. » Cela passe également par un redécoupage des circonscriptions. KRAK plaide également pour que l’indépendance de l’Electoral Boundaries Commission ne soit pas un vain mot. « EBC’s autonomy and independence is superseded by section 39(4), which permits the National Assembly either to accept or to reject the recommendations », mentionne KRAK.
KRAK propose ainsi parmi les amendements constitutionnels une révision de l’article 39 de la Constitution en vue d’une représentation équitable des principaux groupes ; le redécoupage des dix circonscriptions ainsi que celle de Rodrigues. Un amendement à l’article 39(4) est proposé pour assurer l’indépendance de l’EBC et renforcer la démocratie.
Le collectif se dit également en faveur de l’abolition du système First Past the Post. Celui-ci pourrait être remplacé par un système proportionnel comme le Single Transferable Vote (STV), développé en Grande-Bretagne. Ce système, d’après l’argumentaire de KRAK, « STV ensures seat mirror voter preferences, promotes diverse representation, and encourages coalition-building over divisive majoritarianism. » Ce qui assurerait une équité démocratique.
Dans la foulée, KRAK recommande l’abolition du Best Loser System, étant donné que le STV assure la proportionnelle et la représentation de manière équitable.
KRAK met en avant que Maurice est à un moment crucial de son Democratic Journey et que la réforme électorale peut être une occasion de réconciliation nationale et de Nation Building. Le collectif rappelle qu’en avril de l’année dernière, l’Attorney General, Gavin Glover, avait avoué devant le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU qu’il y avait des « possibilités de tensions raciales latentes » à Maurice.
De même, la Commission Vérité et Justice s’était aussi appesanti sur le point que Maurice n’a « jamais eu une feuille de route vers la nation-building et la réconciliation et de ce fait n’a pas fait beaucoup d’efforts pour encourager une culture d’identité nationale et de démocratie économique. »
Raison pour laquelle KRAK estime que la réforme électorale ne peut être qu’un simple exercice technique, mais doit être un instrument vital pour la justice réparatrice. Ce qui inclut le démantèlement des inégalités structurelles dans la représentation politique. Dans le sillage du processus de décolonisation en cours, avec la rétrocession des Chagos, il est grand temps, conclut KRAK, de se défaire également des vestiges de l’héritage colonial dans notre système électoral.

