Le ministère de l’Éducation poursuit des consultations sur le projet de réforme, avec les représentants des étudiants et des parents, hier. Cela suite au Resit du Blueprint Gungapersad ordonné par le conseil des ministres à la fin de l’année dernière. Les échanges ont porté sur les propositions pour le mode d’admission en Grade 7, sur le Grading System à l’examen de fin de cycle primaire et sur la mixité à la manière du ministre de tutelle, Mahend Gungapersad. Les points de vue étaient partagés sur la compétition pour une entrée en collèges nationaux. Toutefois, la mixité à partir de Grade 7 semble faire l’unanimité.
Deux modes d’admission en Grade 7 font l’objet de ces Nouvelles consultations, imposées à la demande du Premier ministre, Navin Ramgoolam. L’un maintient l’entrée dans les collèges régionaux, comme c’est le cas actuellement, et un examen en Grade 9, permettant l’accès à 21 National Colleges pour 2 400 étudiants. La seconde option est une entrée directement en National Colleges pour 2 400 étudiants, tandis que les autres seront admis dans les collèges régionaux.
Une comparaison démographique a été faite avec le début des années 2000, où il y avait 25 000 candidats au CPE, pour 600 places dans les collèges nationaux. Aujourd’hui, il y a environ 12 000 enfants qui quittent le primaire et le nombre de places prévu dans les collèges nationaux est de 2 400.
Il est aussi question de savoir si les National Colleges seront mixtes ou pas. Actuellement, les académies sont mixtes à partir de Grade 10. Mais ce modèle a posé beaucoup de problèmes et le souhait est d’envisager la mixité à partir de Grade 7, comme dans certains collèges régionaux.
Les étudiants s’étant exprimés à cette occasion ont des avis partagés sur les trois sujets de discussion. Fakhruddin Auckloo, du Collège Royal de Port-Louis, a fait ressortir qu’en 2023, un rapport de la Banque mondiale avait indiqué que ceux fréquentant les meilleurs collèges avaient les meilleures chances de réussite dans la vie. Il a ainsi suggéré que tous les collèges soient mis sur un pied d’égalité afin de donner les mêmes chances à tous les étudiants.
Ricaud Auckbar, Chief Technical Officer du ministère, a fait valoir que tous les collèges ont les mêmes facilités en termes d’infrastructures et de ressources humaines. Ce sont les parents, a-t-il dit, qui font le choix d’envoyer leurs enfants dans une académie ou les laisser dans un collège régional.
Carpanen Pillay, le Headboy du Queen Elizabeth College, estime qu’il ne faut pas séparer les filles et les garçons après le primaire. « J’ai fréquenté la MGSS Moka, qui est un collège mixte ; je trouve qu’il faut laisser les filles et les garçons grandir ensemble. Ils vont apprendre à vivre ensemble et c’est plus sain pour eux et pour l’école », dit-il.
Sa camarade Kimberley Choong Siat Moy a abondé dans le même sens. Tous les problèmes survenus dans les académies ces dernières années, a-t-elle fait ressortir, viennent du fait que la mixité est intervenue tardivement, soit en Grade 10 : « C’est archaïque de penser qu’il faut séparer les filles et les garçons en Grade 7, alors que nous vivons ensemble dans une même société. En grandissant ensemble, ils apprendront à communiquer avec l’autre », indique-t-elle.
Étant dans un état démocratique, a-t-elle ajouté, il ne faut pas supprimer le choix et maintenir des établissements non-mixtes, pour ceux qui le souhaitent.
Adrien Lim Chai Thoong, du St Andrew’s College, s’est prononcé contre la Rat Race. Il a affirmé qu’un système ultra-compétitif serait inhumain pour des enfants de 11-12 ans. « Il y aura une pression conséquente sur les enfants », a-t-il mis en garde avant d’aborder son expérience personnelle pour démontrer que les collèges régionaux ont aussi de la valeur ; il a choisi de rester au St Andrew’s College, après le NCE, même s’il avait la possibilité de poursuivre ses études dans une académie.
Parlant de la mixité, il a partagé son expérience, étant dans ce type d’établissement. « Par le passé, nous avons eu des problèmes, mais nous avons développé une culture qui nous a permis de mieux gérer la mixité », fait-il comprendre. Il ajoute qu’avec l’actuel système d’académie après le NCE, il y a un risque de Brain Drain, menant à un appauvrissement des collèges régionaux, au niveau des élèves. « Auparavant, les High Achieving Students quittaient leurs collèges après le SC pour fréquenter un National College dans le but de devenir lauréat, alors qu’il a été formé dans un collège régional », s’insurge-t-il.
Vidushi, élève du DAV College, s’interroge sur le sort des élèves qui avaient intégré un collège régional dans l’attente de rejoindre une académie : « Ne va-t-on pas priver ces élèves de leurs chances ? »
Dishta, élève du RCC, a fait ressortir que la mixité permet aux filles et aux garçons d’apprendre à vivre ensemble et offre des opportunités égales en matière de Leadership Roles. Quand les deux genres sont séparés, a-t-elle poursuivi, la situation est différente, étant donné qu’on habitue les filles à certains rôles et les garçons à d’autres : « C’est pour cela qu’il y a des répercussions par la suite dans notre système politique. Si nous voulons un système politique plus équilibré, homme-femme, il faut introduire la mixité dans les collèges de Grade 7 à Grade 13 », prône-t-elle.
Un autre élève du RCC s’est également prononcé en faveur de l’admission dans les National Colleges à partir de Grade 7, afin que les élèves soient imprégnés de la culture de leurs collèges respectifs. « Quand ils intègrent les académies en G10, ils arrivent avec des cultures différentes et cela pose parfois des problèmes relationnels », devait-il avancer.
D’autres élèves sont revenus sur la nécessité de prendre en considération la santé mentale des jeunes. « Un système avec plus de compétition génère beaucoup de stress. On ne parle pas suffisamment de la santé mentale des élèves », devaient-ils faire ressortir.
Aurélie Rose, Head Girl du MGI, a mis en avant les avantages de la mixité, en soulignant que « j’étais au St-Andrew’s, qui est mixte, et c’est ce qui m’a permis de m’imposer ici, au MGI. J’ai vu des élèves venant de collèges non-mixtes, qui ont beaucoup de difficultés à s’exprimer. »
Vashesh, du Droopnath Ramful State College, se dit convaincu qu’il faut maintenir le modèle des National Colleges à partir de Grade 10 : « Cela permettra une meilleure sélection car en Grade 6, les enfants ne sont pas prêts. » Il avance qu’il n’y aura pas de Rat Race, étant donné qu’il y a moins d’élèves et plus de places dans les National Colleges, comparé au passé.
S’adressant aux élèves et enseignants présents, le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a déclaré que dans une démocratie, il est important d’avoir les opinions diverses. D’où la raison des consultations. « Nous avons une date limite, le 13 février. Ensuite, il y aura une décision à prendre. Je prendrai la décision. Le gouvernement prendra la décision », a-t-il fait comprendre.
Il a ajouté que le bien-être des enfants demeure la priorité, tout en appelant à la collaboration de tout un chacun. Dans la foulée, il a dénoncé les critiques acerbes sur les réseaux sociaux, suivant la baisse de performance au School Certificate : « Parfois les adultes sont toxiques. Ils ne savent pas comment parler », accuse-t-il.
Mahend Gungapersad a également réitéré la philosophie derrière le critère des trois Credits pour accéder en HSC. « Dans la vie, il y a ceux qui sont très performants, ceux qui sont moyens et les Low Achievers. Il faut prévoir pour tout le monde. Je n’ai jamais dit qu’il faut avoir seulement trois Credits. Il y en a beaucoup qui ont des distinctions. Mais il ne faut pas oublier ceux qui ont des difficultés », a-t-il mis en avant.
Le ministre a ainsi invité les jeunes à toujours donner le meilleur d’eux-mêmes, selon leurs possibilités. « L’éducation est pour tout le monde. Nous avons une vision. Ne donnez pas l’occasion aux personnes toxiques de se moquer de vous », a-t-il conclu.

