Chagos Deal : date butoir du 23 février

La question du jour : sir Keir Starmer survivra-t-il à l’ouragan politique Mandelson pour le rendez-vous de la ratification du traité anglo-mauricien du 22 mai 2025 ?

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L’exigence d’intervention militaire de Donald Trump constitue une victoire à la Pyrrhus pour ceux luttant en faveur de l’intégrité territoriale

Le Go-Ahead au Chagos Deal du président des États-Unis, Donald Trump, dans la nuit de jeudi à vendredi, constitue un tournant majeur dans les dernières tractations triangulaires Londres/Washington/Port-Louis. Même si le poids d’une incertitude politique et diplomatique a été allégé, l’heure, voire le mood, n’est pas encore aux célébrations. Et ce, pour plusieurs raisons. La restitution de la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos, à l’exception de Diego-Garcia avec la base nucléaire et militaire des Américains, devra encore passer le test des Considerations and Reasons de The Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill à la House of Lords. En principe, la date arrêtée pour ce rendez-vous est le lundi 23 février, repoussée in extremis jeudi soir vu qu’initialement, des dispositions avaient été prises pour cette décision au niveau des Lords prévue pour jeudi prochain.
Le calendrier parlementaire au niveau de la House of Lords, et subséquemment de la Chambre des Communes, font que le Royal Assent à ce projet de loi devra être complété par le roi Charles III au plus tard à la fin de ce mois. Mais du côté de l’Hôtel du Gouvernement à Port-Louis, avec le dossier des Chagos abordé de nouveau lors des délibérations du conseil des ministres d’hier matin, la consigne formelle demeure: prudence dans la conjoncture jusqu’au vote final à la Mother of Parliaments.
Certes, les conservateurs anglais, même s’ils ont perdu une Trump Card en la personne du chef de l’Exécutif américain pour leur mission de démolition du Chagos Surrender Deal, n’ont, peut-être, pas encore dit leur dernier mot dans cette épreuve de force. D’ailleurs, commentant le changement de date des prochains débats devant la House of Lords, les conservateurs, sur leur Conservative Post, spéculaient dans la nuit de jeudi que « the government has delayed the Chagos Bill once more, dealing a fresh blow to Keir Starmer’s proposed agreement over the future of the Indian Ocean territory. »
N’empêche que la conjoncture politique à Westminster depuis jeudi soir laisse la porte ouverte à des conjectures quant au maintien de sir Keir Starmer en tant que locataire de No 10 Downing Street avec l’ouragan Mandelson, ce Lord et ancien ambassadeur anglais aux États-Unis, déjà emporté par les rafales de scandale sexe, argent et pouvoir des Epstein Files. La presse britannique, dont The Guardian, spéculait dès hier après-midi que « Keir Starmer needs a miracle to stay on as Prime Minister amid Mandelson scandal ».
À hier après-midi, aucun parlement travailliste anglais, n’avait osé porter le Challenge de la succession au poste de Premier ministre. Toutefois, la question, qui reste posée demeure si sir Keir sera encore le Premier ministre anglais pour l’ultime étape de la ratification du Chagos Deal en discussions depuis le Joint Statement à Londres et à Port-Louis le 3 novembre 2022. En tout cas depuis hier matin, la pression ne fait que s’accentuer pour un départ forcé de sir Keir Starmer en tant que Premier ministre.
À Maurice, les premières réactions avec la déclaration du président Trump à l’effet que Starmer ne pouvait avoir un Better Deal, laissent un goût de victoire à la Pyrrhus pour Maurice dans la mesure où le joyau de l’archipel des Chagos, en l’occurrence l’île de Diego Garcia, demeure hors du contrôle de Port-Louis. Surtout dans le camp de ceux en faveur de l’intégrité territoriale intrinsèque. Qui plus est, il relève de la déclaration plus que menaçante du président Trump à l’effet que « I retain the right to Militarily secure and reinforce the American presence in Diego Garcia. Let it be known that I will never allow our presence on a Base as important as this to ever be undermined or threatened by fake claims or environmental nonsense ».
En tout cas, la confirmation du Handing Over de la souveraineté sur l’archipel des Chagos n’aurait pas été offerte sur un plateau en or même si les conservateurs anglais ne cessent de répéter le Eye-Watering £35 Billion Deal.

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Alain Ah Vee (Lalit) : « Notre position sur la base militaire ne change pas »

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« La nouvelle position de Donald Trump sur l’accord entre Maurice et la Grande-Bretagne pour la rétrocession des Chagos ne change pas la nôtre. Nous maintenons qu’il faut fermer la base militaire de Diego Garcia. Nous nous alignons sur l’avis de la Cour internatuinale de Justice, validée par l’ONU, à l’effet que l’occupation des Chagos est illégale. Il faut donc que les Anglais et les Américains quittent l’ensemble du territoire.
« Maurice a eu suffisamment de soutien sur ce dossier. Il aurait fallu continuer la pression au niveau international. Avec cet accord, Maurice est en train de vendre Diego Garcia. Cela avait déjà commencé sous l’ancien régime et sans demander l’opinion du peuple. Désormais, nous serons au centre des conflits internationaux, puisque notre territoire sera utilisé pour attaquer d’autres pays. De plus, Maurice ne jouira pas pleinement de sa souveraineté puisqu’il est mentionné qu’il y aura un comité, où les Américains seront présents, pour toutes les décisions concernant les Chagos. Par exemple, si nous voulons y envoyer un bateau de pêche à l’avenir, il faudra leur demander la permission. »

Deepak Benydin (FPBOU) : « Trump joue aujourd’hui le rôle du Grand Justicier ».

« Eh bien, Trump joue aujourd’hui le rôle du Grand Justicier. Sa tactique et sa stratégie consistent à se présenter comme quelqu’un qui ne représente aucun danger pour aucun pays. Il est remercié pour l’accord entre la Russie et l’Ukraine, pour la libération de prisonniers à Gaza. « Il a également modifié sa stratégie concernant le Groenland, ne parlant plus d’invasion mais de coopération. Il se substitue désormais aux Nations unies et à l’OTAN. Il exige maintenant des contributions et préside des fonds destinés à mettre fin aux conflits à travers le monde.
« De sa dernière déclaration au sujet des Chagos, il fait clairement comprendre qu’il s’agit d’une condition sine qua non : il ne cédera jamais sur Diego Garcia.
« Il possède la plus grande armée. Il a besoin de Diego Garcia et personne ne pourra l’en empêcher.
«Il ne cédera sur aucun point.
« Voilà sa position. À aucun moment il ne déplacera son armée ni sa base militaire de Diego Garcia.
« Maurice et son gouvernement n’ont aucun droit de protester.
« Nous ne pouvons pas déclarer l’océan Indien comme une zone de paix.
«C’est une défaite pour nous, pour les pays voisins et pour l’ensemble de notre océan.
«N’oublions pas que cette base demeure une braise ardente, semblable à une liane empoisonnée qui s’étend dans notre océan”

Haniff Peerun (MLC) : “Ce revirement s’explique par le contexte géopolitique international actuel”
« Finalement, le président Donald Trump est revenu à sa position initiale en apportant son soutien au Premier ministre britannique, Keir Starmer, concernant l’accord entre Maurice et la Grande-Bretagne sur l’archipel des Chagos.
« Ce revirement s’explique par le contexte géopolitique international actuel, marqué par un rapprochement stratégique entre la Chine, l’Inde, la Russie et l’Union européenne. Il s’agit également d’une manœuvre visant à amadouer Maurice et à l’éloigner de ces grandes puissances, afin que l’Amérique conserve son rôle de maître à bord sur l’échiquier mondial.
«Malgré le fait que l’accord entre Maurice et la Grande-Bretagne soit sur le point d’être finalisé et accepté par toutes les parties concernées, Maurice ne peut se targuer que d’un avantage financier.
« En réalité, nous resterons toujours sous l’emprise américaine, avec Diego Garcia maintenue comme base militaire stratégique. Aux yeux des pays qui nous ont soutenus dans notre combat pour la récupération de notre territoire devant les instances internationales, notamment la Cour internationale de Justice, Maurice apparaît aujourd’hui comme perdante. Ces pays pourraient considérer que nous avons récupéré notre souveraineté pour ensuite la louer au même pays qui occupait illégalement le territoire, et ce, uniquement pour des raisons financières. Ce qui pose une grave question morale et éthique.
« Enfin, il est essentiel que les Chagossiens, qu’ils vivent à Maurice ou qu’ils soient installés en Grande-Bretagne, comprennent que cette lutte n’est pas uniquement chagossienne, mais bien mauricienne. Nous avons tous les mêmes droits sur les Chagos, et pas seulement les Chagossiens. L’artchipel des Chagos ne leur appartient pas exclusivement. Cette lutte a été menée par Maurice à travers différents gouvernements, certes avec le soutien précieux des Chagossiens, mais elle demeure avant tout une cause nationale.”

Dev Ramano (avocat) : “Non à une souveraineté illusoire”
« Depuis toujours, je milite pour que l’océan Indien soit une zone de pays souverains et pour que Diego Garcia fasse partie du territoire mauricien et soit restituée à Maurice. C’est par un stratagème avant l’indépendance que les Chagos ont été détachés, et aujourd’hui nous continuons à en payer les conséquences. Entre-temps, une base américaine sophistiquée est installée dans les Chagos.
«Mais ce qui est le plus important, c’est que nous disposons d’un jugement de la Cour internationale de Justice, la plus haute institution judiciaire au monde. Cette Cour a déclaré que les Américains doivent partir, que les Britanniques doivent partir et que la souveraineté doit revenir à Maurice. Diego Garcia doit être entre les mains de Maurice et les Chagos également. C’est la loi internationale, c’est la loi de la Cour internationale de Justice.
«Il y a eu un accord entre Maurice et le Royaume-Uni, selon lequel nous gagnerions la souveraineté, mais en pratique nous la perdrions pendant 99 ans, tout en recevant quelques avantages” Pour moi, ces avantages sont une monnaie de sang. C’est le prix de la vie de millions de personnes qui meurent à cause de raids et d’invasions à Gaza, au Moyen-Orient et ailleurs.
« Je crois que les Mauriciens doivent continuer à tenir bon pour que les Américains partent et pour que nous obtenions une véritable souveraineté, et non une souveraineté illusoire, car après 99 ans, l’accord peut être renouvelé et rester entre les mains de gens belliqueux.
«Ce qui est encore plus grave aujourd’hui, c’est la position de Trump. Le monde vit dans une situation très dangereuse pour Maurice, qui risque de devenir complice de la stratégie militaire et fasciste de Trump”.

Clency Bibi (GWF) : “Un signal politique majeur”
“La décision du président des États-Unis de valider l’accord entre le Royaume-Uni et Maurice sur la question des Chagos constitue un signal politique majeur, mais elle doit être interprétée avec prudence en raison des multiples rebondissements récents.
« Si cette validation peut être perçue comme une reconnaissance implicite de la légitimité de la revendication mauricienne sur l’archipel des Chagos, elle ne saurait pour autant constituer un aboutissement. La question chagossienne dépasse les simples considérations géostratégiques ou les accords entre grandes puissances : il s’agit avant tout d’une affaire de droit international, de dignité humaine et de justice historique.
«Toute solution durable doit impérativement garantir la pleine souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. Or, à la lumière de la prise de position de Donald Trump, il appert que celui-ci n’a nullement l’intention de restituer Diego Garcia.
 » La souveraineté de Maurice sur les Chagos reste donc incomplète, en contradiction avec les résolutions des Nations unies et l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice.”

 

Olivier Bancoult, leader du Groupement des Réfugiés des Chagos : « Trump a montré qu’il est un leader déterminé »

« Au moins, le président Trump a revu sa décision et donnera tout son soutien à son partenaire Keir Starmer. Il a pris son temps pour étudier le traité entre la Grande-Bretagne et Maurice. Donc, il est revenu sur ses propos et affirme qu’il fait confiance à un système de travail bien approfondi. Il ne s’est pas laissé influencer par les propositions superflues faites par certains qui avaient envisagé de donner son nom aux Chagos.
« Il a montré qu’il est un président déterminé qui ne se laisse pas influencer par des faveurs face à la campagne orchestrée par l’opposition conservatrice britannique, soutenue par la presse de droite, ainsi que les Chagossiens, nés à Maurice, qui ont choisi de se mettre à la merci de la droite britannique.
« Quant aux Chagossiens, nous nous réjouissons que ce soit la première fois qu’on est en présence d’une décision du gouvernement britannique d’autoriser le relogement, malgré plusieurs actions menées en Cour. J’ai apprécié la déclaration de Philippe Sands devant le Human Rights Committee. Il a dit deux choses importantes, soit les Chagossiens acceptent de retourner dans leurs îles natales maintenant, soit, ils ne pourront jamais y retourner.
« De plus, il rappelle que pendant les séances de la Cour internationale de justice, il y avait 12 Chagossiens dans la délégation mauricienne dont 9 natifs. Nous ne pourrons jamais oublier la présence des Chagossiens devant la Cour internationale de Justice. Il ne faut pas, non plus, oublier le témoignage de Liseby Élisé qui avait bouleversé tout le monde sur sa vie aux Chagos.
«Je salue sir Keir Starmer en tant que Premier ministre britannique qui ne s’est pas laissé décourager par tous les propos et actions tenus par l’opposition britannique soutenue par une section de la presse britannique. Chapeau à Keir Starmer qui a tenu bon. Il peut maintenant dire qu’il a eu un coup de main de Donald Trump.
« Je suis très satisfait de la résilience du gouvernement de Maurice qui a maintenu le contact avec la communauté chagossienne. Nous sommes très au courant de tout ce qu’il entreprend, contrairement à ce qui se passait dans un passé pas très lointain. Le gouvernement était en consultation permanente avec la population chagossienne. Laissons maintenant les choses suivre leur cours au niveau de la Chambre des communes. Je suis très confiant du résultat. »

Joe Lesjongard, leader de l’opposition :  « Une bonne nouvelle pour Maurice »

« La déclaration de Donald Trump est une bonne nouvelle pour Maurice. Place maintenant à la Chambre des communes de la Grande-Bretagne. Laissons les Britanniques faire leur travail démocratiquement. »

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