Le terme “Mauritius” ainsi que des noms de Mauriciens apparaissent dans des documents rendus publics par les autorités américaines dans le cadre des Epstein Files – une vaste enquête portant sur le réseau international de trafic et d’exploitation se..uelle de mineures lié au financier Jeffrey Epstein.
Mis en ligne sur le site du Department of Justice (DOJ) des États-Unis, les Epstein Files regroupent une masse de contenus saisis par les enquêteurs : courriels, images, dossiers administratifs, présentations professionnelles, études, listes d’invités ou encore articles de presse.
Trois millions de pages ont déjà été déclassifiées récemment, tandis qu’environ six millions d’autres devraient encore l’être, à la suite de l’adoption de l’Epstein Files Transparency Act, soutenu tant par les démocrates que les républicains au Congrès et au Sénat.
Le DOJ précise, toutefois, que l’ensemble des fichiers rendus publics ne concerne pas directement les faits criminels reprochés à Jeffrey Epstein ou à son réseau. Certains documents sont sans lien apparent avec l’exploitation se…uelle, tels que des dossiers de presse, des travaux universitaires ou des échanges professionnels.
Le DOJ avertit également que, “en raison du volume d’informations impliquées, ce site peut contenir, de manière involontaire, des données personnelles non publiques ou d’autres contenus sensibles (…)”, et invite toute personne concernée à signaler d’éventuelles anomalies.
C’est dans ce contexte que plusieurs mentions liées à l’île Maurice ont été identifiées, notamment dans l’onglet “Full Epstein Library”, qui regroupe une grande partie des documents accessibles au public. Un document, non daté, fait état de deux hommes d’affaires mauriciens, cofondateurs d’une société décrite comme une “full service licensed administrator in Mauritius”, avec une adresse située à Ébène.
Le texte comprend une brève présentation de l’entreprise, indiquant qu’en 30 mois d’activité, les actifs sous gestion ou administration dépassaient “2,5 milliards de dollars américains”. Il est également fait mention de services répondant à des objectifs de “tax structuring, governance and investment” via l’île.
Les deux cofondateurs occupent aujourd’hui des fonctions au sein de la Mauritius Revenue Authority (MRA) et du Mauritius Turf Club (MTC), ainsi que dans d’autres conseils d’administration. Le document ne fait état d’aucune activité illégale, et les coordonnées personnelles ont été partiellement masquées dans les fichiers rendus publics.
Parmi les courriels concernant l’île Maurice figure un message envoyé le 18 février 2014 par Jean-Luc Brunel à Jeffrey Epstein. Ancien agent et fondateur d’agences de mannequins, Jean-Luc Brunel a été mis en cause par plusieurs femmes pour des faits d’agressions se…uelles, dont certaines auraient été commises lorsqu’elles étaient mineures.
Considéré par les enquêteurs comme une figure centrale du dossier Epstein, Jean-Luc Brunel était proche du financier américain et aurait bénéficié de soutiens financiers de sa part. Des témoignages de victimes présumées cités par la presse internationale l’ont décrit comme ayant été, “cent fois pire que Jeffrey Epstein”.
Le courriel transmis par Jean-Luc Brunel contenait un article d’un média spécialisé dans le mannequinat, présentant les finalistes d’un concours international organisé quelques années plus tôt.
Parmi eux figurait une ancienne mannequin mauricienne, aux côtés d’autres candidates internationales. L’article incluait des photographies, des biographies et les ambitions professionnelles des participantes.
Jean-Luc Brunel a été incarcéré en France avant d’être retrouvé mort dans sa cellule en 2022. Les autorités judiciaires françaises ont conclu à un suicide, mettant fin aux poursuites. Un document intitulé “MegaMel”, daté de mai 2012, évoque “Mauritius” comme un bras d’investissement (“investment arm”) d’un fonds basé dans l’État du Delaware, aux États-Unis.
La présentation indique que cette entité mauricienne pourrait constituer une source principale d’investissements pour des projets en Afrique et en Asie, et qu’elle pourrait impliquer plusieurs entités ou juridictions.
Il est également précisé que la gestion financière et la supervision de cette structure seraient confiées “à un citoyen mauricien ou à un officier de KPMG à Maurice”, conformément “aux lois nationales en vigueur”. Aucun lien avec des activités criminelles n’est établi dans le document.
Plusieurs échanges électroniques font référence à des séjours à l’île Maurice. En janvier 2010, un correspondant, dont l’identité a été masquée, adresse à Jeffrey Epstein un message intitulé “happy holidays”. Envoyé à jeevacation gmail . com (l’adresse de Jeffrey Epstein), il lui souhaite “Merry xmas and happy 2010 from sunny Mauritius”. Le courriel évoque des vacances familiales et un retour prévu à Londres, le “9 janvier”.
Un autre échange daté de mars 2018 porte le nom “Ariane de Rothschild” en bas de page. Une recherche publique associe ce nom à la dirigeante du groupe bancaire Edmond de Rothschild, sans que l’authenticité du courriel puisse être confirmée de manière indépendante.
Le message envoyé à Epstein indique : “finished holding boards + audits , financial & non financial. Start again in June…”. Le correspondent d’Epstein regrette ne pas pouvoir être en Europe à ce moment car “(…) we re going to Mauritius on Friday for 10 days”. Epstein lui répond alors : “I should be in paris from sunday for the week, . hope you are strategizing.”
Un numéro de téléphone commençant par +230, indicatif de Maurice, apparaît dans une liste de coordonnées figurant dans certains documents. Par ailleurs, des courriels groupés évoquent des projets d’investissement et incluent des instructions de connexion téléphonique (dial-in), avec des numéros associés à plusieurs pays, dont Maurice. Les numéros précis ont été masqués.
Par ailleurs, des sociétés présentes dans ces documents retiennent l’inscription “Mauritius” dans leur intitulé. Un fichier regroupe les traités bilatéraux d’extradition que les Etats-Unis ont ratifié avec des pays, dont Maurice. Cet accord a été signé le “22 décembre 1931” et est entré en vigueur le “24 juin 1935”, selon le document. Précisons que le pays était alors une colonie britannique.
Au chapitre des letchis (intitulé “Litchi Chinensis – Lychee”), dans un dossier sur le commerce international de fruits, est fait mention de “Mauritius variety only”, aux côtés du chiffre “12.50 USD”.
D’autre part, le nom du Premier ministre mauricien de l’époque est inscrit dans une liste de plusieurs pages regroupant les invités du World Economic Forum de 2013 à Davos. Sont également cités dans deux autres fichiers une enseignante d’une institution tertiaire de l’île Maurice, qui a participé à la rédaction d’un document sur le changement climatique en Afrique; ainsi qu’un ancien haut gradé de la compagnie d’aviation nationale, listé parmi les membres d’un comité sur le tourisme. D’autres documents comportent des références à Maurice sans lien apparent avec l’enquête criminelle.
Rappelons qu’aucun des documents examinés n’établit de lien direct entre des acteurs mauriciens et les crimes reprochés à Jeffrey Epstein ou à son réseau. Les Epstein Files constituent un ensemble documentaire vaste, dont une partie concerne les faits criminels au cœur de l’enquête.
Joël Achille

