Enquêtes – Blanchiment et capture d’État : L’étau se resserre autour de Mamy Ravatomanga

— Madagascar : « Cet homme d’affaires a bénéficié de complicités à l’époque, que ce soit à Madagascar ou à Maurice » — La carte de l’extradition parmi les demandes soumises aux autorités mauriciennes par la Garde des Sceaux et ministre malgache de la Justice, Fanirisoa Ernaivo — Les séances de travail au QG de la FCC avec la contrepartie malgache font avancer à grands pas l’enquête sur le Criminal Attachment Order de Rs 7, 3 milliards

L’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC), avec en toile de fond un Criminal Attachment Order de Rs 7,3 milliards, se présente comme un tremplin pour le renforcement des liens de coopération dans différents domaines entre Maurice et Madagascar. C’est ce qui ressort de la présente offensive politique, diplomatique et sur le plan d’entraide judiciaire avec le déplacement à Maurice de la Garde des Sceaux et ministre malgache de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, à la tête d’une importante délégation de magistrats et de limiers malgaches opérant sur la base d’une commission rogatoire. Évidemment, cette démarche a pour conséquence que l’étau se resserre autour de l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga, incarcéré à l’Eastern High Security Prison de Melrose depuis la fin de l’année dernière et passible du délit de capture d’État. L’option de l’extradition est posée sur la table des échanges au plus haut niveau politique, même si la décision relève des prérogatives du judiciaire.

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Du côté des enquêtes en cours, avec la présomption que « Mamy Ravatomanga avait transformé Maurice en une plateforme de recel et de détournement de fonds de Madagascar », et cela avec « des complicités à l’époque, que ce soit à Madagascar ou à Maurice », les séances de travail se sont succédé depuis lundi dernier au QG de la Financial Crimes Commission.

« Ces échanges d’informations en possession de la partie malgache ont permis de faire progresser l’enquête sur le blanchiment de fonds à grands pas », font comprendre des sources bien informées. À ce stade, très peu de renseignements sont disponibles publiquement pour ne pas entamer l’intégrité des enquêtes initiées non seulement à Maurice et à Madagascar. « Il faut savoir que ces enquêtes de nature pénale impliquent d’autres juridictions », ajoutent ces mêmes milieux.

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Toutefois, cette cooptation entre Madagascar et Maurice sera appelée à s’approfondir en raison de l’étendue du réseau mis en place entre les deux îles pour les besoins criminels de blanchiment de fonds. Face à la presse vendredi matin au siège de l’ambassade de la Grande-Île à Floréal, la Garde des Sceaux, qui dénonce la non-coopération de Maurice dans l’enquête sur le Bois de Rose sous le gouvernement Jugnauth, a déclaré que « nous avons déjà identifié à peu près 140 sociétés-écrans qui sont rattachées à cet homme d’affaires. Mais il faut savoir aussi, quand nous parlons de cet homme d’affaires, qu’il n’y a pas que lui, car plusieurs personnes ont fait la même chose que lui. Certains à un niveau un peu moins tentaculaire cependant. »

Fanirisoa Ernaivo est allée encore plus loin en indiquant que le cas de Mamy Ravatomanga ne serait que le sommet de l’iceberg. « Puis, il y a d’autres dirigeants malgaches également, d’autres personnes qui ont agi de la même façon. C’est pour cela que je vous ai dit que nous ne donnions pas encore de noms. Vous allez en entendre parler, parce que vous avez aussi le droit de savoir que de l’argent sale, qui court partout dans le monde, atterrit des fois à Maurice. Et vous n’en voulez pas, j’en suis sûre. Vous ne voulez pas de cet argent sale chez vous », devait-elle poursuivre à ce même titre.

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L’un des objectifs du déplacement de cette mission de haut niveau et dirigée par la ministre de la Justice est de s’assurer auprès des autorités mauriciennes que le suspect de ces crimes transfrontaliers soit mis à la disposition des autorités malgaches au moment voulu. « Quand Maurice en aura fini avec les procédures judiciaires contre l’homme d’affaires, nous voudrons également l’avoir à Madagascar pour qu’il puisse être entendu auprès de la justice malgache ou soit présenté devant la justice si ses condamnations n’intervenaient pas avant. Si les condamnations malgaches interviennent avant que les juridictions mauriciennes en aient fini avec leurs procédures, nous pourrons également demander une extradition après condamnation, mais toujours en respectant le fait que Maurice a aussi des procédures. Et du coup, l’extradition interviendra après condamnation », avance Fanirisoa Ernaivo.

En parallèle à ce volet de son déplacement à Maurice, la Garde des Sceaux a eu une série de rencontres avec membres du gouvernement, dont le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, l’Attorney General, Gavin Glover, Senior Counsel, et le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, entre autres. Des dossiers d’intérêt commun de même que le cas des ressortissants malgaches sous contrat à Maurice ont été discutés.

« Nous sommes soucieux du sort de nos ressortissants malgaches et nous avons discuté avec les autorités à Maurice concernant les droits sociaux des travailleurs étrangers à Maurice », devait-elle faire ressortir face à la presse vendredi matin.

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