Avec Rs 103,3 milliards de recettes touristiques en 2025, le secteur touristique mauricien franchit pour la première fois la barre symbolique des Rs 100 milliards. Les chiffres publiés par la Banque de Maurice confirment une progression annuelle de près de Rs 10 milliards par rapport à 2024, marquant une reprise désormais pleinement consolidée après le choc prolongé de la pandémie de Covid-19
Cette performance repose en grande partie sur une fin d’année exceptionnellement dynamique. Le seul mois de décembre a généré Rs 12,127 milliards, un record mensuel, tandis que l’ensemble du dernier trimestre affiche des recettes supérieures à Rs 10 milliards par mois. Cette concentration saisonnière souligne à la fois la vigueur de la haute saison et la dépendance persistante du secteur à quelques fenêtres clés de l’année.
Sur le plan politique, le ministre du Tourisme, Richard Duval, s’est félicité publiquement de ces résultats, y voyant un signal positif pour 2026 et un levier permettant de s’attaquer à d’autres enjeux structurels du secteur. Le discours officiel insiste toutefois sur la prudence, le ministre rappelant que cette embellie ne doit pas conduire à un relâchement stratégique.
Si la hausse des recettes confirme l’attractivité de la destination Maurice, elle ne renseigne que partiellement sur la qualité de la croissance touristique. La progression des revenus peut refléter une augmentation des arrivées, une montée en gamme de l’offre, ou encore l’effet combiné de l’inflation et de la hausse des prix des prestations. Sans données détaillées sur la dépense moyenne par visiteur, la durée de séjour ou la répartition des revenus, l’analyse reste incomplète.
De plus, ce record intervient dans un contexte où le secteur fait face à des tensions structurelles : pression sur les ressources naturelles, saturation de certains pôles balnéaires, pénurie de main-d’œuvre qualifiée et interrogations croissantes sur la soutenabilité environnementale et sociale du modèle actuel. La performance financière, aussi spectaculaire soit-elle, ne peut à elle seule servir de boussole stratégique.
Les Rs 103,3 milliards de recettes offrent indéniablement une marge de manœuvre aux autorités. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité à transformer ce répit économique en réformes de fond : diversification des marchés émetteurs, étalement saisonnier de la demande, montée en compétences de la main-d’œuvre locale et meilleure redistribution des retombées économiques vers l’ensemble du tissu productif.
En ce sens, le record de 2025 constitue moins une ligne d’arrivée qu’un point de bascule. Il confirme la résilience du tourisme mauricien, tout en posant une question centrale : comment passer d’une logique de volume et de performance ponctuelle à un modèle durable, inclusif et mieux équilibré sur le long terme.

