Tourisme, développement résidentiel et urbanisation littorale (I)


Cadresse Armoogum

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Nous avons déjà écrit sur la croissance urbaine, l’extension périphérique des villes de la conurbation et le nombre croissant des localités de 3000-10 000 habitants dans le réseau urbain (1). Où se trouvent ces localités ? Comment se transforment-elles en agglomérations urbaines de taille moyenne ? L’analyse géographique permet de distinguer leur localisation dans deux types d’espace : l’espace littoral et l’espace rural agricole. La production urbaine (2) qui a pour but la construction de la ville où l’environnement bâti laissé à l’initiative privée, n’est plus le logement rendu accessible aux familles de la classe moyenne et celle des ouvriers, mais la création de la plus-value et la rente foncière et immobilière. Dans la zone urbanisée ou en voie d’urbanisation, les terrains, les infrastructures, les logements et les complexes commerciaux et récréatifs conditionnent les usages par les résidents.  Nous allons tenter de répondre à ces deux questions en deux temps. Dans cette première partie, nous allons analyser l’évolution démographique et résidentielle dans les agglomérations littorales à forte vocation touristique. Dans un prochain texte, nous poursuivrons la réflexion sur les types d’usage résidentiel et leurs conséquences socio-économiques.


Le tourisme et le développement du littoral

À partir des années 1980, le secteur du tourisme devient le moteur de l’urbanisation dans la zone littorale. Les établissements hôteliers, les villas et bungalows occupent les plus belles plages naturelles, entre les villages de pêche et les plages publiques, exposées à la dégradation de l’environnement et aux risques naturels.  La mise en valeur des terres de l’État appropriées par les classes sociales aisées le long des routes côtières a fait grimper la plus-value foncière et les prix de l’immobilier. Des lotissements résidentiels se sont développés sur les plaines côtières où l’on dénombre des cas de drains inadéquats pour l’évacuation des eaux pluviales en temps de pluies torrentielles et de grandes crues. De luxueuses villas ont été aménagées sur de grandes étendues côtières, dotées de « villages de loisirs » – terrains de golf, restaurants et activités balnéaires exclusives. Les villages traditionnels des pêcheurs sont souvent tenus à l’écart de tels développements et ne bénéficient pas suffisamment des retombées économiques et sociales.  La misère est bien réelle dans ces lieux. Et leur attribuer des étiquettes vintage – charme et authenticité – relève d’une démarche désuète.  Les nombreuses ONG œuvrant dans le domaine social dans les régions côtières tirent la sonnette d’alarme sur la situation précaire des communautés locales.

Dans quelques endroits, l’intégration des activités économiques des communautés locales dans le développement du littoral est relativement bien réussie. Elle se fait à travers les emplois dans le tourisme, les filières d’approvisionnement des hôtels en produits frais tels que les fruits et légumes et les produits de mer, et l’embauche chez les particuliers. Il n’en demeure pas moins que dans certaines localités côtières, le véritable défi est de parvenir à réussir une transition dans le mode de vie basé sur les activités traditionnelles liées à la pêche, la culture maraîchère et aux petits commerces, vers un modèle de développement intégré au tourisme et la sauvegarde de l’environnement. Le manque d’opportunités de formation des jeunes dans des métiers gratifiants et rémunérateurs plutôt que subalternes aggrave cette situation. Le système éducatif n’est pas parvenu à répondre aux besoins spécifiques des jeunes de ces localités confrontés aux fléaux sociaux. Ils doivent alors se tourner vers l’école alternative offerte par Caritas et le réseau de centres d’ANFEN (3 et 4) pour trouver la voie de l’inclusion.    

Le développement résidentiel dans les districts du Nord et de l’Ouest  

Aux débuts, ce sont surtout, les littoraux nord, de l’Ouest, et du Sud-Ouest qui ont le plus progressé en termes de densité d’habitat et d’activités hôtelières. Les districts englobant ces secteurs sont en effet ceux qui ont enregistré entre 1972 et 2000 les plus fortes évolutions du nombre de résidences : plus d’un doublement pour Pamplemousses (+ 133 %) et Rivière-du-Rempart (+ 104 %), presque un triplement pour Black River (+ 177 %). Depuis, la politique de développement touristique a encouragé les implantations hôtelières sur les côtes est et sud du pays. Le cachet naturel attribue à la variété des plages et des paysages de l’arrière-pays dans ces deux régions ont contribué à développer l’écotourisme. Cependant, entre 2000 et 2022, les districts côtiers et ensoleilles du Nord et celui de l’Ouest continuent d’enregistrer de fortes augmentations du nombre de résidences comme le montre le tableau 1.

L’évolution de la population des agglomérations côtières dans ces trois districts confirme la tendance vers une plus grande densification de l’habitat. D’un schéma linéaire le long des routes côtières, les zones d’habitat grignotent l’arrière-pays de la zone littorale.  

Le tableau 2 montre le nombre d’habitants dans la zone littorale et son importance relative (% par rapport à la population du district). Les données portent sur cinq Village Council Areas (VCAs) du district de Pamplemousses, cinq VCAs du district de Rivière-du-Rempart et sept VCAs du district de Rivière-Noire. 

 

Selon le recensement de 2022, près de 30% de la population de ces trois districts habitent dans la zone littorale. 48.5% de la population de la « partie rurale » du district de Rivière-Noire y résident. Entre 2000 et 2022, l’accroissement de la population dans les agglomérations côtières de taille moyenne est éloquent : le taux dépasse 86% pour les sept VCAs du district de Rivière-Noire, 47% dans les cinq VCAs de Pamplemousses et 15% dans les cinq VCA de Rivière-du-Rempart.

Dans le Nord, Trou-aux-Biches (2047 résidents permanents en 2022) sera doté d’un Village Council et se sépare de Pointe-aux-Piments (7 488 habitants). Ce centre balnéaire se singularise par ses plages naturelles, ses hôtels haut de gamme et ses multiples activités de loisirs dans le lagon et la haute mer.  Avec une population de plus de 11 000 habitants en 2022, Grand-Baie rassemble 17.7% de la population totale du littoral Nord.  C’est la destination balnéaire de référence au niveau national et international. L’agglomération de Flic-en-Flac dans l’Ouest (3 917 habitants en résidences principales en 2022) est la plus importante station balnéaire de la côte ouest. 

Ces VCAs s’affirment en tant que « centres urbains littoraux » dont le rayonnement dépasse le territoire national, même si leur population se trouve dans une fourchette variant entre 3 000 et 10 000 habitants en 2022, exception faite de Grand-Baie avec plus de 11 000 habitants et Baie-du-Tombeau, plus de 14 000 habitants. 

Le développement des infrastructures routières, notamment le prolongement de l’autoroute du Nord M1/M2 et la construction de la voie rapide dans l’Ouest, ont été un des facteurs importants de l’urbanisation constante du littoral nord et ouest.

Dans la deuxième partie de ce papier,  nous aborderons les usages résidentiels dans la zone littorale et leurs impacts socioéconomiques et environnementaux.


Notes et références


1.Le Mauricien, 4 et 9 août 2025, Forum, p. 20 ; Le Mauricien, 14 août 2025, Forum, p.20

2.La production urbaine est alors un moteur d’une autre étape du capitalisme. Elle génère de la valeur et du profit par la spéculation immobilière, la construction et le développement urbain.

3.L’agglomération de Grand-Baie se trouve dans deux districts du Nord. Elle comprend Mon-Choisy, La Croisette et Pointe-aux-Canonniers dans le district de Pamplemousses. Elle s’étale en grande partie sur le littoral de la partie nord du district de Rivière-du-Rempart. Le noyau urbain et les activités balnéaires s’y trouvent. Cette partie inclut les morcellements de Peyrebère.

4.Trou-aux-Biches fait partie du VCA de Pointe-aux-Piments en 2000. En 2022, cette localité touristique est déjà dotée d’un conseil de village. Elle est incluse parmi les 5 VCAs identifiés dans le district de Pamplemousses.

Nous n’avons pas inclus Goodlands et Rivière-du-Rempart qui ont une façade côtière.

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