L’affaire de la saisie de cocaïne reliant Madagascar et Maurice s’inscrit désormais dans un cadre beaucoup plus large, marqué par une coopération étroite entre les autorités mauricienne et malgache, et par des ramifications internationales. La délégation malgache, qui était à Maurice la semaine dernière, a remis des documents et renseignements, susceptibles de déboucher sur le démantèlement de ce réseau. Un des Mauriciens arrêtés lors de cette saisie de 16 kg de cocaïne en 2025, est passé aux aveux en balançant l’identité de plusieurs protagonistes. L’un d’eux a même été arrêté l’année dernière dans une affaire de blanchiment d’argent au Réduit Triangle en lien avec ses entreprises. Cette fois-ci, il risque gros.
D’autre part, le Franco-Mauricien, connu sous le surnom de Vida Loca, est présenté par les enquêteurs comme l’un des piliers financiers et opérationnels de ce réseau de trafic de drogue, opérant dans cette partie de l’océan Indien. Son nom a aussi été balancé par ce Mauricien repenti – qui se trouve en prison à Tana.
Depuis la découverte en février 2025 de 16 kilos de cocaïne destinés au marché mauricien, les investigations menées conjointement avec Madagascar ont permis de mettre au jour une organisation structurée, active entre l’Asie du Sud-Est, Antananarivo et Port-Louis. Les informations transmises par les autorités malgaches ont joué un rôle déterminant dans l’orientation de l’enquête, notamment grâce au travail du Pôle Anti-Corruption (PAC), dont le rapport confidentiel a été partagé avec la Financial Crimes Commission (FCC) à Maurice.
Ce document décrit un système s’articulant sur des financements occultes, des circuits de blanchiment et une chaîne de commandement clairement établie. Plusieurs interceptions téléphoniques réalisées à Madagascar font état de contacts répétés avec le notoire Vida Loca, soupçonné d’avoir donné des consignes directes au sujet de l’acheminement de la drogue. Ces éléments ont renforcé la thèse d’un pilotage du trafic depuis l’étranger, avec un soutien logistique local assuré par des complices mauriciens et malgaches.
L’arrestation, à Madagascar, de plusieurs ressortissants des deux pays au début de l’année dernière a constitué un tournant. Elle a surtout mis en avant l’efficacité de la collaboration bilatérale, les échanges d’informations ayant permis de reconstituer les itinéraires, d’identifier les principaux acteurs et de retracer des flux financiers.
Les autorités malgaches ont confirmé avoir remis aux enquêteurs mauriciens des données détaillées sur les suspects, incluant mouvements bancaires et autres preuves numériques.
Parallèlement, le dossier prend une dimension internationale. Alors qu’il était jusqu’ici localisé entre Bangkok et Pattaya, Vida Loca pourrait désormais se trouver en Europe, une évolution interprétée comme une tentative de se soustraire à la pression croissante exercée par les enquêteurs de la région.
La Financial Crimes Commission (FCC) continue de privilégier la piste des bailleurs de fonds et des connexions internationaux, tout en s’appuyant sur la coopération active de Madagascar. Des mandats d’arrêt internationaux sont à l’étude contre plusieurs figures actives du réseau. Les enquêteurs examinent également les déplacements de suspects déjà connus pour des affaires de blanchiment, dont les va-et-vient entre Maurice et Madagascar laissent présumer des liens étroits avec cette organisation.
L’enquête a connu des avancées positives ces derniers jours, les autorités mauriciennes assurent que la synergie régionale, renforcée par les échanges avec Madagascar pourrait accélérer les procédures d’une demande d’arrêt internationale. Un message clair est envoyé : la lutte contre le trafic de drogue se joue désormais sur plusieurs fronts, et sans frontières.

