Drogue – à Rodrigues Du 12 au 15 février : Lakaz A/Groupe A de Cassis accompagne 25 parents de toxico

Quelque 25 parents de toxicomanes, adhérents du groupe Solidarité, épanouissement, libération (SEL) du Groupe A de Cassis/Lakaz A, se rendront à Rodrigues du 12 au 15 février. L’idée principale, explique Ragini Rungen, responsable de l’ONG, « L’idée principale est de permettre à ces mères et pères, qui vivent un enfer quotidien dans leur maison, auprès de leurs enfants toxicomanes, de “s’évader”, de quitter cet environnement toxique qui les étouffe et les écrase, et que, pendant au moins 24 à 48 heures, ils respirent un air différent, où ils ne penseront qu’à eux… pour une fois », déclare Ragini Rungen, responsable de l’ONG,

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Cette initiative – une première pour le Groupe A de Cassis/Lakaz A et sur le plan national dans le secteur de l’encadrement des malades des drogues et leur entourage – revient à l’ONG, qui œuvre pour le respect des droits des toxicomanes et de leurs parents. Chaque participant paye son billet de sa poche. « Nous aurions adoré offrir un tel cadeau à toutes ces mamans et ces papas, qui souffrent aussi. Mais nous ne disposons pas d’un tel capital, ni de mécènes souhaitant financer une telle activité », indique Ragini Rungen. Et d’ajouter : « L’idée, surtout, est que chacun de ces parents puisse se reconnecter avec leur moi intérieur, écouter leur coeur et leur esprit, le temps d’une escapade, d’une journée spéciale, où ils auront comme priorité… eux-mêmes ! » Chose que ces parents ont la plupart du temps oubliée, souligne-t-elle.
Il y a une dizaine d’années, le Groupe A de Cassis/Lakaz A remarque : « autour des toxicomanes que nous recevons dans notre Day-Care Centre de Port-Louis, il y a d’autres souffrances, beaucoup d’autres détresses. » Ainsi, l’ONG démarre des sessions de rencontres, d’écoute et de dialogue à l’intention des enfants des toxicomanes, les Zanfan Beni, ainsi que les jeunes vulnérables – CAZAdo. « Et tout autant des parents de ces mêmes esclaves des drogues – devenu le groupe SEL ! Ceux-là sont les grands oubliés de ces drames humains. »
« Eski zordi li pa pou koup mwa ? »
Elle est catégorique : « sa bann paran-la pe viv dan enn prizon ! Chaque jour, ils se réveillent et vont se coucher avec une seule et même chose en tête : comment faire pour sortir leur enfant de l’enfer des drogues ? Comment se protéger eux-mêmes de leurs coups de colère ? Eski zordi ou dime, li pa pou bat mwa, koup mwa ou pran mo lavi ? Comment garder en sécurité ses maigres sous, vu que l’enfant toxicomane rafle tout ? »
C’est, soutient Mme Rungen, tout simplement intolérable ! « Pouvons-nous nous mettre à la place de ces mères et ces pères de famille, et leurs autres enfants, qui sont heureusement restés loin des drogues, et vivre ne serait-ce qu’une journée, ou quelques heures, leur enfer ? »
L’idée d’organiser ce voyage et d’accompagner un groupe de parents à Rodrigues fait son petit bonhomme de chemin dans la tête de Ragini Rungen dans le sillage d’une rencontre avec une mère éplorée – parmi tant d’autres qui fréquentent Lakaz A – l’an dernier (voir encadré). « Graduellement, nous en avons parlé avec les parents, animateurs et encadreurs du centre, et le projet a pris forme. »
Le 12 février, ce groupe de 25 parents qu’accompagne le Groupe A de Cassis/Lakaz A depuis une dizaine d’années prendra ainsi l’avion. « Ena paran ladan ki zame finn voyaze. Premye fwa pou met lipie dan enn avion. Certains n’ont jamais même entretenu l’idée de faire un voyage… Pour eux, quand nous en avons discuté, au fur et à mesure de nos rencontres, ce projet devenait un rêve qu’ils veulent réaliser… », ajoute Ragini Rungen.
« Ainsi, une fois que nous allons atterrir à Plaine-Corail, nous allons mettre cap sur la villa Le Chapo, à Port-Mathurin. Ces quelques jours à Rodrigues ne sont pas du tout un week-end en résidentiel au Foyer Fiat, comme nous l’organisons deux fois l’an. Bien sûr, nous serons ensemble… mais pas en permanence. Le but est que ces mamans et papas, qu’ils fassent le déplacement en couple ou en solo, prennent chacun le temps de réaliser qu’ils ont coupé les ponts ne serait-ce que 24 ou 36 heures de leur environnement familial. Qu’ils ont devant eux autant d’heures – libres – pour penser à eux exclusivement. Qu’ils n’ont pas à se casser la tête avec les soucis habituels », élabore Mme Rungen. Une rencontre est également prévue avec Mgr Michel Moura, vicaire apostolique (évêque) de Rodrigues.
Taquine, Ragini Rungen souligne que ce projet coïncide avec la célébration de la fête de l’amour, la Saint-Valentin. « Le temps, très mérité, pour ces mamans et papas de prendre un peu de temps pour eux. » L’animatrice du Groupe A de Cassis/Lakaz A retient, sur une note plus sérieuse et triste : « Chaque parent peut tout donner pour son enfant. Et quand celui-ci ou celle-ci devient l’esclave des drogues, la vie de ces parents est bouleversée à tout jamais. Seki zot viv sak zour, se legoism enn esklav ladrog ki pa realize ki ditor li pe fer so mama, so papa… Parmi nos bénéficiaires au centre, certains sont tellement éprouvés par ce qu’ils vivent qu’ils en deviennent aigris, amers. Comme cette patiente de cancer qui m’a dit récemment : “Nou, seki nou pe traverse ek sa maladi-la, nou res bet kouma dimounn ki pe zwuir denn bonn sante met pwazon dan zot lekor koumsa !” Comment expliquer ce manque de lucidité, ce mal-être ? »
Saint-Valentin
des parents
De fait, au sein du Groupe A de Cassis/Lakaz A, l’une des priorités est la reconstruction de l’humain, l’aider à retrouver l’estime de soi. « L’être humain abîmé devient fragile et vulnérable quand il sombre du mauvais côté. Il perd ses repères, devient imperméable et réfractaire aux sentiments les plus élémentaires, comme aimer son prochain. Quand un parent vit un tel cauchemar, son existence est à tout jamais bouleversée. »
Ragini Rungen souhaite que cette escapade Rodriguaise permette à ces parents d’avoir cette bouée de sauvetage qui leur donnera de l’oxygène dans leurs parcours. « Au moins, d’avoir pu respirer librement pendant un ou deux jours, coupés de leur enfer, cela leur procurera du courage, la force et l’espérance de s’accrocher, et de continuer à se battre. Pour eux, pour leurs enfants… »

Appel aux mécènes

Le Groupe A de Cassis/Lakaz A aimerait que ce projet, « où chaque parent est partie prenante », atteigne le plus grand nombre des parents fréquentant le centre. Cependant, en tant qu’ONG, les finances sont maigres. « Nous lançons donc un appel à la solidarité mauricienne. S’il y a des mécènes et des donateurs qui souhaitent appuyer ce projet, et donner la chance à d’autres parents de toxicomanes de sortir de leur enfer, ils sont tous les bienvenus. »
Ragini Rungen précise : « Il ne s’agit pas absolument d’aller à Rodrigues. D’autres projets peuvent être réalisés, avec, comme point essentiel, de libérer ces parents de leur vie empreinte de souffrances. » Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec Lakaz A (5763-9070).

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La malchance d’Eileen…

C’est par elle que tout a commencé. « En avril 2025, je reçois cette maman d’un certain âge, que nous nommerons Eileen. Elle est traumatisée quand elle découvre que son fils unique – trentenaire – est esclave des drogues. Et surtout, que cet enfant à qui elle avait donné toute sa confiance, lui laissant le soin de gérer son compte bancaire, avait tout dépensé. Toutes ses maigres économies, qui s’élevaient à Rs 250 000, ce fils avait tout fini. Eileen n’en revenait pas; elle était désespérée. Li ti anvi fini ek lavi… »
Le choc a été énorme. « Eileen, son mari et son fils composent une petite famille unie et très cultivée. Ce sont des parents qui ont inculqué les bonnes manières et pratiques à leur fils. De découvrir qu’il était toxicomane a totalement chamboulé leur vie. »
Ragini Rungen écoutait la maman désespérée et lui prodiguait des conseils, tout en la rassurant, comme les encadreurs de Lakaz A et elle le font régulièrement. « Pendant que je lui parlais, l’idée m’a frappée, comme ça, spontanément. Ce n’était même pas un projet, pas à ce moment-là. Je lui ai dit : “Eileen, ti pou serye nou ale, ou kit sa lakaz-la enn de zour… Nou ale Rodrig, nou bliye tou !” D’un coup, son visage s’est éclairé, tel un enfant qui reçoit un jouet ! Monn gayn extra kouraz a partir dela. »
Et même si l’idée lui paraissait farfelue et irréalisable, elle se dit : pourquoi ne pas essayer ? « Après le départ d’Eileen, avec d’autres collègues, j’ai partagé mon sentiment. Nous en avons discuté à plusieurs reprises. » Et de fil en aiguille, les parents et toute la grande famille du Groupe A de Cassis/Lakaz A ont adhéré au projet.
« Au fur et à mesure que le projet se concrétisait, nous donnions à Eileen un soin particulier, vu la précarité de sa situation. Par exemple, nous lui avons expliqué comment cacher ses économies loin des yeux de son fils. Nous l’avons aidée à aller à la banque pour avoir une carte bancaire, qu’elle devait bien garder en sécurité et ne jamais laisser son fils qu’elle la détenait. » Hélas, quand est arrivé le moment de finaliser les démarches pour le voyage de février 2026, le mari d’Eileen est tombé malade. « Elle est venue nous apprendre la triste nouvelle, le coeur gros, nous disant qu’elle n’allait pas pouvoir être des nôtres. »
Ragini Rungen explique : « Ça m’a fait très mal qu’elle ne puisse faire partie du groupe. C’est par elle que tout a commencé, et si je veux surtout voir certains de ces parents participer à ce projet, elle fait partie de ceux qui méritent pleinement de couper les ponts. »
Eileen avait mis de côté l’argent nécessaire pour payer son billet, mais elle ne pourra donc être aux côtés de ses amies le 12 à l’aéroport…

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