La Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP) tire la sonnette d’alarme sur la situation de l’emploi des travailleurs mauriciens. « De moins en moins d’opportunités d’emploi s’ouvrent aux Mauriciens, car ils sont devenus incapables d’entrer en compétition avec les travailleurs étrangers », a déclaré hier le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo.
Pour lui, trois options seulement semblent aujourd’hui s’offrir aux travailleurs mauriciens : quitter le pays pour chercher des débouchés à l’étranger, devenir marchands ambulants au risque d’être harcelés par la police, ou basculer dans la criminalité — « ou encore devenir jockey pour gagner entre Rs 1 500 et Rs 2 000 par jour ». Une situation qu’il qualifie de dramatique. « Voilà le sort désormais réservé aux travailleurs mauriciens, parce que les décideurs politiques ont, depuis longtemps, choisi de privilégier la surexploitation des travailleurs étrangers », a-t-il dénoncé.
Reeaz Chuttoo dit avoir été « choqué » par la déclaration du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, annonçant le recrutement de 1 000 travailleurs étrangers dans les secteurs sucre et hors sucre. « Ces travailleurs étrangers seront logés dans les dortoirs du Metro-Express à Petite-Rivière. Qui sera leur employeur ? Nous n’avons aucune réponse. Qui garantira leur sécurité, alors que le secteur agricole est fortement exposé à des produits chimiques comme les pesticides et les herbicides ? Ne sommes-nous pas en train de retourner à l’époque des coolies ? » s’est-il interrogé.
La CTSP déplore également avoir été conviée à une réunion avec des officiers des ministères du Travail, de l’Agro-Industrie et de la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), sans la présence des représentants des travailleurs. « En procédant ainsi, nous violons clairement les conventions de l’Organisation internationale du Travail sur le tripartisme et la négociation collective. Nous glissons vers des pratiques assimilables au trafic humain et au vol de salaire (Wage Theft) », a avancé le président.
Il estime que la suppression des quotas pour l’embauche de travailleurs étrangers privera davantage les jeunes Mauriciens d’emplois. « Où sont passés les représentants du gouvernement qui avaient participé à des manifestations pour la réintroduction des quotas ? Je pense notamment au ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron. L’heure est grave. Il faut accorder la priorité d’embauche aux Mauriciens dans le secteur agricole, via la MCIA », s’insurge-t-il.
Pour la CTSP, la solution est claire : « nous ne pouvons pas favoriser un système capitaliste barbare où le profit passe avant la considération humaine. Si le gouvernement adopte une loi permettant de recruter et de louer des travailleurs étrangers, nous la contesterons devant la Cour suprême et saisirons les Nations unies. Nous ne permettrons pas que les enfants mauriciens soient contraints de quitter le pays sous prétexte qu’ils ne veulent pas travailler. C’est un mensonge. Il faut du travail et un salaire décent pour les Mauriciens. »
Évoquant l’appel du Premier ministre, Navin Ramgoolam, aux lauréats pour qu’ils rentrent au pays, Reeaz Chuttoo s’est montré sceptique. « Si j’étais à la place d’un lauréat, je lui demanderais quelle garantie j’ai de toucher un salaire décent à la hauteur de mes qualifications », s’interroge-t-il.
La secrétaire générale de la CTSP, Jane Raggoo, abonde dans le même sens. Elle estime qu’aujourd’hui « nous déroulons le tapis rouge aux travailleurs étrangers, alors que les ouvrières mauriciennes ne disposent même pas d’équipements adéquats dans certaines usines de transformation de thon. Nous favorisons l’embauche de travailleurs étrangers alors que 57 % des femmes font face au chômage », a-t-elle souligné.
Elle dénonce également l’absence de cadre légal protégeant les éboueurs. « Cela fait 13 ans que la CTSP réclame la publication de règlements pour protéger ces travailleurs exposés à de multiples dangers pour leur santé et leur sécurité », dit-elle. Elle a aussi évoqué la situation des femmes employées comme agentes de sécurité ou dans le secteur pré-primaire. Les syndicats ont jusqu’au 11 mars pour soumettre leurs propositions au National Remuneration Board (NRB) afin d’améliorer leurs conditions d’emploi.« Ce serait un recul pour les femmes. Il faut introduire une loi-cadre », a-t-elle insisté, annonçant l’organisation d’une mobilisation le samedi 7 mars à Rose-Hill, dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes.
De son côté, Shayn Sinasammy, membre de l’aile jeune de la CTSP, s’est élevé contre les conditions d’embauche des travailleurs étrangers par l’Economic Development Board (EDB).

