Point et interrogation : Un pavé dans la mare à l’heure des célébrations

Le rituel de la proclamation des résultats de fin d’études secondaires est resté invariablement le même. Certes, l’écho des célébrations des lauréats, avec le nombre frisant la barre des 50, contre quatre il y a plus d’un demi-siècle, a connu un plus grand effet amplificateur. C’est évident que tout succès, fruit d’efforts personnels, des fois dans des circonstances personnelles dépassant l’entendement, doit faire l’objet de reconnaissance légitime.

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Les félicitations et célébrations constituent un signe d’encouragement pour ceux et celles qui ont réussi. Mais aussi un signe que tout n’est pas perdu pour ceux qui doivent redoubler d’application. L’expression Resit ne fait pas partie du dictionnaire depuis 1872 pour rien. Les spécialistes, qui ont chaperonné les Assises de l’Éducation, doivent aujourd’hui impérativement revoir leur copie du Blueprint du projet de réforme. Et cela à la demande de l’Awarding Body qu’est le conseil des ministres.

Ce rituel immuable se résume à l’apposition de la signature du chef du gouvernement dans le dossier, validant les noms des bénéficiaires des bourses d’État. Une formalité. Ensuite, la parade du ministre de tutelle, qu’il soit rouge ou orange, mauve ou bleu, mettant en avant le taux de réussite aux examens de Higher School Certificate (HSC) et tentant de justifier qu’il y a progrès. Comme pour l’édition de novembre 2025, où le taux est de 78,98 %, soit même pas un point symbolique de plus que pour la précédente.

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Huit candidats inscrits à ces examens sur dix auront leurs certificats. Le chiffre de nouveaux détenteurs de Higher School Certificate (HSC) au sein de la République est de 4 576. Statistiques officielles du Mauritius Examinations Syndicate, qui presque après une quarantaine d’années d’existence, continue à se contenter de la tutelle coloniale de Cambridge Examinations Syndicate.

Mais si les autorités décident de ne plus se voiler la face et d’aller au-delà des 4 576 nouveaux HSC Holders sur les 5 794 candidats inscrits, ce pavé ainsi jeté dans la mare de l’éducation éclaboussera plus d’un d’eux et mettra à nu les dégâts sournois de cette poursuite de l’élitisme dans l’éducation, le principal levier de l’ascenseur social de l’île Maurice post-indépendance.

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Ces 5 794 jeunes, ayant franchi les critères pour se faire admettre en HSC il y a deux ans, font partie d’une cohorte d’élèves qui avaient fait la transition du primaire au secondaire en 2018 au moins. Les chiffres, qui peuvent difficilement être remis en question, confirment que 15 892 enfants avaient pris part aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) à la fin de 2018.

De ce nombre global à la fin du cycle primaire, 12 518 parviendront à poursuivre leur scolarité au secondaire alors que pour le rendez-vous crucial des examens de School Certificate de novembre 2023, ils ne seront que 12 919, redoublants inclus, à être en lice pour les épreuves académiques. Déjà, un premier écrémage élitiste, intervenant au cours de ces cinq premières années au secondaire, aura pour conséquence que quelque 6 000 adolescents sont portés manquants dans les registres de l’Éducation.

À ces chiffres déjà alarmants viendront se greffer 3 397 candidats qui n’auront pas réussi les minima pour décrocher un SC. Toutefois, la fin complète du cycle secondaire se présente avec un bilan extrêmement difficile à mettre au crédit d’une République de Maurice qui veut s’imposer comme un acteur incontournable sur tous les fronts.

Avec deux jeunes sur trois laissés en bordure de route après un parcours d’éducation de sept ans, la colonne des passifs est beaucoup plus lourde que celle des actifs pour faire de la place à des célébrations. Comme l’éducation est à la base de tout épanouissement, ces célèbres strophes du regretté Kaya :

« Mopep to rasinn pe brile

Amize aster

Taler to pou soufer »

doivent servir plus qu’à une mise en garde pour la République de Maurice à la veille des prochaines fêtes nationales.

Puisqu’il est encore question de pavé dans la mare, le score de Maurice dans la dernière édition de l’indice de la perception de la corruption de Transparency International est étourdissant. Maurice est descendue sous la barre de 50 %. Et comment ne pas s’interroger devant cette injonction sans fard : « la lutte contre la corruption ne relève ni d’un exercice de communication ni d’un débat partisan. Elle touche directement à la capacité du pays à se développer durablement, à protéger l’intérêt général et à offrir aux générations futures un État fondé sur la confiance, l’équité et la responsabilité. Il est donc essentiel de dépasser les réponses ponctuelles et d’engager des réformes structurelles, fondées sur la transparence, la participation et une volonté politique claire de lutter contre la corruption sous toutes ses formes, notamment en adoptant des lois relatives au financement des partis politiques, à l’accès à l’information et à la protection des lanceurs d’alerte. »

Les retombées du pavé dans la mare ne choisissent nullement leur cible et surtout n’épargneront pas l’intégrité républicaine…

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