Port-Louis est la région affichant la plus forte prévalence de patients vivant avec le VIH à Maurice. L’hôpital Jeetoo demeure, toutefois, l’unique établissement hospitalier, qui n’abrite pas, dans son Compound, une unité consacrée aux Personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Pour pallier ce manque, une équipe du ministère de la Santé planche depuis le dernier trimestre de l’année dernière sur ce projet. Le 1er décembre, dans le cadre de la World AIDS Day, Anil Bachoo, ministre de la Santé, évoquait officiellement, la concrétisation de ce projet. Pourtant, deux mois et demi plus tard, les locaux identifiés à l’hôpital Jeetoo n’ont toujours pas accueilli ni patients ni personnel.
Raison invoquée : « un haut cadre de l’hôpital pe met baton dan larou ! Il ne veut pas céder l’espace identifié qui a déjà été aménagé. »
Des médecins et techniciens du ministère, qui optent pour l’anonymat affirment que : « la résistance de ce haut cadre complique la donne et soulève de sérieuses préoccupations. » Cette situation est d’autant plus grave parce que, « jusqu’à présent, ces services sont dispensés dans un bâtiment loué, se trouvant à la rue Volcy Pougnet. Mais le propriétaire a obtenu gain de cause en justice pour reprendre possession des lieux. De fait, un Eviction Order a été émis et le personnel doit intégrer les locaux identifiés à l’hôpital Jeetoo au plus vite.»
Soutien de Bachoo
Ceux qui soutiennent ce projet justifient que : « les éléments requis sont réunis à l’hôpital : l’accessibilité facile, les soins multiples – généraliste, radiologue, dermatologue, autres spécialistes, soins supplémentaires, suivis intégrés … Et surtout, côté discrimination, le fait que l’unité se trouve dans l’enceinte de l’hôpital protège les PVVIH car ils sont des patients comme les autres qui viennent pour des soins ! » Lorsque des décisions administratives tardent à être appliquées malgré l’urgence sanitaire, notent encore ces mêmes sources, une question fondamentale s’impose : que se passe-t-il lorsque la discrimination, implicite ou structurelle, semble venir des plus hauts niveaux de responsabilité ?
La perte de vue de nombreux patients, fréquemment décriée par les travailleurs sociaux, retiennent ces médecins, est souvent causée par de telles situations avec des risques de propagation non-contrôlée. Ces sources affirment que « cette situation appelle à une réflexion urgente des autorités compétentes afin de garantir que l’accès équitable aux soins pour les patients vivant avec le VIH soit pleinement assuré, sans retard ni résistance administrative, conformément aux engagements de Maurice en matière de santé publique et de droits humains. »
HT
Nicolas Ritter
« Un projet Long Overdue qui se concrétise »
Sollicité pour une réaction au sujet de l’unité des soins destiné aux PVVIH à l’hôpital Jeetoo, Nicolas Ritter, figure emblématique dans la lutte contre le Sida à Maurice, dit «saluer ce projet, Long Overdue, certes. Mais qui vient enfin répondre aux attentes, multiples et énormes, d’une large frange des patients vivant avec le virus VIH. Avec le soutien de la société civile et les ONG militant dans ce secteur, nous sommes toujours présents pour travailler ensemble, dans le but principal du respect des droits de chacun. »

