Que représente pour vous le PTr après 90 ans d’existence ?
Le PTr n’est pas un simple parti politique; c’est une colonne vertébrale de notre démocratie. Depuis plus de 90 ans, il porte la voix de ceux qui n’avaient pas de voix. Il est né dans la lutte sociale, dans la défense des travailleurs, dans la résistance à l’injustice. Et cette mission n’a jamais changé.
Nous parlons parfois de « parti familial », mais les faits disent autre chose. Depuis sa création, le PTr a connu six leaders différents. Cela s’appelle une tradition démocratique, pas une transmission automatique. Le Dr Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Guy Rozemont, sir Seewoosagur Ramgoolam, sir Satcam Boolell, Navin Ramgoolam… Chacun a porté une époque, chacun a été légitimé par un combat politique.
Porter aujourd’hui le nom d’Anquetil ne me donne ainsi aucun privilège, mais m’impose une exigence, celle de rester fidèle à l’esprit fondateur – justice sociale, dignité et courage. Il n’y a donc pas de hasard si, aujourd’hui, je suis députée aux côtés du ministre Arvin Boolell, fils de sir Satcam Boolell, continuant ainsi à servir le parti et ses valeurs.
Votre souvenir le plus marquant ?
Le 6 février 2015. L’arrestation orchestrée du Dr Navin Ramgoolam a été un choc, un moment de douleur collective pour les travaillistes. Mais c’était aussi un moment révélateur. Le régime d’alors a voulu affaiblir un homme, a voulu effacer une voix. Pourtant, l’histoire a montré que la légitimité populaire ne s’éteint pas sous la pression. Aujourd’hui, le Dr Ramgoolam est revenu au sommet de l’État. Le verdict populaire a été sans appel.
Et sur un plan plus historique, je pense à Emmanuel Anquetil, déporté de force à Rodrigues sans procès par le gouvernement colonial de l’époque. Cette injustice rappelle que le Ptr est né dans la résistance. Ce n’est pas un parti de confort; c’est un parti de combat.
Selon vous, quelles sont les plus grandes victoires historiques du Ptr ?
L’indépendance évidemment, sous la conduite de sir Seewoosagur Ramgoolam. C’est un tournant majeur.
Mais la victoire la plus durable du Ptr, c’est l’État social mauricien : l’éducation accessible à tous, la santé comme droit, la protection des travailleurs… Le Ptr n’a pas seulement hissé un drapeau, il a changé la trajectoire d’un peuple.
Quelles sont les réalisations les plus marquantes du parti ?
Chaque réforme qui a amélioré concrètement la vie des Mauriciens : les droits des travailleurs, la démocratisation de l’éducation, le renforcement de l’État-providence… Le PTr a toujours fait un choix clair, celui de placer l’humain avant les intérêts. C’est cela qui fait sa crédibilité historique.
Comment jugez-vous l’évolution du parti depuis ses débuts ? Le PTr est-il resté fidèle à son combat pour la justice sociale ?
Oui, et il doit continuer à l’être. Son ADN reste intact : la justice sociale, l’égalité des chances et la solidarité envers les plus vulnérables. Les contextes politiques, économiques et sociaux se transforment, les défis se renouvellent, mais le PTr n’a jamais dévié de son cap, à savoir de construire une société plus équitable où chaque Mauricien peut aspirer à une vie digne et pleine d’opportunités.
La justice sociale n’est pas un concept du passé. Elle est une urgence actuelle. Aujourd’hui, cela signifie défendre le pouvoir d’achat, garantir des opportunités aux jeunes, lutter contre les inégalités, renforcer la transparence. Être fidèle, ce n’est pas être figé; c’est évoluer sans trahir ses principes.
Quel message souhaitez-vous transmettre à la jeune génération militante ?
Je leur dis : « Engagez-vous ! Mais engagez-vous avec intégrité… » La politique n’est pas un slogan, c’est une responsabilité. Elle demande du courage, de la constance et de l’éthique. Je me suis engagée très jeune, et je peux témoigner d’une chose : dans notre parti, on peut débattre, dans nos instances ou au Parlement, poser des questions, même les plus dérangeantes, sans filtre, sans restriction. Cette culture démocratique est une force. La jeunesse ne doit pas attendre son tour; elle doit prendre sa place.
En tant que femme et travailliste, qu’est-ce qui vous rend la plus fière ?
Je suis profondément fière d’appartenir à un parti qui a ouvert la voie aux femmes, leur permettant d’accéder à des responsabilités, de prendre des décisions et de faire entendre leur voix dans l’espace public. Je suis fière d’avoir obtenu 29 398 votes aux dernières élections – un record pour une femme depuis 1967. Ce chiffre ne parle pas seulement de moi, mais d’une évolution. Il dit que les femmes ne sont plus périphériques en politique.
Être femme en politique, c’est parfois devoir prouver davantage. Mais c’est aussi apporter une autre sensibilité, une autre écoute. Être travailliste, pour moi, c’est incarner ces idéaux tout en ouvrant la voie à d’autres femmes afin que chacune puisse contribuer pleinement au destin de notre pays. Et je continuerai à défendre les femmes, les enfants et les familles avec la même passion et la même détermination qui m’ont guidée depuis le début de mon engagement politique.
Quels défis le parti doit-il relever dans le contexte actuel mauricien ?
Le pouvoir d’achat, les inégalités, l’emploi des jeunes, la confiance dans les institutions… Le PTr doit également intégrer pleinement la justice environnementale dans son combat social. La politique moderne exige cohérence et vision.
Comment voyez-vous l’avenir du PTr pour les dix prochaines années ?
Dans dix ans, le Ptr aura 100 ans. Un siècle de luttes, un siècle de résilience. Je vois un parti renouvelé, audacieux, plus ouvert aux jeunes et aux femmes, mais aussi fidèle à son âme. Le centenaire ne sera pas une célébration nostalgique, mais la preuve qu’un parti né pour défendre les travailleurs reste indispensable pour construire l’avenir. Tant qu’il y aura des injustices, le PTr aura sa raison d’être.

