ENQUÊTE JUDICIAIRE | Mort suspecte de John Martingale à la prison : Des contradictions émaillent la déposition du Prison Officer Ghoorah

L’enquête judiciaire concernant la mort suspecte de John Mick Martingale en cellule à la prison centrale de Beau-Bassin, ordonnée par le Directeur des poursuites publiques (DPP) sous la section 111 de la District and Intermediate Courts Act (DICA), a été appelée de nouveau hier devant le magistrat Denis Jonathan Vellien, siégeant en Cour de district de Rose-Hill. John Mick Martingale avait été arrêté le 29 octobre 2022 au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. Écroué à la prison centrale de Beau-Bassin sous une charge provisoire d’importation de drogue, il avait été retrouvé pendu dans sa cellule le 8 septembre 2024 aux petites heures du matin. Il était âgé de 32 ans.

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Une contre-autopsie, pratiquée par le Dr Sipho Mfolozi, médecin légiste sud-africain dont les services ont été retenus par la famille Martingale, indique que le détenu a été sauvagement agressé et est mort asphyxié par l’obstruction de ses voies respiratoires et par la compression de son cou. Le DPP avait alors ordonné la présente enquête judiciaire après avoir pris connaissance du rapport du Dr Mfolozi.

La séance d’hier s’est poursuivie avec l’interrogatoire du garde-chiourme Kritish Ghoorah, 24 ans, par Me Ricky Bhookhun, représentant du DPP. Ce gardien était de service dans la nuit du 7 au 8 septembre 2024 au Block B, où se trouvait la cellule 71 occupée par Martingale. Selon le gardien, après la fouille dans la cellule de la victime, au-delà de 20h et qui avait duré une dizaine de minutes, il était ensuite retourné au mess des gardiens.
Vers 1h30 du matin, l’Assistant Superintendent of Prisons (ASP) Ramtoolah était venu au mess et avait informé les gardiens qui s’y trouvaient que Martingale s’était pendu. Kritish Ghoorah avait ensuite été placé comme sentinelle devant la cellule 71. Plus tard, vers 4h ou 5 h du matin, un médecin affecté à la prison, le Dr Gopaul, s’était rendu dans la cellule en question, accompagné d’un infirmier, tandis que le Prison Officer Ghoorah était resté à l’extérieur de la cellule. L’examen réalisé par le Dr Gopaul avait duré une vingtaine de minutes.

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Me Bhookhun (RB) : Vous avez regardé à l’intérieur de la cellule ?
Kritish Ghoora (KG) : Non.
RB : Je cite ce que vous avez dit dans votre Statement à la police, en date du 13 septembre 2024 : « Monn trouv deteni Martingale inn met pandi avek enn dra otour so likou. » Qu’avez-vous à dire ?
KG : Oui, je l’avais vu qui s’était pendu. C’était quand j’étais posté comme sentinelle devant cette cellule.

Me Bhookhun est ensuite revenu sur la fouille dans la cellule 71, organisée dans le but de saisir le portable qui se trouvait en possession du détenu.
RB : À part le détenu, combien de personnes pouvaient prendre place dans cette cellule ?
KG : Cinq ou six personnes.
RB : Quand le gardien Constant était entré dans la cellule, il a dit au détenu : « Donn mwa sa telefonn-la », c’est ça ?
KG : Oui.
RB : Le détenu n’avait pas opposé de résistance ?
KG : Non.
RB : Ce n’est pas ce que vous avez dit dans votre Statement : « Sa ler-la, deteni Martingale ti deboute. Constant dir li : “Donn mwa telefon-la !”. Nounn fini gagn informasion ki ena enn telefonn.» Deteni Martingale inn dir : « Telefonn pa ar mwa, mo finn zet li lor tol. Lerla, gardien Vythilinga inn dir li : « Pena okenn tol deor. » Qu’avez-vous à dire ?
KG : …
RB : Voilà ce que vous avez dit en cour la dernière fois : « Martingale inn kass telefonn-la, lerla linn donn li. » Ce qui est en contradiction avec ce que vous avez dit dans votre Statement.
KG : Quand vous avez relu ce que j’ai dit dans mon Statement, je me suis souvenu.
RB : Vous vous souvenez avoir dit : « Li ti zet telefonn-la lor tol ? »
KG : Je ne me rappelle pas.

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Me Bhookhun a ensuite confronté le gardien aux Statements des détenus qui étaient dans les cellules adjacentes à celle de Martingale.
RB : Je vous vous lire un extrait du Statement de H., un détenu qui se trouvait dans la cellule à côté de celle de Martingale : « Mo fin tann diskite a linterier. » Est-ce quand le détenu Martingale vous avait expliqué qu’il avait jeté son portable « lor tol » cela a créé une dispute ?
KG : Non.

L’avocat du Parquet a ensuite donné lecture des extraits de la déposition d’un autre détenu, C., qui se trouvait dans la cellule 72, à côté de celle de Martingale : « Mo trouv bann-la finn ouver laport kaso John, ek mo finn tann tapaz a linterier kaso. ».
RB : Vous êtes d’accord qu’il y avait du bruit ?
KG : Non, je ne suis pas d’accord qu’il y avait du bruit. Tout le monde parlait calmement.
RB : Le détenu C. affirme dans son Statement qu’il avait entendu la conversation entre le détenu H. et Martingale en ces termes : « John dir H. ki gard finn dir li ki li pou al La Bastille ek sa. Sa ler la, li ti pe plore. » Est-ce vrai de dire que vous-même ou d’autres gardiens aviez dit à Martingale que vu qu’il avait un portable en sa possession, on allait le transférer à La Bastille ?
KG : Non.

Me Bhookhun a ensuite cité le Statement d’un troisième détenu dont la cellule se trouvait en face de celle de Martingale : « Mo tann gard prizon dimann John kot portab-la ete. John finn dir pena portab. Bann-la finn kontinie diskite pandan 5 a 10 minit. ».
RB : Ces détenus offrent une version différente de celle de la vôtre.
KG : …
RB : La dernière fois que vous avez vu Martingale, avez-vous vu des blessures sur les parties visibles de son corps, comme son visage, ses bras ou ses jambes ?
KG : Non.
RB : Je vous montre des photos prises par le photographe de la police. Ces photos ont été prises le 8 septembre 2024 vers 6h45 du matin.
(Des photos sont montrées au témoin.)
RB : Vous voyez des blessures sur lui ?
KG : Non.
RB : Le Deputy Commissioner of Prisons Hanumanthadu était-il venu jeter un coup d’œil dans la cellule ?
KG : Non.

Le DCP Hanumanthadu impliqué ?

Selon le gardien Ghoorah, deux officiers du poste de police de Barkly étaient ensuite venus, et il avait consigné un premier Statement à la guérite de la prison vers 6h du matin.
RB : Quand vous êtes descendu pour consigner votre Statement, des collègues vous ont dit quoi dire aux enquêteurs de la police ?
KG : Non.

Me Rama Vauden, avocat de la famille Martingale, a ensuite posé une question au témoin : « À aucun moment n’y a-t-il pas eu un briefing tenu par le DCP Hanumanthadu avec tous les gardes-chiourmes où il a été convenu de ce qu’il fallait dire ? »
KG : Non.
RB : Oubliez tout ! Une personne a perdu la vie. Sa famille est dans la tourmente. Voilà venu votre moment. Adressez-vous au magistrat. Avez-vous quelque chose à ajouter ?
KG : Je n’ai rien à ajouter. Rien de plus que ce que j’ai dit.
L’affaire reprendra le mercredi 11 mars avec l’interrogatoire du garde-chiourme Nundloll.

ME VALAYDEN, SC
« Les rapports des enquêtes judiciaires doivent être rendus publics »

À la sortie de l’audience, Me Rama Valayden, Senior Counsel, dont les services ont été retenus par des membres de la famille Martingale, réclame que plusieurs réformes soient apportées aux lois régissant les enquêtes judiciaires, notamment pour permettre aux avocats retenus par les proches des défunts de poser des questions aux témoins sans devoir avoir l’assentiment de l’avocat du Parquet. Il a aussi demandé que les rapports des magistrats après la conclusion de ces enquêtes soient rendus publics, et ce, dans un souci de transparence.

Il a ainsi fait référence à l’enquête judiciaire sur la mort de Pravind Kanakiah, dont le rapport de la magistrate de la Cour de Souillac serait en possession du DPP.

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