ENVIRONNEMENT – Rapport de la Banque mondiale : Rs 16 milliards par an pour s’adapter  au changement climatique sur 5 ans

– Baisse estimée de 6% à 11% des revenus générés par le tourisme d’ici à 2050

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Identifier les pistes pour renforcer la résilience et la croissance économique face au changement climatique. Tel est l’objectif d’une étude menée par la Banque mondiale et dont le rapport a été rendu public, hier. Ce document identifie les actions prioritaires pour un développement inclusif, la réadaptation des secteurs clés et la réduction des émissions de carbone. Pour cela, un budget de Rs 16 milliards, soit 340 millions de dollars américains, par an sera nécessaire pour les cinq prochaines années.

Le Mauritius Country Climate and Development Report constitue un outil critique pour le gouvernement, à la fois en matière d’économie et d’environnement. Le rapport indique que le changement climatique entraîne des conditions extrêmes. Maurice est directement concernée par la hausse de température, incluant celle de la mer, des inondations ou des sécheresses sévères, des cyclones intenses, la montée du niveau de la mer, ainsi que l’érosion côtière. Les secteurs économiques les plus concernés par cette situation sont le tourisme, l’économie océanique, l’énergie et l’agriculture.

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Face à cela, il est recommandé d’appliquer la règle des trois R, soit le renforcement des institutions, des compétences, du financement, notamment, pour une transformation économique résiliente. La réorientation des secteurs clés vers une économie à faible émission carbone constitue le deuxième axe ; et finalement, la réduction de l’exposition et de la vulnérabilité au changement climatique. En matière de protection sociale, cela inclut un Multi-Hazards Emergency Alert System, l’élargissement du registre social, ainsi que l’élaboration d’un Nationally Determined Contribution (NDC) Investment Plan.

Sans réaction et adaptation, le changement climatique pourrait conduire à une baisse du PIB de 2%-4%, d’ici à 2050. Le Compound Shock Scenario se présente sous forme d’une baisse de 10% du PIB en un an. D’où l’importance de réorganiser les secteurs clés. À commencer par le tourisme. L’impact du changement climatique sur le tourisme mauricien comprend une baisse de 6% à 11% des revenus d’ici à 2050. Il est ainsi recommandé de diversifier les offres et d’opter pour un tourisme plus durable et à valeur plus élevée.
Dans le secteur de l’économie bleue, le réchauffement climatique pourrait pousser les poissons vers des zones plus froides. Ce qui conduira à une baisse potentielle des prises de 25% d’ici à 2100. Pour répondre à cette situation, une réforme et des investissements dans ce secteur de même que la diversification pourrait amener à créer 25 000 emplois. Cela passe également par de nouvelles législations pour répondre aux manquements.

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Dans l’agriculture, les défis sont les suivants : faire face aux climats extrêmes, à l’érosion et à une baisse de la productivité. Il est ainsi recommandé d’investir dans des systèmes d’irrigation et d’adopter des variétés résistant à la chaleur et à la sécheresse.
En matière de ressources en eau, le constat est que les infrastructures sont inadaptées, avec une perte conséquente sur le réseau. Le tarif est également qualifié d’insuffisant. La réponse serait d’améliorer le système, être plus efficient et élaborer une nouvelle méthodologie de tarification.

L’énergie est un autre secteur clé concerné par le changement climatique.  L’objectif d’atteindre 60% d’énergies renouvelables d’ici à 2030 nécessitera des investissements conséquents, de 0,5 milliard à 1,1 milliard de USD. Cette initiative devrait permettre de réduire le coût de l’électricité de 25%, de créer environ 7 000 emplois, de réduire les importations des produits pétroliers et d’augmenter la sécurité énergétique.
Il est ainsi recommandé de préparer un Integrated Electricity Plan afin d’identifier les coûts, de finaliser et standardiser les Power Purchasing Agreements et aussi d’élaborer une nouvelle méthodologie de tarification.

En gros, il est estimé que Maurice nécessitera un budget de USD 340 millions par an sur les cinq prochaines années pour répondre aux besoins climatiques. Cela représente 1,7% du PIB par an. Le trou à combler est évalué à USD 213 millions par an. Il est suggéré que ces fonds proviennent du secteur privé local, dont le secteur bancaire, le tourisme et les assurances. Maurice reçoit également USD 90 millions (Rs 4,2 milliards) du Climate Sustainability Fund par an.

De son côté, le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a fait ressortir que le lancement du Country Climate and Development Report n’est pas un événement isolé mais fait partie de la démarche globale de Maurice face aux défis du changement climatique. « Nous avons beaucoup entendu de la vulnérabilité des Petits États Insulaires en Développement comme Maurice. Les inondations meurtrières de 2013 nous l’ont rappelé. Depuis, le pays a dû faire face à plusieurs épisodes de climats extrêmes. Janvier 2026 a été le septième janvier le plus sec depuis 30 ans avec 136 mm de pluies », a-t-il précisé.
De même, a poursuivi le ministre, une étude sur les risques côtiers datant de juin 2025 a démontré que d’ici à 2050, le niveau de la mer montera de 5 à 50 mètres, pour Maurice et Rodrigues. « Vers 2100, ce sera entre 10 m à 160 m. Ce qui implique que 19 000 constructions côtières auront disparu. Selon l’UN Framework Convention on Climate Change, l’érosion des plages entraînera également des pertes à hauteur de USD 50 millions d’ici 2050. Mais le CCDR est beaucoup plus alarmant », poursuit-il.

C’est pour cela, a indiqué Rajesh Bhagwan par ailleurs, que l’adaptation et la résilience sont devenues les piliers des politiques gouvernementales. « Les mesures d’adaptation coûtent cher. Il faut aussi, en urgence, un Paradigm Shift. C’est pour cela que ce rapport est important. Après la pandémie de Covid-19, on avait parlé de New Normal. Maintenant, nous sommes retournés à la normale, tout court. À nos habitudes, à nos conforts, à notre fragilité », regrette-t-il.

Le ministre a ainsi appelé à des actions urgentes. Il a prôné une réponse à la situation de manière stratégique en repensant notre modèle économique. « Nous ne plaidons pas seulement pour le financement climatique, mais pour un partenariat en faveur d’une transformation systémique », a-t-il fait ressortir.

DE son côté, Sjamsu Rahardja, représentant résident du groupe de la Banque mondiale à Maurice, a indiqué que ce processus a démarré il y a un an. « Le but est de permettre à Maurice de continuer de grandir en termes de développement économique, tout en faisant face aux défis du changement climatique », dit-il.

« Sans action appropriée, le changement climatique ralentira la croissance économique. C’est pour cela que le rapport présente à la fois les observations et des recommandations. Cela servira également de guide en matière d’investissement et permettra de comprendre les défis auxquels le gouvernement doit faire face en matière de fiscalité », affirme-t-il.
Présent à cette occasion, le ministre délégué aux Finances, Daneshwar Damry, a déclaré que Maurice est en adéquation avec la Banque mondiale concernant le développement. Celui-ci, a-t-il ajouté, est Citizen-Driven.

Parlant de l’investissement nécessaire, il a estimé que le gouvernement seulement ne peut à lui seul injecter 1,5% à 1,6% du PIB dans le financement climatique. D’où l’importance du partenariat, à la fois du secteur privé et des organisations philanthropiques. Il a annoncé la tenue prochaine d’un Climate Investment Forum.

« Le financement climatique est difficile. Nous ne pouvons compter uniquement sur le secteur privé local. Maurice étant un centre financier international, le pays ne peut-il pas également devenir un Climate Finance Centre pour la région », s’est-il demandé.
Le CCDR a posé un diagnostic et donné une direction. Le prochain pas important est l’élaboration du NDC 3.0 Implementation and Investment Plan. Le coût estimé pour la période 2026-50 se situe à 11,3 milliards USD.

 

 

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