– Traité de non double taxation : rien ne sera fait pour mettre en péril l’intérêt économique de Maurice
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a eu un long entretien en tête-à-tête avec son homologue indien, Narendra Modi, hier, à Hyderabad House, à New Delhi. Une rencontre à forte portée stratégique, tenue dans le cadre de l’AI Impact Summit 2026, et qui marque une nouvelle étape dans le resserrement des relations entre Maurice et l’Inde.
Il s’agissait de la troisième rencontre entre les deux dirigeants en moins d’un an, après un premier échange à Maurice en mars 2025 et un deuxième à Varanasi en septembre dernier – un signal clair de la solidité et de la régularité du dialogue au plus haut niveau.
Au cœur des discussions figurait le traité de non double imposition (Double Taxation Avoidance Agreement). À l’issue de l’entretien, Navin Ramgoolam s’est déclaré « très satisfait » des assurances données par le Premier ministre indien. CE dernier a, en effet, donné la garantie que « l’Inde ne fera rien qui soit contre l’intérêt économique de Maurice. » Une déclaration qualifiée de « grand réconfort » par le chef du gouvernement.
Cette assurance intervient dans un contexte particulier, marqué par le jugement rendu le 15 janvier dernier par la Cour suprême indienne dans l’affaire impliquant la société Tiger Global. Cette décision avait soulevé des interrogations quant à la prévisibilité du cadre fiscal, notamment en autorisant une approche dite Look-Through pour des investissements pourtant assortis de certificats de résidence fiscale (Tax Residency Certificates – TRC).
Le secteur financier mauricien avait exprimé ses préoccupations. Mauritius Finance, tout en respectant l’institution judiciaire indienne, avait estimé qu’une première analyse du jugement laissait penser que celui-ci remettait en question le fondement même du certificat de résidence fiscale délivré par une autorité compétente, en l’occurrence la Mauritius Revenue Authority.
Une telle interprétation pouvait créer une incertitude quant à la validité d’instruments fiscaux faisant autorité et affecter la sécurité ainsi que la prévisibilité du cadre fiscal. Elle semblait également reconfigurer l’interprétation établie de longue date de l’arrêt emblématique Azadi Bachao Andolan qui, pendant près de deux décennies, considérait le certificat de résidence fiscale comme déterminant. Dans ce contexte, les assurances données par New-Delhi sont perçues comme un « signal fort » en faveur de la stabilité et de la continuité du partenariat économique indo-mauricien.
Navin Ramgoolam a également annoncé avoir sollicité l’appui du Premier ministre indien afin que le câble sous-marin reliant l’Inde à d’autres destinations jusqu’aux États-Unis, annoncé lors de l’AI Impact Summit, puisse passer par Maurice si son tracé devait longer l’île. Une telle configuration serait, selon lui, bénéfique non seulement pour l’Inde et Maurice, mais aussi pour les pays tiers concernés.
Les discussions ont aussi porté sur le projet de zone économique spéciale appelée à servir de plateforme numérique pour les entreprises mauriciennes et celles de la région, notamment du continent africain. Les questions liées à la sécurité et aux investissements indiens à Maurice ont également été abordées, ces différents volets devant faire l’objet d’éclaircissements supplémentaires lors d’une conférence de presse.
Front critique de la gestion des catastrophes
Parallèlement, à l’AI Impact Summit 2026 qui se tient à New Delhi, le ministre Avinash Ramtohul est intervenu lors de la séance intitulée “AI for Resilience: Closing the Technology Adoption Gap in Disaster Risk Reduction”. Il a appelé à une approche intégrée combinant intelligence artificielle et intervention humaine pour renforcer la résilience face aux catastrophes. Il a exhorté les dirigeants mondiaux à reconnaître le cyberespace comme « un front critique de la gestion des catastrophes », avertissant que les menaces numériques peuvent être aussi destructrices que les inondations ou les cyclones.
Selon lui, la notion même de catastrophe s’est élargie : aux aléas naturels s’ajoutent désormais les cyberattaques, les rançongiciels et les défaillances d’infrastructures numériques critiques. « De telles perturbations peuvent paralyser les services d’urgence, les réseaux d’utilité publique et la sécurité publique, avec des conséquences comparables à celles d’un désastre physique », a déclaré Avinash Ramtohul.
Le ministre a ainsi plaidé pour des stratégies de gestion des risques intégrant à la fois les menaces physiques et numériques, afin d’assurer une résilience globale des États et des communautés. Il a également mis en avant le potentiel des Digital Twins – des répliques virtuelles détaillées d’infrastructures, de bâtiments ou d’espaces publics – capables de fournir aux services d’urgence un accès en temps réel aux plans structurels, aux réseaux techniques et à la localisation des personnes. Couplées à des technologies telles que l’imagerie thermique et les capteurs d’occupation, ces solutions pourraient améliorer la rapidité et la précision des interventions lors d’incendies, d’inondations ou d’autres crises.
À travers ces échanges bilatéraux de haut niveau et ces prises de position sur la gouvernance responsable de l’intelligence artificielle, Maurice réaffirme son ambition : consolider ses partenariats stratégiques tout en se positionnant comme un acteur crédible et innovant dans l’économie numérique et la gestion des risques du XXIᵉe siècle.

