Santé publique — Leptospirose : 3 décès et 9 cas enregistrés depuis janvier, prévention et suivi renforcés

•  Le chikungunya connaît une recrudescence avec 106 cas signalés depuis le début de l’année, dont 30 cas actifs
La leptospirose refait surface dans l’actualité sanitaire à Maurice. Depuis le début de l’année 2026, neuf cas ont été recensés par le ministère de la Santé, dont trois décès. Un cas actif est actuellement suivi en milieu hospitalier : il s’agit d’une femme d’une cinquantaine d’années dont l’état de santé général est jugé stable.
Si le nombre de cas de leptospirose — 8 hommes et 1 femme — depuis le début de l’année interpelle, ces chiffres demeurent inférieurs à ceux enregistrés en 2025, année au cours de laquelle 41 cas et neuf décès avaient été recensés. La situation actuelle, bien que moins sévère que l’an dernier, demeure cependant préoccupante, en particulier en période de pluies.
Selon le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim des services de santé publique, les trois décès enregistrés cette année concernaient des patients présentant des comorbidités. Toutes les victimes étaient de sexe masculin. Il rappelle que la leptospirose présente un taux de létalité compris entre 5 et 25%. Si un traitement existe, la maladie peut évoluer vers des formes graves lorsque la prise en charge est tardive ou lorsque les patients sont fragilisés par d’autres pathologies.
Une maladie bactérienne favorisée par la saison des pluies
La leptospirose est une infection bactérienne causée par une bactérie du genre Leptospira. Les rats en constituent les principaux réservoirs. La bactérie est présente dans leur urine et peut contaminer l’eau, la boue, la terre ainsi que certaines surfaces, notamment alimentaires. En environnement humide, particulièrement après de fortes pluies, elle peut survivre plusieurs jours, voire davantage, ce qui accroît le risque d’exposition.
La transmission à l’être humain survient lorsque la bactérie pénètre dans l’organisme par une plaie, une coupure, une égratignure ou par les muqueuses, notamment au niveau des yeux ou de la bouche. Le Dr Fazil Khodabocus souligne que les personnes travaillant dans les champs ou dans le jardinage,  les services de voirie, figurant parmi les groupes à risque, doivent redoubler de vigilance, en portant des gants et des bottes de protection. Il est également recommandé de laver soigneusement les boîtes de conserve, les canettes et tout autre contenant après achat. Les poubelles doivent être correctement couvertes afin de ne pas attirer les rongeurs, et les déchets alimentaires éliminés sans délai.
La saison des pluies constitue un facteur aggravant. Les eaux stagnantes, les inondations ponctuelles et l’accumulation de déchets favorisent la prolifération des rongeurs et la dispersion de la bactérie. Dans ces conditions, un contact avec de l’eau contaminée peut suffire à provoquer l’infection si la peau présente une lésion, même minime.
Symptômes et prise en charge
Les manifestations cliniques de la leptospirose varient. Les formes initiales se traduisent généralement par une forte fièvre, des douleurs musculaires, des maux de tête et une fatigue intense. Ce qui peut ressembler à des symptômes de chikungunya et de dengue. D’où la nécessité d’avoir l’historique des patients pour savoir ce avec quoi ils ont pu être en contact. Dans les cas sévères, la leptospirose peut entraîner une atteinte hépatique provoquant une hépatite, l’apparition d’une jaunisse ainsi que des complications rénales nécessitant une hospitalisation. Certaines formes graves peuvent également affecter les poumons et provoquer des hémorragies.
La rapidité du diagnostic et de la prise en charge est déterminante. Le traitement repose principalement sur l’administration d’antibiotiques, efficaces lorsqu’ils sont prescrits précocement. Un retard de consultation peut favoriser l’aggravation de la maladie, en particulier chez les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques.
Mise en place d’un comité de suivi
À la suite des cas récents enregistrés, le GM a annoncé la création d’un comité de suivi et de coordination. Présidé par le ministre de la Santé, il regroupe des représentants du ministère de l’Environnement, celui de l’Agro-industrie, des Collectivités locales ainsi que des autorités locales. Ce comité a pour mission de veiller à la mise en œuvre de mesures adéquates pour renforcer la lutte contre les rongeurs, considérés comme vecteurs de la maladie. Demain, lundi, le comité multisectoriel doit tenir une réunion et passer en revue la situation.
Avec neuf cas et trois décès depuis janvier, la situation ne constitue pas une flambée comparable à celle observée en 2025, mais elle maintient les autorités sanitaires en alerte.
Recrudescence du chikungunya
Parallèlement, le chikungunya connaît une recrudescence préoccupante avec 106 cas signalés depuis le début de l’année, dont 30 cas actifs, incluant les quatre diagnostiqués vendredi dernier. Neuf nouveaux cas avaient été recensés jeudi, après les quinze cas signalés la veille. L’an dernier, les premiers cas de chikungunya avaient été enregistrés à la mi-mars, avec un total d’environ 1 500 cas jusqu’au 9 octobre, avant le signalement d’un cas à Roches Brunes à la mi-décembre.
Selon les autorités sanitaires, les principaux foyers actuels se situent dans les régions de Stanley, Plaisance, Roches Brunes, Mont Roches et Camp Levieux, bien que d’autres zones aient également été touchées. La situation demeure sous étroite surveillance, et la population est invitée à observer scrupuleusement les mesures de prévention, notamment en cette période d’humidité propice à la prolifération des moustiques vecteurs.

EN CONTINU
éditions numériques