Climat : Maurice entame 2026 sous le signe d’une sécheresse lente, mais durable

• Avec 136 mm de précipitations, soit seulement 48% de la moyenne climatique, le mois de janvier 2026 devient le 7ème janvier le plus sec des 30 dernières années
Le mois de janvier 2026 ne restera pas comme un simple épisode météorologique atypique. Les données officielles des services météorologiques indiquent qu’il s’inscrit dans une évolution plus profonde du régime climatique régional. Avec 136 mm de précipitations, soit seulement 48% de la moyenne climatique, le mois devient le 7ème janvier le plus sec des 30 dernières années
La situation a été particulièrement marquée dans l’Ouest, où 22 mm seulement ont été relevés, à peine 11% de la normale. Rodrigues a également connu un déficit généralisé, tandis qu’Agaléga a paradoxalement enregistré des conditions humides.
Cette distribution spatiale n’est pas inhabituelle pour les météorologues. Elle correspond à un régime atmosphérique dominé par des hautes pressions subtropicales, qui limitent la convection sur Maurice tout en permettant des remontées d’humidité plus au nord. Autrement dit, la région n’a pas manqué d’air humide ; elle a manqué des mécanismes dynamiques permettant sa transformation en pluie. Ce type de configuration caractérise davantage un changement de circulation qu’une anomalie ponctuelle.
Les températures confirment cette lecture. Les moyennes restent proches des normales saisonnières, mais avec un signal climatique révélateur : les nuits tendent à devenir légèrement plus chaudes, tandis que les maximales demeurent modérées. Ce profil correspond aux premiers stades d’un assèchement durable des sols. Une hausse modeste des températures nocturnes suffit, en effet, à accroître l’évapotranspiration, réduisant progressivement la réserve hydrique, même en l’absence de canicule.
Entre 75 et 85% des valeurs habituelles
Surtout, les projections saisonnières prolongent cette tendance. Pour février, mars et avril 2026, les précipitations attendues restent inférieures à la normale, avec respectivement 75%, 80% et 85% des valeurs habituelles. Alors que la température moyenne devrait rester supérieure à la normale sur l’ensemble de l’île
Les indicateurs océaniques confirment ce scénario : l’océan Indien devrait rester neutre, la faible La Niña actuelle évoluer vers la neutralité, et des anomalies de pression positives devraient s’installer au-dessus du bassin. Ces configurations atmosphériques favorisent traditionnellement les étés mauriciens secs.
L’indice international de sécheresse (SPI) montre déjà le début d’un épisode sec en janvier et prévoit sa persistance durant les prochains mois. Il ne s’agit, toutefois, pas d’une sécheresse brutale mais d’une sécheresse dite structurelle : un déficit pluviométrique modéré mais prolongé, qui empêche la recharge complète des nappes et des réservoirs. Les effets se manifestent, donc, avec retard, souvent plusieurs mois après la saison des pluies.
Ainsi, le rapport météorologique ne décrit pas un événement extrême isolé, mais l’installation progressive d’un nouveau régime hydrologique. Moins de pluies régulières, davantage d’irrégularité et des nuits plus chaudes constituent une combinaison typique des régions subtropicales en réchauffement. Dans ce contexte, le risque principal n’est pas une pénurie immédiate d’eau, mais l’accumulation d’années hydrologiquement incomplètes.
Janvier 2026 apparaît alors moins comme une anomalie que comme un signal : la saison des pluies ne garantit plus systématiquement la recharge annuelle du territoire. Maurice entre dans une phase climatique où la normalité elle-même devient plus sèche.

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