– Une correspondance a été envoyée au ministre du Logement et des terres Shakeel Mohamed
L’organisation Mru2025 a adressé une correspondance officielle au ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, pour demander la proclamation en plage publique d’une portion de Pas Géométriques de 66 943 m² située à Bel Ombre, entre le C Beach Club et la plage publique existante. Cette démarche, présentée comme un « esprit de dialogue constructif et de responsabilité collective », intervient près de dix ans après l’attribution controversée de portions du littoral à des promoteurs hôteliers dans cette région du sud de l’île.
Dans sa lettre, Carina Gounden de Mru2025 rappelle que certaines décisions prises dans l’urgence sous une précédente législature avaient permis l’allocation de terrains publics pour des projets hôteliers. Parmi eux figurait notamment un projet de construction d’un hôtel cinq étoiles à Bel Ombre, approuvé, mais jamais concrétisé. Pour les auteurs de la correspondance, cette situation offre aujourd’hui « l’opportunité de corriger les abus d’une période marquée par les dérives du “festival des terres de l’État” », expression devenue emblématique des controverses foncières de l’époque.
En effet, presque dix ans après ces décisions, la portion concernée demeure inutilisée. Mru2025 souligne que cet espace « reste à l’abandon » et n’est « ni valorisé ni entretenu, hormis quelques interventions ponctuelles de volontaires. » Cette absence d’aménagement constitue, selon l’organisation, un risque sécuritaire tout en représentant un potentiel inexploité pour la collectivité.
L’organisation insiste également sur la cohérence territoriale et soutient que cette portion de littoral est directement attenante à la plage publique existante. « Rien ne justifie aujourd’hui qu’elle demeure réservée à un éventuel projet hôtelier supplémentaire, dans une région déjà largement pourvue en établissements hôteliers en bord de mer », affirme Mru2025. La proclamation de cette zone en plage publique permettrait ainsi d’assurer une continuité naturelle et sociale du littoral.
Une vulnérabilité environnementale avérée
Au-delà de la question foncière, Mru2025 met en avant les enjeux environnementaux. Le littoral de Bel Ombre est particulièrement exposé à l’érosion et aux risques d’inondation, aggravés par les constructions côtières existantes. Les hôtels présents dans la région ont dû multiplier les interventions techniques pour contenir ces phénomènes, souvent sans résultats durables. Ces travaux ont également des conséquences sur les écosystèmes marins, déjà fragilisés.
Dans ce contexte, l’organisation souligne que « les espaces littoraux encore non artificialisés revêtent une importance majeure. » Elle s’appuie notamment sur des données scientifiques, dont celles du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), qui mettent en évidence « la forte vulnérabilité du littoral de Bel Ombre à l’horizon 2050 et 2100. » Ces projections identifient cette zone comme particulièrement exposée aux risques d’érosion et de submersion marine. Pour Mru2025, ces éléments doivent guider les choix politiques. « Nous avons aujourd’hui l’opportunité et la responsabilité de faire des choix plus éclairés, fondés sur les connaissances dont nous disposons », peut-on lire dans la correspondance, qui appelle à privilégier la prudence et l’anticipation face aux effets du changement climatique.
La demande prend une dimension supplémentaire du fait du statut particulier de la région. Bel Ombre se situe au cœur de la réserve de biosphère UNESCO, dans la zone de transition définie par le programme Man and Biosphere (MAB). Ce classement implique des obligations en matière de gestion durable et de planification intégrée. Dans ce contexte, les Pas Géométriques concernés devraient, selon Mru2025, être intégrés « dans un véritable management plan, conforme aux principes du programme MAB, conciliant conservation, usages sociaux et développement local. » La proclamation en plage publique serait ainsi cohérente avec les engagements internationaux du pays en matière de préservation de la biodiversité et de gestion durable du littoral.
Un enjeu social et culturel pour les habitants
La correspondance met également en lumière la dimension sociale de cette demande. À Maurice, les plages publiques sont souvent limitées et enclavées entre des infrastructures privées. « Les plages publiques à Maurice sont aujourd’hui insuffisantes et souvent réduites à de petites portions enclavées entre des hôtels, des villas, où le public se retrouve confiné et entassé », déplore Mru2025. À Bel Ombre, le littoral constitue un espace de vie essentiel. Les familles s’y retrouvent régulièrement pour des activités sociales et culturelles. Pour de nombreux habitants, l’accès à ces espaces ouverts est une nécessité. « Beaucoup ne disposent pas de jardins ou de cours et vivent dans des conditions où l’accès à un espace ouvert, naturel et collectif est essentiel au bien-être », souligne Carina Gounden dans la lettre.
En outre, Mru2025 estime que l’extension de la plage publique pourrait également favoriser le développement local, en permettant aux habitants de valoriser leurs produits et leur savoir-faire dans un cadre respectueux de l’environnement. Au-delà du cas spécifique de Bel Ombre, Mru2025 inscrit sa demande dans une réflexion plus large sur la gestion du littoral mauricien. Elle appelle le ministre à agir pour éviter la réactivation de projets incompatibles avec les impératifs environnementaux et sociaux.
« Vous avez, en tant que ministre, la capacité d’agir dès à présent pour empêcher, freiner ou désactiver ce type de projets en gestation », affirme Mru2025, qui exprime l’espoir qu’« un gouvernement du Changement saura rectifier ces erreurs du passé et fera primer l’intérêt général ». Pour l’organisation, la proclamation de cette portion de Pas Géométriques en plage publique constituerait un signal fort. Elle permettrait de démontrer l’engagement des autorités en faveur d’une gestion durable du littoral, fondée sur la science, la transparence et la protection des biens communs.
« La rectification des erreurs ou du manque de vision du passé fait partie intégrante d’une gouvernance responsable et tournée vers l’avenir », conclut la lettre. À travers cette demande, Mru2025 appelle ainsi à préserver ce qu’elle considère comme l’un des derniers espaces naturels du littoral de Bel Ombre, au bénéfice des générations présentes et futures.
Bel Ombre : Mru2025 demande la proclamation d’une portion de Pas Géométriques en plage publique
EN CONTINU ↻

