À la municipalité de Port-Louis, hier : Échanges acerbes entre Reaz Chuttoo et la syndicaliste Veena Dholah

La conférence de presse organisée hier par la National Trade Union Confederation (NTUC), à la municipalité de Port-Louis, a été marquée par de vifs échanges entre le président de la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP), Reaz Chuttoo, et la syndicaliste Veena Dholah, présente dans la salle. La tension est montée lorsque Reaz Chuttoo a déclaré se sentir « mal à l’aise » face à la présence de membres exécutifs de Rezistans ek Alternativ. Selon lui, il est « anormal » que des représentants de ce parti assistent à une conférence dénonçant des lois jugées anti-travailleurs, notamment le report de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans.

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Il a mis en exergue que le projet de loi portant l’âge de la pension à 65 ans a été signé par un ministre issu des rangs de Rezistans ek Alternativ, en l’occurrence Ashok Subron. « Je me sens mal à l’aise. Rezistans ek Alternativ a signé ce projet de loi. C’est Ashok Subron qui l’a signé », a-t-il lancé, dans une intervention particulièrement virulente.

Veena Dholah a aussitôt répliqué, affirmant qu’elle était présente à l’invitation des organisateurs afin d’assister à une conférence portant notamment sur la question des travailleurs étrangers. Elle a souligné qu’il est de son droit d’être présente, étant membre de la NTUC. Ce à quoi, Reaz Chuttoo a répliqué « ou parti finn vann travayer. » Les échanges ont duré quelques minutes.

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Face à la montée de tension, le président de la NTUC, Narendranath Gopee, a tenté d’apaiser la situation, qualifiant les échanges de « chauds » et rappelant qu’il s’agit là de l’expression de la démocratie. Il est revenu longuement sur la réforme portant l’âge de la retraite à 65 ans. Selon lui, le gouvernement n’aurait pas dû procéder de cette manière. Il estime qu’après la levée de boucliers des syndicats, l’exécutif a mis la charrue avant les bœufs en instituant une commission sur la réforme du système de pension alors que les travailleurs se retrouvent aujourd’hui coincés.

Il n’a pas caché sa déception à l’égard d’Ashok Subron, qu’il considère comme un ancien allié. « J’ai parlé également au ministre Reza Uteem pour lui dire qu’il affirme être le défenseur des travailleurs, mais il ne dit rien au Cabinet sur la BRP, la Sunday Allowance ou la nécessité de consultations avec les syndicats », a-t-il déclaré, tout en évoquant un « double discours ».

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Le président de la NTUC s’est aussi interrogé sur le rôle du ministre du Travail et sur ce qu’il qualifie de « silence » d’Ashok Subron. Il a critiqué la lenteur du gouvernement, évoquant notamment l’absence du National Tripartite Council depuis deux ans et la non-constitution de plusieurs conseils d’administration d’organismes parapublics.

 Devanand Ramjuttun, autre membre de la NTUC, a pour sa part fait état de l’engagement du monde syndical en faveur d’un changement politique en 2024. « Je me suis engagé durant la campagne électorale de 2024 pour soutenir l’Alliance du Changement, notamment parce que Rezistans ek Alternativ d’Ashok Subron en faisait partie. Nous avons pris la parole dans des meetings, organisé des réunions dans la circonscription No 5 (Pamplemousses/Triolet) et même financé sa campagne électorale parce qu’il allait représenter la voix des travailleurs au Parlement », a-t-il affirmé.

Devanand Ramjuttun parle d’une « trahison » après l’adoption de la réforme de la BRP à 65 ans. « Pourquoi ne pas avoir dit clairement aux travailleurs qu’une fois au pouvoir, l’âge passerait à 65 ans ? Certains n’auraient peut-être pas soutenu cette alliance », a-t-il soutenu.

Il dit avoir personnellement appelé Ashok Subron pour lui demander d’assumer les critiques et même de démissionner pour devenir leader de l’opposition. « Il m’a dit qu’il allait réfléchir, mais il a finalement voté en faveur de la BRP à 65 ans », dit-il.

La secrétaire générale de la CTSP, Jane Ragoo, a dénoncé les pratiques de certains employeurs étrangers envers les travailleurs mauriciens. Elle a appelé le gouvernement à revoir les conditions de travail des femmes, notamment dans les secteurs du pré-primaire, du ramassage des ordures et de la transformation du thon.

Elle a également réclamé un encadrement plus strict du recrutement des travailleurs étrangers par l’Economic Development Board (EDB), estimant qu’il n’existe aucun contrôle effectif du ministère du Travail  sur ce type de recrutement.

De son côté, Clency Bibi, président de la General Workers Federation, a qualifié de « grave » le recrutement de travailleurs par l’EDB pour des postes polyvalents dans le secteur agricole.

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