Longtemps engagée dans la rue à travers plusieurs collectifs citoyens, Linda Lam a su imposer sa voix dans le débat public sur le plan local. Porte-parole de la plateforme Pa Tous Nou Pansion 60 ans, fondatrice des mouvements No Covid Vax For Kids & Nou Pa Bann Cobaye, Pa Tous Nou Sim Card et Pa Koupe Nou Pension 60 ans, elle s’est fait connaître par ses prises de position tranchées sur la liberté individuelle, la protection des données et la défense des droits sociaux.
Aujourd’hui, celle qui affirmait autrefois se méfier de la politique franchit un cap décisif. Après avoir décliné une première invitation, elle a finalement choisi de rejoindre le parti dirigé par Sanjeev Teeluckdarry et d’adhérer au Congrès Citoyen Mauricien, convaincue que le changement passe aussi par les institutions.
Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, ses victoires militantes, sa vision du leadership et les raisons profondes qui l’ont poussée à s’engager dans la politique active.
Comment décrivez-vous Linda Lam ?
Linda Lam était d’abord une personne timide, qui manquait de confiance en elle et avait peur de prendre la parole en public. À chaque fois, c’était un grand défi pour moi de parler avec les médias et le grand public pour faire entendre sa voix. Linda Lam est en fait une activiste qui aspire à inspirer les citoyens ordinaires, qui, avec détermination et persévérance, peuvent faire entendre notre voix jusqu’aux autorités et autres afin de remporter des victoires là où la plupart des gens disaient que c’était du gaspillage, voire une perte de temps.
Moi, j’ai toujours cru dans ce problème, tout est possible à celui qui croit. L’union fait la force. Linda Lam est d’abord une fonceuse, voire une personne qui essaie d’être courageuse, et ce n’était pas le cas quelques années de cela. Elle aime relever les défis et en même temps elle veut apporter à l’édifice de son pays pour que les gens se souviennent d’elle un jour qu’elle a œuvré pour le bien-être du pays.
Quel type de leadership aimeriez-vous voir émerger ?
Je souhaite voir un leader émerger qui soit intègre et transparent. Un leader qui agit avec honnêteté, qui lutte contre la corruption et contre le népotisme. Un leader proche et à l’écoute du peuple.
Un leader qui comprend les besoins réels de ses citoyens et qui valorise la participation citoyenne et qui prend en considération toutes les voix des citoyens, surtout ceux qui manifestent dans la rue.
Un leader qui ne fait pas la sourde oreille. Un leader qui place le bien-être du peuple et l’avenir du pays au cœur de toutes les décisions.
Penser donc à l’intérêt du peuple avant tout, mais non pas avoir une obsession pour remplir ses poches, des valises et un coffre-fort
À un certain moment donné, vous avez créé le mouvement No Covid Vax For Kids & Nou Pa Bann Cobaye. Pouvez-vous revenir sur cette étape pour nous expliquer un peu votre amertume ?
J’avais créé d’abord ce mouvement car mes enfants n’avaient pas accès à l’école. J’avais demandé de l’aide à certaines personnes pour faire évoluer la situation mais finalement je me suis retrouvé seul. C’est alors que j’ai donc décidé de prendre mon destin en main.
Il fallait que je mette sur pied un groupe collectif pour que je puisse me battre pour mes enfants. Je commence alors à parcourir les réseaux sociaux pour rechercher des parents qui n’étaient pas intéressés à faire vacciner leurs enfants. J’ai donc établi des contacts et j’ai créé en même temps un groupe WhatsApp pour des échanges d’idées.
Nous avons tenu par la suite notre première conférence de presse qui s’est révélée être un succès au point où l’ancien régime nous a écoutés et les enfants de 12 à 17 ans ont réussi à avoir accès à l’école sans un laisser-passer vaccinal. Mais malheureusement, ceux âgés de plus de 18 ans et les adultes, surtout le personnel navigant et les enseignants, ont été confrontés à la nécessité d’avoir un laissez-passer vaccinal
À ce moment-là, le groupe a créé le groupe Nou pa bann Cobayes en vue de se battre pour les adultes. Nous avons remporté quelques victoires ; les étudiants des universités et des institutions tertiaires ont réussi à avoir accès à leurs institutions. Également les employés.
Mais malheureusement, une petite minorité composée de membres du personnel navigant et d’enseignants continuait à souffrir. Nous avons continué la bataille pendant un an jusqu’à remporter la victoire. Le combat était sans relâche jusqu’à la victoire.
Je dois dire qu’avant de gagner le combat, nous étions associés à UPSEE pour tenir une conférence. Nous avons gagné la victoire pour les non-vaccinés. J’ai été contente pour le personnel navigant, qui a réussi à avoir accès à son lieu de travail sans être vacciné. Nous sommes satisfaits que les enseignants aient cessé de payer le test antigène pour avoir accès à leur travail.
C’était donc une première victoire, mais la célébration était de courte durée car tout juste après l’avènement de l’enregistrement des SIM cards.
Vous invoquez souvent le Code de Nuremberg : pourquoi cette référence est-elle centrale dans votre argumentaire ?
Je parle souvent du Code de Nuremberg parce qu’il rappelle un principe très important : le consentement libre et éclairé pour tout traitement médical. Pendant la période du Covid, beaucoup de citoyens pensaient qu’ils étaient obligés de se faire vacciner pour pouvoir travailler ou pour que leurs enfants puissent aller à l’école.
Pour moi, cette référence est importante parce qu’elle réitère le fait que la dignité, le choix et le respect de la personne doivent passer avant tout. Notre corps est notre temple, et c’est à nous de décider si nous voulons nous faire vacciner ou non.
Ce n’est pas à l’État de nous donner l’ordre de nous faire vacciner contre le Covid. Nous devons préserver le droit de choisir librement, car il y a aussi des personnes qui croient en d’autres méthodes alternatives et naturelles pour se protéger contre le Covid-19.
En résumé, le droit de choisir revient à la personne et non à l’État. Un vaccin est considéré comme un médicament, donc on ne peut pas forcer une autre personne à se faire vacciner sans son consentement.
Dans le mouvement Pa Tous Nou Sim Card, qu’est-ce qui vous semblait le plus dangereux dans le réenregistrement obligatoire ?
Dans le mouvement Pa Tous Nou Sim Card, ce qui me semblait le plus dangereux était l’obligation de réenregistrer nos cartes SIM sans véritable choix. Beaucoup de citoyens étaient inquiets pour leur vie privée et leurs données personnelles.
Nous ne savions pas où allaient ces données. Et on obligeait même les gens à faire un selfie. L’ancien régime ne donnait pas de vraies raisons pour ce réenregistrement, alors que nos cartes SIM étaient déjà enregistrées.
Il y avait un vrai risque que des hackers, ou même le gouvernement, puissent avoir accès à nos téléphones. Notre vie privée était en danger. C’est pour cela que j’ai décidé de créer le collectif Pa Tous Nou Sim Card pour défendre la liberté et la vie privée des citoyens.
Que reprochez-vous principalement à la réforme repoussant la pension universelle de 60 à 65 ans ?
La réforme repoussant la pension universelle de 60 à 65 ans n’était pas dans le programme électoral du gouvernement. Au contraire, ils avaient promis d’augmenter le montant de la pension, même de le doubler. Le peuple les a crus et aujourd’hui il se sent trahi. C’est un véritable coup de poignard dans le dos et une rupture du contrat social avec la population.
Je reproche aussi à cette réforme d’être injuste pour les travailleurs, surtout ceux qui exercent des métiers pénibles. Beaucoup de Mauriciens commencent à travailler très jeunes et arrivent déjà fatigués à 60 ans. Les obliger à travailler jusqu’à 65 ans, c’est ignorer la réalité de leur santé et de leurs conditions de vie.
Les travailleurs manuels sont physiquement épuisés, mais les employés de bureau, les enseignants et d’autres encore sont souvent mentalement fatigués, certains souffrent même de burn-out. Beaucoup ne peuvent pas continuer à travailler jusqu’à 65 ans pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Je reproche également le manque de consultation avec la population. Une décision aussi importante aurait dû faire l’objet d’un vrai dialogue national. La pension à 60 ans est un droit acquis et un soutien essentiel pour vivre dignement.
Enfin, cette réforme risque d’augmenter la précarité chez les personnes âgées. C’est pourquoi il est essentiel de se battre pour protéger la dignité et le bien-être de nos aînés.
Pensez-vous que les Mauriciens ont peur de s’exprimer publiquement ?
Oui, je pense que beaucoup de Mauriciens ont peur de s’exprimer publiquement. Certains ont peur des critiques, d’autres ont peur des représailles ou de perdre leur emploi, surtout sous l’ancien régime. Il y a aussi des personnes qui préfèrent rester silencieuses parce qu’elles pensent que leur voix ne fera pas de différence.
Mais je pense aussi que de plus en plus de Mauriciens commencent à s’exprimer librement maintenant et à défendre leurs droits. Quand la population se rassemble pour une cause juste, cela donne du courage aux autres de parler à leur tour.
Il est important que les Mauriciens puissent s’exprimer librement, sans peur, parce que la démocratie a besoin que la voix du peuple soit entendue. Mais les employés de bureau, les enseignants et d’autres encore sont souvent mentalement fatigués, certains souffrent même de burn-out.
Beaucoup ne peuvent pas continuer à travailler jusqu’à 65 ans pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Je reproche également le manque de consultation avec la population. Une décision aussi importante aurait dû faire l’objet d’un vrai dialogue national. La pension à 60 ans est un droit acquis et un soutien essentiel pour vivre dignement.
Enfin, cette réforme risque d’augmenter la précarité chez les personnes âgées. C’est pourquoi il est essentiel de se battre pour protéger la dignité et le bien-être de nos aînés.
Vous évoquez souvent le réveil des jeunes. Que leur diriez-vous aujourd’hui ?
Je dirais aux jeunes que si nous organisons des marches pacifiques ou des manifestations pour des causes justes, ils doivent venir participer. Il est important d’être solidaires et de ne pas rester insensibles. Il ne faut pas rester derrière les écrans ; il faut descendre sur le terrain et montrer son soutien. Il ne faut pas être égoïste quand il s’agit de l’avenir du pays.
Les jeunes sont l’avenir de demain. Ils ne doivent pas hésiter à s’engager, même en politique, pour apporter leur contribution à une meilleure Maurice. Ils ne doivent pas avoir peur d’exprimer leurs frustrations face aux injustices. Il est important que les jeunes s’intéressent à ce qui se passe dans le pays et passent à l’action quand il y a des injustices. Il ne faut pas rester passifs, être seulement spectateurs, se plaindre et attendre que les autres, comme les activistes, se battent à leur place. Les jeunes aussi doivent mettre la main à la pâte pour faire entendre leur voix auprès des autorités.
Vous refusiez d’entrer en politique active à un certain moment. Ce n’est plus le cas maintenant. Expliquez-nous ce changement.
C’est vrai qu’au début, je n’étais pas intéressée à entrer en politique active, parce que je trouvais que la politique était malsaine. Je voyais beaucoup de népotisme et un manque de méritocratie. Souvent, certains ne protègent que leurs proches ou leurs membres, parfois même au sein de groupes fermés.
Je trouvais cela injuste et je ne voulais pas faire partie de ce système. Quand Sanjeev Teeluckdarry m’a proposé l’année dernière de rejoindre son nouveau parti politique, j’ai d’abord refusé. Mais un jour, il m’a dit que nous ne serions pas là éternellement et qu’il voulait laisser un héritage pour les jeunes. Ça m’a vraiment touchée.
Il voulait créer une nouvelle structure pour les générations futures, où chaque jeune aurait une chance égale de s’engager en politique. Cela a créé un déclic en moi. Après mûre réflexion, j’ai décidé de m’engager en politique active.
Pour moi, c’est une façon de participer aux prises de décision pour l’avenir du pays. Rester seulement sur le terrain est important, mais entrer en politique permet d’atteindre un autre niveau, notamment en participant aux décisions et aux votes au Parlement. C’est une évolution personnelle pour moi et une façon d’apporter ma contribution à l’avenir du pays.
Je pense aussi qu’il est important de convaincre la population de ne pas voter uniquement pour les grands partis traditionnels, parce qu’au final il n’y a pas de vrai changement. Ce sont souvent les mêmes pratiques : bonnet blanc, blanc bonnet. Seuls les noms changent, mais le système reste le même. Trop souvent, ils ne travaillent pas pour les petits citoyens et la classe moyenne, mais plutôt pour les plus riches.
C’est pour cela qu’il est important de donner une chance à un nouveau parti comme le Congrès Citoyen Mauricien, qui veut travailler dans l’intérêt du bien-être de la population et apporter un véritable changement.
Vous êtes l’une des rares Mauriciennes à manifester publiquement. Comment vivez-vous cette singularité ?
C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui manifestent publiquement à Maurice, mais pour moi c’est avant tout un engagement pour des causes justes. Si ma présence peut encourager d’autres femmes à s’exprimer et à défendre leurs droits, alors j’en suis fière. Les femmes aussi ont leur place dans la lutte citoyenne et dans la vie publique.
Au début, c’était vraiment difficile pour moi parce que j’étais quelqu’un qui manquait beaucoup de confiance en soi. M’exprimer lors des manifestations, marches pacifiques ou conférences de presse était un vrai défi, car je n’avais pas la parole facile. Même pendant les fêtes familiales, je n’arrivais pas à faire un discours. En devenant activiste, j’ai dû parler devant la presse et la population, et cela a été un grand challenge pour moi.
J’ai aussi reçu des critiques, même de la part des membres de ma famille et de mes amis. Certains me disaient que je perdais mon temps, que je ne gagnais pas d’argent avec ça et que ça n’aboutirait à rien. Mais je ne les ai pas écoutés. J’ai continué à persévérer dans mes combats malgré les hauts et les bas.
Je pense que beaucoup de Mauriciennes ont peur des critiques ou des représailles, surtout par rapport à leur travail ou aux autorités. Mais je veux leur dire de ne pas avoir peur. Il faut montrer du courage et participer aux causes que l’on trouve justes. Si moi j’ai pu le faire malgré ma timidité, alors d’autres femmes peuvent le faire aussi.
Que diriez-vous aux femmes dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes ?
À l’occasion de cette Journée, je voudrais dire à toutes les femmes de croire en elles et de ne jamais sous-estimer leur valeur. Chaque femme a une voix et une force qui peuvent faire la différence dans la société.
Les femmes sont en majorité dans le pays et elles ont un rôle très important à jouer. Elles ne doivent pas hésiter à s’engager, y compris en politique active. Il devrait y avoir plus de femmes députées et ministres au Parlement, parce que les femmes peuvent apporter des idées nouvelles et voir les problèmes sous un autre angle pour faire avancer le pays.
J’encourage aussi les femmes à participer davantage aux causes qu’elles trouvent injustes. Elles doivent faire entendre leur voix auprès des autorités et ne pas rester dans le silence. Trop souvent, les femmes hésitent par peur des critiques ou du regard des autres, mais il est important de montrer du courage et de prendre sa place dans la société.
Je lance aussi un appel aux jeunes femmes : il ne faut pas rester dans sa zone de confort. Il faut sortir, s’engager et faire entendre sa voix face aux injustices. Ensemble, les femmes peuvent être une grande force pour construire un avenir meilleur pour le pays.
Les réseaux sociaux sont-ils une arme démocratique ou un terrain de manipulation ?
Les réseaux sociaux peuvent être à la fois une arme démocratique et un terrain de manipulation. D’un côté, ils permettent aux citoyens de s’exprimer librement, de partager des informations et de mobiliser la population pour des causes justes.
Grâce aux réseaux sociaux, beaucoup de personnes qui n’ont pas accès aux médias traditionnels peuvent faire entendre leur voix. C’est un outil puissant pour informer et sensibiliser la population.
Mais d’un autre côté, les réseaux sociaux peuvent aussi devenir un terrain de manipulation. Il y a parfois de fausses informations, de la propagande ou des tentatives d’influencer l’opinion publique. Certaines personnes peuvent aussi avoir peur de s’exprimer à cause des critiques ou du harcèlement en ligne.
C’est pourquoi il est important que les citoyens utilisent les réseaux sociaux de manière responsable, en vérifiant les informations et en gardant leur esprit critique. Bien utilisés, les réseaux sociaux peuvent être une vraie force pour la démocratie et permettre à la voix du peuple d’être entendue.
Jean Denis Permal
Citation : 1. « Quand personne ne parle pour vous, il faut apprendre à devenir sa propre voix »
Citation 2 : « La politique ne doit pas être un moyen de s’enrichir, mais une mission au service du peuple »
Citation 3 : « Je pense aussi qu’il est important de convaincre la population de ne pas voter uniquement pour les grands partis traditionnels, parce qu’au final il n’y a pas de vrai changement. »

