Maurice a franchi un cap historique en matière de dépenses sociales. Pour l’exercice juillet 2024 à juin 2025, l’État a consacré Rs 91,4 milliards à la sécurité sociale et au welfare, soit 37,4 % des dépenses totales du gouvernement et 12,8 % du Produit intérieur brut (PIB). Jamais auparavant le poids budgétaire de la protection sociale n’avait atteint un tel niveau.
Les dernières données officielles confirment une accélération significative de la dépense, principalement tirée par la pension de vieillesse.
+38,1% en un an pour la pension de vieillesse
Au 30 juin 2025, 279 559 Mauriciens percevaient la Basic Retirement Pension, en hausse de 3,6 % par rapport à l’année précédente. Mais c’est surtout le coût qui interpelle : Rs 57,8 milliards ont été consacrés à cette seule prestation, soit une augmentation de 38,1 % en un an. La pension de vieillesse représente désormais 63,2 % de l’ensemble des dépenses sociales.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de vieillissement démographique accéléré. La hausse des montants mensuels versés, combinée à l’augmentation continue du nombre de retraités, exerce une pression croissante sur les finances publiques.
Les autres pensions de base suivent une tendance similaire. La pension d’invalidité comptait 29 077 bénéficiaires en juin 2025, avec une dépense annuelle atteignant Rs 6,8 milliards, en progression de 30,3 %. Du côté des veuves, si le nombre de bénéficiaires a légèrement diminué à 16 707 personnes, la dépense a néanmoins grimpé à Rs 3,6 milliards, soit +30,2 %.
11 595 familles concernés par le Social Aid
Les aides sociales destinées aux ménages vulnérables restent significatives. 11 595 familles bénéficiaient de Social Aid en juin 2025, pour un montant total de Rs 645,4 millions. Par ailleurs, 53 005 personnes étaient encore couvertes par le Food Aid ou l’Income Support.
En revanche, l’Unemployment Hardship Relief a connu une chute marquée, avec seulement 24 bénéficiaires recensés en juin 2025, contre 119 un an auparavant.
Du côté des pensions contributives, la tendance reste orientée à la hausse. Les bénéficiaires de la Contributory Retirement Pension ont atteint 168 594 personnes, soit une progression de 6,5 %. Les contributions au National Savings Fund ont, quant à elles, concerné environ 523 900 employés, générant Rs 3,8 milliards de recettes.
Ces chiffres traduisent un modèle social toujours aussi généreux, mais dont la soutenabilité devient un enjeu central. Avec plus d’un tiers du budget public consacré à la protection sociale, la question n’est plus seulement sociale : elle est budgétaire et stratégique. Le défi des prochaines années sera de préserver la solidarité sans compromettre l’équilibre des finances publiques.
Les chiffres clés 2024/2025
Rs 91,4 milliards de dépenses sociales
37,4 % du budget de l’État
12,8 % du PIB
279 559 bénéficiaires de la pension de vieillesse
Rs 57,8 milliards pour la Basic Retirement Pension
29 077 pensionnés d’invalidité – Rs 6,8 milliards
16 707 veuves pensionnées – Rs 3,6 milliards
11 595 familles bénéficiaires de Social Aid – Rs 645,4 millions
168 594 retraités contributifs
523 900 employés affiliés au National Savings Fund
Le poids croissant des pensions, signal d’un tournant
Derrière les Rs 91,4 milliards consacrés à la protection sociale en 2024/2025, un chiffre domine tous les autres : Rs 57,8 milliards pour la seule pension de vieillesse. À elle seule, elle absorbe désormais plus de 63 % des dépenses sociales totales. En un an, la facture a progressé de 38,1 %, alors que le nombre de bénéficiaires n’a augmenté que de 3,6 %.
Ce décalage révèle un basculement silencieux. Maurice entre dans une phase où la démographie pèse plus lourd que la conjoncture. Le vieillissement accéléré de la population, combiné à la revalorisation des montants versés, transforme progressivement l’architecture budgétaire du pays. La pension universelle, pilier du contrat social mauricien, devient aussi son poste le plus exigeant.
Ce n’est pas seulement une question comptable. Lorsque près des deux tiers du budget social sont concentrés sur une seule prestation, la marge de manœuvre pour d’autres politiques publiques se réduit. La question de la soutenabilité n’est plus théorique : elle devient structurelle.
La solidarité demeure un choix politique fort. Mais le signal envoyé par ces chiffres est clair : le modèle mauricien entre dans une zone de tension où l’équilibre entre générosité sociale et stabilité financière devra être finement calibré.

